L’urgence du voyage
Notre père Éric est parti en voyage à vélo ce printemps, seulement trois mois après avoir pris sa retraite, pour en profiter tout de suite. Parce que, comme il le dit souvent, il a déjà vu trop de monde, amis, collègues, et sa maman, partir sans pouvoir en profiter. C’est donc en pensant très fort à eux qu’il s’est mis en route pour une grande boucle européenne de six mois entre sa maison en Dordogne et le cap Nord, via l’Irlande, le Pays de Galles et l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Allemagne, les pays scandinaves puis baltes avant de rentrer par la Pologne, la Tchéquie et l’Allemagne.
Entre les bivouacs et les campings, il a aussi été accueilli généreusement chez des habitants, autant de belles rencontres qu’il espère pouvoir honorer en leur ouvrant à son tour les portes de sa maison, un jour. Quand on part si longtemps, on doit faire face à toutes les météos, et ce n’est pas toujours facile de vivre dehors quand le vent, la pluie et le froid sont de la partie. Un jour, sous des trombes d’eau, alors qu’il n’avait plus la force d’avancer, il a fini par s’installer dans un tunnel pour se reposer, étendre son linge trempé et finalement y passer la nuit. Il a traversé de nombreux pays, pris des bateaux, un train en Angleterre, et rencontré beaucoup d'autres voyageurs qui suivaient plus ou moins les mêmes itinéraires, en van, à moto, à vélo, tous avec des histoires à raconter. Il gardera surtout de ce voyage le souvenir de toutes ces personnes rencontrées, prêtes à écouter, aider et partager. Nous avons nous aussi partagé de bons moments avec lui sur la route, mais par téléphone, et nous sommes heureuses et fières de lui. Car ce voyage était aussi un vrai défi personnel, qui lui a demandé beaucoup d’investissement et de temps de préparation, de logistique, d'argent, et d’efforts. Maintenant il prend plaisir à se reposer d’une saine fatigue, apaisé après avoir atteint sa quête : rejoindre le cap Nord et voir couler la rivière Moldau.