Traversée de l'Atlantique en pirogue

par erwan dans Récit 06 févr. 2014 mis à jour 12 févr. 2014 8555 lecteurs 2 commentaires (partager)

L'Atlantique en pirogue
...Sans boussole ! Sans montre !

Photos : Emmanuel et Maximilien Berque
Interview : Emmanuel et Maximilien Berque,
Carnets d'Aventures : Johanna Nobili
Interview publiée dans Carnets d'Aventures n°1

0.9 tonneaux !En avril 2003 deux surfeurs aventuriers, Emmanuel et Maximilien Berque, frères jumeaux alors âgés de 53 ans, ont traversé l'Océan Atlantique d'une façon pour le moins extraordinaire : à bord d'une pirogue à balancier minuscule sans aucun document ni instrument de navigation (ni même une montre).
Emmanuel et Maximilien, qui se qualifient « d'anticonformistes à la recherche de la liberté », ont depuis leur enfance une vie atypique riche en aventures et en marge de la société. Ils n'ont pas hésité à rompre avec le système et les habitudes sociales pour faire leurs propres choix de vie et aller au bout de leurs envies.
Nous les avons rencontrés pour en savoir plus sur leur insolite traversée de l'Atlantique.

« Nous souhaitions traverser l’océan comme des Maoris du Pacifique il y a 2 000 ans, alors on a voulu le faire sur une pirogue à balancier »


Carnets d'Aventures : Comment vous est venue l’idée de traverser l'Atlantique sans instrument ?

AutoportraitEmmanuel et Maximilien : Nous avons beaucoup d'admiration pour les navigateurs anciens. On voulait comprendre comment naviguaient les Phéniciens ou les Grecs il y a 3 000 ans en Méditerranée ou les Maoris qui ont conquis toutes les îles du Pacifique. À notre époque de grande technologie, nous trouvons que l'aventure est souvent dénaturée par les obligations de la communication et du marketing. Pour cette raison, en 1996, nous avions déjà traversé l'Atlantique sans sponsor sur un canot de 4m de long, le Micromégas 2, que nous avions dessiné puis construit, de notre plage des Landes jusqu'à Miami. Un long voyage de 11 000 km, une centaine d'îles visitées, le tout sans balise de détresse, sans radio, sans canot de sauvetage et sans moteur, juste un petit sextant à 50 euros, pour retrouver les sensations des anciens découvreurs puisque nous n'avions jamais été aux USA ni en avion, ni en bateau. Ce programme terminé, nous avons voulu faire encore mieux : traverser sans aucun instrument !

Vous avez choisi une pirogue à balancier, pour quelle raison ?

Nous souhaitions traverser l’océan comme des Maoris du Pacifique il y a 2 000 ans, alors on a voulu le faire sur une pirogue à balancier. Nous n’avions jamais essayé de prao (1) auparavant, on a voulu se faire une idée. Pour qu’elle soit belle, nous l’avons construite en bois vernis, et comme nous aimons les jolis gréements, nous avons dessiné une goélette "lougre" (2). Comme cela, nous avons peut-être un tout petit bateau, mais c'est un vrai bijou dont nous sommes fiers.

Construction grenier
Construction dans le grenier qui, avec un 17 mm, paraît grand !

Quelles caractéristiques a ce bateau ?

C'est donc un engin asymétrique à deux coques d'environ 300 kg à lège. La pirogue mesure 6m50 sur 80cm de large, avec 90cm de creux et 30cm de tirant d'eau, toute en cèdre rouge vernis. Elle porte deux mâts coniques, son grand mât de 7m et sa misaine de 6m à l'avant, en cèdre aussi. Ils ne sont pas haubanés et travaillent comme de véritables dynamomètres, ils nous donnent une idée de la pression du vent, ce qui est important sur un engin a priori dangereux qu’il ne faut jamais sur-toiler. Il y a une dérive centrale à profil épais qui peut descendre jusqu'à 1m40 de profondeur pour faire un bon près par conditions difficiles. Le balancier mesure 5m50 sur 35cm de large, relié à la grande coque par deux traverses plates de 3m60 en sapin rouge de Finlande, conçues comme de véritables arcs amortisseurs qui travaillent moins sur les fixations. Un bon safran largable et un filet au milieu et voilà le Micromégas 3 qui est en fait intégralement couvert à l'intérieur comme à l'extérieur de fibre de verre transparente, comme les belles planches de surf. Un travail de cinglés !

Image bulle
Enfermés dans cette coque minuscule,
la bulle nous permet de bien regarder ce qui se passe à l'extérieur et atténue un peu notre claustrophobie.

Vous avez traversé l'Atlantique en 27 jours, qu'est-ce qui a été le plus difficile ?

Résumer notre traversée à 27 jours serait trop réducteur, nous avons mis 6 ans à préparer cette expédition. Tout d'abord il a fallu dessiner notre prototype avec un logiciel personnel que nous avions mis des années à mettre au point. Puis, il y a eu la construction. Elle a duré plus d'un an de travail dans notre grenier. Le bois vernis, ça fait du boulot ! Ensuite, pour tester la pirogue et l’espace intérieur, nous avons fait 500 milles sur le bassin d'Arcachon en habitant à bord, en décembre 98. Il faisait entre –5° et –10° cet hiver-là ! Après, nous avons beaucoup travaillé l’astronomie. Cela fait trente ans que nous naviguons au sextant ! Entre temps, nous avons écrit le récit de la traversée sur le canot de 4m dans "Les mutins de la mer" publié chez Robert Laffont pour gagner un peu d'argent. Finalement, pendant l'été 2002 qui a été si mauvais, nous avons convoyé le Micromégas 3 par la mer jusqu'aux Canaries. Un parcours de 1 500 nautiques par un temps de chien. Nous n'avons jamais vu le soleil de la France jusqu’à Lanzarote ! Le long du Portugal, nous avons essuyé des vents très forts, jusqu'à force 9 d'après certains ! Et des mauvaises vagues de 5 à 8 m... Heureusement, nous avions des instruments et des cartes. Un sacré test pour notre bateau et nous-mêmes !

Micromégas à contis
Après un an de construction, les premiers essais à Contis dans les Landes.
Il est petit, mais Micromégas 3 est un bijou en bois vernis dont nous sommes très fiers.

Pourquoi partir le 31 mars 2003 ?

C'est vrai, d’habitude, personne ne traverse à cette époque ! Mais nous avons choisi cette date pour avoir une certaine position des étoiles que nous n'aurions pu voir à un autre moment de l'année. Avec nos erreurs de cap et une moyenne supposée de 5 nœuds, nous avions prévu une trentaine de jours de traversée. La météo sur l'Atlantique n'était pas bonne mais il nous fallait arriver en face sans être gênés par la lune pour mieux voir les étoiles. Nous sommes donc partis à la nouvelle lune d'avril pour arriver à la nouvelle lune suivante. Nous voulions atteindre l'île de la Désirade en Guadeloupe comme nous l'avions écrit sur notre site sansboussole.com avant le départ.

Le bain
Vers midi solaire, nous faisions souvent une halte d'une heure pour nous relaxer, nous baigner et nous hydrater, toujours ammarrés par un bout de sécurité.
Cette unique fois exceptionnellement, Emmanuel s'est un peu éloigné pour prendre cette photo du bateau en pleine mer à l'ancre flottante malgré notre peur des requins et des espadons éventuels

Sans boussole justement, comment faisiez-vous pour vous diriger ?

Sans boussole ? Mais aussi sans montre ! Sans la moindre carte ni aucun bouquin, ni même un guide des étoiles ! La traversée s'est déroulée en deux parties : nous sommes d'abord descendus vers le sud-ouest pour trouver la latitude d'arrivée, puis cap plein ouest pour atterrir à La Désirade. À cette époque, vers l'équinoxe, tout le monde sait que le soleil se lève presque à l'est et se couche presque à l'ouest. Au début, le matin, nous laissions le soleil à 45° sur notre bâbord arrière. Le soir, à 45° sur notre tribord avant. Vers midi local, c'était beaucoup plus difficile de s’orienter car le soleil était tellement haut qu'on ne savait pas son azimut. Là, on se dirigeait par rapport au vent ou aux vagues. La nuit, c'était théoriquement plus facile puisqu'il n'y a pas qu'un seul soleil, mais mille : les étoiles ! La meilleure dans l'hémisphère nord, c'est évidemment la Polaire. Comme elle indique toujours le nord, on peut en déduire la direction de toutes les autres étoiles ou planètes.

12h par jour !
Un voyage sans instrument et sans technologie, cela veut dire aussi sans désalinisateur ni pilote automatique !
Nous sommes épuisés de tenir la barre assis en tailleur, immobiles, chacun 12h par jour.

Comment avez-vous trouvé votre latitude sans sextant ?

En descendant vers le sud-ouest, on découvre progressivement de nouvelles étoiles au sud qu'on ne voit pas aux Canaries. Notamment la constellation de la Croix du Sud. Elle a la particularité de briller très fort et d'être verticale lorsqu'elle culmine et passe au sud. Il nous a donc suffit de la faire apparaître, puis de la faire monter de jour en jour dans le ciel pour découvrir juste en dessous la constellation de la Mouche. Nous savions qu’à la bonne latitude, ses deux étoiles supérieures devaient être à mi-hauteur entre l'horizon et Accrux, l'étoile inférieure de la Croix du Sud. L’œil nu suffit pour évaluer un point milieu. Nous avions remarqué ça lors de notre dernière traversée sur notre Micromégas de 4m, et c'est d'ailleurs ce qui nous avait donné l'idée de cette traversée sans instrument. À ce moment là, il nous a suffit de faire de l'ouest le plus précisément possible... Mais tout ça, c'est de la pure théorie en simplifié. En fait, ce fut beaucoup plus compliqué !

Nuit sur bateau
Pour réduire la toile, il faut tout amener sur le pont. Les gréements anciens, c'est très beau,
mais de nuit, quel boulot ! Sur Micromégas, on ne peut jamais se tenir debout et on rampe

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'on n'était vraiment pas au Planétarium et l’étoile Polaire qui est assez peu brillante ne suffit pas ! En pratique, nous nous servions de beaucoup plus d'étoiles, en particulier toutes celles qui sont proches de l'équateur céleste car elles se couchent toutes, l’une après l’autre, dans la direction de l'ouest. Dans l'ordre, en début de nuit, il y a Sirius dans le Grand Chien, le baudrier d'Orion et Bételgeuse, Procyon dans le Petit Chien, Regulus et Dénébola dans le Lion, Spica dans la Vierge et Arcturus dans le Bouvier en fin de nuit. Mais malheureusement, nous avons eu une vingtaine de jours très nuageux (sur 27) et nous avons dû stopper au moins 6 jours en tout, par manque total de visibilité ! Quant à la Croix du Sud, on ne peut l’observer verticale que pendant une petite demi-heure environ en milieu de nuit, alors s'il y a des nuages à ce moment-là… On ne voyait ni le soleil, ni la lune, ou seulement de brefs instants et quand on apercevait une étoile, c’était laquelle ? Dans ces conditions pour garder un bon cap, soit on prenait des options par rapport aux vagues et au vent, soit on se mettait à la cape (3) pour attendre sur place et on en profitait pour essayer de dormir dans le coffre. À mi-parcours, le ciel sud était tellement couvert que nous avons vraiment douté d’arriver à la Désirade ! Et arriver quand ? Impossible de savoir, mentalement, c'est un véritable supplice ! Le vent soufflait dur et la mer était forte, très croisée. Naviguer à deux sur un rafiot de 300 kg, c'est pas évident ! Impossible de dormir, ça bouge trop. On est épuisé et on a peur de tout. Le plus dur, c'est de ne pas avoir de montre. Par ciel nuageux, on perd la notion de temps ! Combien de temps a-t-on le droit de dormir pendant que l'autre barre ? Et puis à la barre, rester assis en tailleur 12 heures par jour, sur un bout de bois, pendant un mois, c'est de la torture ! Le bateau était très inconfortable à haute vitesse, ça mouillait beaucoup et on était obligés de porter nos cirés intégraux scotchés aux jambes même par très grosse chaleur. Horrible ! Le Micromégas 3 pouvait faire des pointes à 15–20 noeuds, pas mal du tout pour des voiles au tiers, mais nous ne pouvions tenir ce rythme. Il faut aussi ajouter qu'un gréement de goélette lougre est peut-être très joli, mais c'est un véritable casse-tête chinois à manier sur un engin comme le nôtre. Il fallait amener la toile sur le filet pour réduire et renvoyer après. Ça nous rendait dingues. Alors nous avons sous-toilé en permanence. Vers midi solaire, on s'arrêtait pour se baigner, manger, travailler nos prises de vues... L'important, c'était de ne rien casser, d'essayer de dormir, de sécher les affaires et surtout de faire les quatre journaux de bord : les prises de vue vidéo, le reportage photographique sur quatre boîtiers différents, l'écriture du livre de bord et l'enregistrement son de tout ce qui se passait sur des mini disques. Ça faisait vraiment du boulot !


Gros temps de nuit et aucune visibilité.
On se met à la cape et on passe une nuit affreuse, écroulés tous les deux dans notre trou impossible,
en grand équipement, chaleur terrible et pas d'air : l'impression d'étouffer...

Nuit à la cape

Qu’avez-vous mangé et bu pendant ces 27 jours ?

Nous n'avions pas pris de désalinisateur à bord pour être conformes à l'esprit d'une traversée qui se voulait archaïque. On a donc embarqué une réserve de 90 litres d'eau en bouteilles dont nous n'avons utilisé que 49. Ça fait moins d'un litre par jour par personne. On se rationne tout le temps. Il faut dire que quand on n'a pas d'assistance, il faut toujours prévoir un coup dur... Nous n'avions pas pris non plus de réchaud à bord. On mangeait froid. Du gofio, une sorte de farine des îles Canaries. C'est du maïs légèrement torréfié et moulu qu’on mouille un peu pour faire un brouet. Une nourriture médiévale ! On en a mangé en tout 6 kg avec 65 boîtes de sardines, 4 kg de lait en poudre et 2 kg de sucre. En plus, c’est super simple et vraiment pas cher : on a fait les courses en un quart d'heure juste avant le départ ! Ce qui est incroyable, c'est que nous n'avons jamais rêvé de manger autre chose ! Il faut reconnaître qu’on a bien pêché aussi. Comme nous n'avions pas de réchaud, nous mangions le poisson cru, mariné ou séché.

Coryphène
La dorade coryphène est le poisson roi des eaux tropicales.

Les Tahitiens l'appellent le Mahi-Mahi. Dans des conditions extrêmes, pêcher un poisson procure une joie profonde et primaire, ça casse notre stress et on se sent vivre !

Daurade crue
Sans réchaud, nous avions trois recettes pour le poisson.
oit cru à la sortie de l'eau, soit, pour plus tard, mariné au vinaigre et au tabasco ou salé-poivré mis à sécher dans le vent merveilleusement sec des alizés


Quand vous êtes en mer, à quoi pensez-vous ?

Sans radio et sans transistor, nous avons appris la fin de la guerre d'Irak un mois après tout le monde ! C'est vraiment un voyage à travers l'espace, pas seulement sur la mer mais au milieu du ciel et aussi dans le temps... On est tout petit. On est tellement loin de l'humanité qu’on réalise tout simplement qu'on n'existe pas - même en pensant ! - sans les autres, on n'est pas plus important qu'un poisson qui passe, qu'un bout de bois qui flotte ou que la lumière rose d'un coucher de soleil ! Alors forcément, ça relativise tout…

Tangon Bambou
Autoportrait au retardateur. On avait fixé des embases au pas Kodak partout sur le bateau pour fixer notre pied photo.

Le 27 avril vous avez aperçu la terre. Qu'est-ce que vous avez ressenti ?

Un plaisir de conquistador ! Le matin même de notre arrivée, nous nous étions arrêtés si souvent que nous pensions en avoir encore pour une semaine ! Sans loch (4) et sans montre, il n'y avait pas moyen de connaître notre longitude. Nous avons aperçu une petite île, on a foncé dessus. C'était la Désirade, l'île que nous visions. Elle ne fait que trois kilomètres de large en venant de l’est. Une précision stupéfiante sans instrument et sans carte ! Après 6 500 km de désert sur un rafiot minuscule, nous étions fous de joie ! Mais très dépités aussi car personne ne nous attendait à l'arrivée. Sans sponsor, on n'a pas non plus d’attaché de presse qui travaille quand on est en mer, et cela explique la confidentialité de notre traversée. C'est le prix à payer. On croyait pourtant qu'une navigation de type historique et scientifique aurait pu intéresser du monde. Nous nous souvenons de Thor Heyerdahl qui est devenu un héros mondial à son époque avec le Kon-Tiki. Malgré sa traversée théoriquement archaïque, lui, il avait à bord cartes, montres, sextant, émetteur-récepteur radio... Enfin, succès ou pas, l'essentiel est de faire les choses.

Arrivée le 27 avril
A notre arrivée sur l'île de la Désirade, personne ne nous attendait. On a bu un baril de rhum à 55° avec des pêcheurs.
Le lendemain, on nous a promis une fête aux îles des Saintes ! Après 3 heures de sommeil, nous dévorons les 40 milles
nautiques qui nous en séparent, avec une terrible gueule de bois ! (Photo Hervé Bigeanne)

Vous avez sûrement d'autres projets ?

Bien sûr, mais pas tout de suite ! Des traversées comme celles que nous avons faites, ça calme de l'envie de naviguer pour un moment ! On va dessiner et fabriquer un autre bateau pour faire une autre navigation inédite, mais nous ne pouvons en dire plus pour le moment... Ce coup-ci on cherchera sans doute un sponsor pour nous aider. Pour le moment, nous montons nous-mêmes le film de la traversée que nous réalisons seuls. C’est aussi une aventure, et pas la plus facile...

(1) prao : embarcation multicoque de deux flotteurs de volume inégal
(2) goélette lougre : gréement breton datant du Moyen Age, à deux mâts et deux voiles au tiers
(3) se mettre à la cape : on se met à la cape pour ralentir ou stopper un navire
(4) loch : instrument qui mesure la distance parcourue sur un navire ou un avion

Dans notre annexe !
Dans notre annexe ! (photo Stanislas Brossollet)

Emmanuel et Maximilien : des jumeaux atypiques !

Lorsque j'ai commencé à écrire quelques lignes pour vous présenter ces deux jumeaux, aussi étonnants qu'intéressants, je me suis dit que le commentaire d'Emmanuel et Maximilien sur Les Mutins de la mer – l'ouvrage dans lequel ils racontent leur vie jusqu'à leur première traversée de l'Atlantique en 1995 – les dépeindrait sûrement bien mieux que je n’aurais pu le faire moi-même.
Nous vous avons déjà présenté leur livre dans le Coin de Bouquins de notre précédent numéro, nous ne saurions que trop vous en recommander à nouveau la lecture ; nous sommes trois de la rédaction de Carnets d'Aventures à avoir été captivés !
Voici donc leur commentaire sur Les Mutins de la Mer (éditions Robert Laffont).

« Lorsque l’éditeur nous a demandé un livre relatant notre traversée record France-Miami sur le canot de 4m que nous avions dessiné puis construit, nous avons tout de suite été intéressés et avons accepté. Nous avions été les premiers journalistes-photographes de surf en France à la fin des années 70, époque où ce sujet n’existait pas encore sur le marché français. Issus d’une famille d’intellectuels, puisque notre père était professeur au Collège de France, nous avions déjà écrit de nombreux articles de voyages et d’aventures personnelles et l’écriture d’un livre nous semblait une suite logique.
Raconter uniquement une traversée de l’Atlantique nous avait semblé trop spécialisé et nous avons donc décidé de narrer cette aventure comme un parcours initiatique, depuis notre enfance jusqu’à cette fameuse traversée. Nous rappelons que pour cette expédition, nous n’avions pas de moteur, aucune électronique, pas de radio, pas de balise de détresse, pas de canot de sauvetage. Et pas de sponsor. Nous n’étions donc pas payés pour le faire et cela change beaucoup les règles du jeu… Il nous semblait donc fondamental que le point le plus important fut surtout d’expliquer comment on peut avoir le courage de risquer sa vie, ce qui amène une personne à braver le danger à ce point et pourquoi on le fait.
Nous ne sommes pas des blablateurs, ni romanciers de salon se contentant de l’imaginaire. Pour nous, raconter sa vie n’est pas une chose facile et nous semble un peu prétentieux. Nous voulions écrire un ouvrage facile à lire pour tout le monde, le plus vivant et spontané possible, instinctif, tout comme nous le sommes. Nous avons donc décidé de l’écrire au présent et non au passé. Ainsi, il nous était interdit d’expliquer nos faits et gestes passés et notre mentalité d’enfants, puis d’adolescents et jeunes adultes avec nos pensées et analyses actuelles d’hommes de 50 ans. Nous avons donc essentiellement raconté nos actions à l’age de 5, 15, 25, 35, 45 ans… puis la traversée.
On est ce que l’on fait, les actions d’une personne déterminent forcément sa personnalité et son caractère. Comme cela, sans que nous parlions trop de nous-mêmes, le lecteur entrerait peu à peu dans notre mentalité et nous comprendrait progressivement.
Nous avons toujours aimé le style épuré des romans policiers et des auteurs américains style Steinbeck et Bukowski. Inutile donc de se compliquer la vie, l’essentiel est de se faire comprendre et surtout d’avoir quelque chose à dire ! Nous avons écrit simplement tout ce qui nous passait par la tête, chacun séparément à notre table, improvisant tous les deux et sans concertation sur les passages de notre vie, en essayant quand même de ne pas aborder les mêmes thèmes. Nous avons ensuite assemblé le tout, en éliminant quelques répétitions dues au fait que nous sommes jumeaux. Nous relayant dans l’écriture des chapitres ou même l’un commençant un chapitre, l’autre le finissant. Cela donne d’ailleurs un rythme très particulier, rebondissant et varié auquel nous tenions, une spécialité des jumeaux. Charlie Parker ne disait-il pas que la musique était une suite de tensions et de détentes harmoniques ? Pour finir, nous avons travaillé ensemble sur l’introduction et sur la conclusion.
Le livre est donc en premier lieu un formidable appel de la mer, l’histoire d’une aventure maritime unique sous forme d’une suite de nouvelles. Le récit d’une vie romanesque nullement romancée, un ouvrage faussement naïf qui, pour un lecteur sachant lire entre les lignes, est presque l’essai d’une philosophie concrète, naissante et expérimentale. En moins ennuyeux à lire ! Tout est vrai dans le texte et nous aurions pu illustrer tous les épisodes du livre par des photographies car nous faisons de la photo depuis l’age de 12 ans.
C’est aussi un bon livre sur les jumeaux écrit par des jumeaux complètement atypiques, ce qui n’est pas courant pour ne pas dire exceptionnel. Pour nous, le titre aurait pu être : « Les tribulations picaresques et existentielles de deux anticonformistes à la recherche de la liberté ». Ça se lit comme un polar ! » Emmanuel et Maximilien Berque

Emmanuel et Maximilien Berque

Si nous vous recommandons vivement la lecture du livre d'Emmanuel et Maximilien, il en est de même pour le visionnage de leur DVD, "Huis-Clos sous les étoies! Un film amateur, entièrement tourné, réalisé et monté par eux, qui nous plonge dans l'ambiance de leur étonnant périple mais aussi dans cet univers si particulier dans lequel vivent les jumeaux.
Un film de 58 mn qui permet de mieux nous rendre compte des conditions de vie, de navigation (et de tournage !) sur cette embarcation minuscule. Un film pendant lequel - par ailleurs - on rit beaucoup… même si ce n'est pas toujours le cas pour Emmanuel et Maximilien ! Un exemple : une de leurs réflexions enregistrée pendant la traversée au cours - on imagine - d'un moment particulièrement difficile :

Huis clos sous les étoilesDVD "Huis-Clos sous les étoiles" d'Emmanuel et Maximilien Berque
Film de 58 mn tourné pendant les 27 jours qu'a duré leur traversée de l'Atlantique en pirogue sans aucun instrument de navigation au printemps 2003.

Disponible auprès des auteurs à :
E et M Berque, Place de la Mairie
40170 Saint-Julien-en-Born
Plus d'infos sur https://www.facebook.com/notes/emmanuel-berque/huis-clos-sous-les-etoiles-film-des-fr%C3%A8res-berque/10150161176703506

Infos :berque mettre-arobase aliceadsl point fr
www.sansboussole.com
http://emmanueletmaximilienberque.blogspot.fr/

Retrouvez Emmanuel et Maximilien sur facebook !

LIvre Laffont
Les Mutins de la Mer, d'Emmanuel et Maximilien Berque
Editions Robert Laffont, 15x24 cm. 264 pages + cahier photos couleur de 8 pages.
Disponible en librairie ou auprès des auteurs à l'adresse ci-dessus (dédicace sur demande).

Commentaires
posté le 12 févr. 2014
Enzo
Magnifique et pourtant je ne connais rien à la mer. Enzo
Invité (utilisateur non inscrit)
posté le 17 juin

didmariepo
Papillon monarque
(1 messages)
Inscription : 17/06/17

Message privé
des vrais aventuriers.., des hommes simples humbles courageux et tenaces.,qui connaissent leurs places dans ce monde...Pour moi vous etes tout ça , vous avez toutes mon admiration....si un ballade initiatique est possible...je suis partant. Didier