Le Maroc à vélo en famille

par Coralie dans Récit 29 févr. 2012 mis à jour 28 févr. 7893 lecteurs Soyez le premier à commenter share(partager)

Equipage au complet“Mais quelle idée on a eue de passer nos vacances à vélo avec les enfants dans les montagnes marocaines ! On n’y arrivera jamais !”

C’est notre première journée de vélo, une expédition qui ne passe pas inaperçue : une carriole pour Nils (20 mois), attelée à mon vélo ; un vélo enfant pour Elio et Siloé (cinq et sept ans), l’un pédale pendant que l’autre se repose dans la carriole auprès de Nils, et ils alternent quand la fatigue se fait sentir ; et enfin nos deux vélos adultes, lestés de sacoches pour une vie en autonomie de plusieurs semaines (le vélo de Marion étant équipé d’un “FollowMe” pour pouvoir tracter le vélo enfant en cas de difficulté).
Nous quittons Bou Thrarar dans la vallée des Roses pour rejoindre les gorges du Dadès. Une piste sinueuse de 15 km nous tend les bras et nous évite un détour de 50 km par la route… C’est tentant !... Yalla* !

Texte et photos : Marion et Eric André

Pour tout savoir sur le voyage en famille, lisez le dossier de Carnets d'Aventures n°27 en kiosque ce 1er mars (voir le sommaire, le commander).

Mais il fait si chaud, le soleil est déjà haut et il n’y a pas la moindre ombre ; nos chargements se font lourds, et malheur à celui de nous deux qui cale dans une montée car mieux vaut pédaler tant bien que mal que pousser le vélo et son chargement ! “C’est tout plat” nous avait-on dit, mais en voiture on ne sent pas les petites côtes insignifiantes, ou le sable sur la piste –le pire ennemi du cycliste ! (avec le vent, heureusement il n’y en a pas !)


Heureusement une première rencontre insolite - qui augurera de nombreuses autres - nous donne du baume au cœur : dans ce décor désertique, aride et minéral du Haut Atlas, un berger sorti de nulle part nous invite à boire le thé ! Nous partagerons notre pique-nique et leur thé dans une grotte, fraiche à souhait, qui leur sert de logement estival et de lieu d’alpage… Deux heures après, nous repartons revigorés par ces moments inattendus !
Trois jours plus tard, nous sommes en haut des gorges du Dadès, au bout de la route goudronnée. Ça y est, nous sommes rodés. Avec notre petite équipe, nous sommes prêts à aller au bout du monde ! En tout cas, plus de doutes, nous arriverons à notre but, le nord du pays, la côte méditerranéenne…


Du haut des pyramides
Du haut des pyramides

Le Maroc n’est pas un pays plat, nous le savions, et nous le vérifions rapidement ! Les chargements de 50 à 80 kg chacun (entre les enfants à tracter, les réserves en nourriture et l’eau) se font sentir dans les montées ! Mais nous tenions à voyager de manière autonome pour le couchage (tente, duvets) et la nourriture (réchaud, gamelles…). Ensuite viennent d’autres indispensables : les couches pour Nils, les affaires de réparation et de toilette, la pharmacie, quelques livres et pour le peu de place qu’il reste : des vêtements ! Pas besoin de jouets (ou si peu), la nature procure tout ce qu’il faut : un bout de bois en guise d’avion, l’eau du ruisseau pour faire des barrages, les gamelles pour jouer à la dinette etc. Le premier défi de ce voyage consistait donc à faire rentrer notre garde-robe familiale et tout le reste dans quatre sacoches de vélo chacun !

 

La famille à vélo
La famille à vélo


Dans les côtes, trop longues, trop dures, où la surchauffe guette, nous mettons vite au point plusieurs stratégies. Lorsqu’un des deux grands (celui qui pédale) manifeste de la fatigue et ne voit pas le bout de la montée, nous sortons notre atout : le FollowMe ; un attelage fixé à l’arrière du vélo de Marion qui lui permet de tracter le vélo enfant. L’enfant tracté peut ainsi se reposer ou aussi pédaler pour aider Marion.

 

Le FollowMe en action
Le FollowMe en action


Dans le Dadès, les grands ont même fait du “stop” ; un couple très sympathique, et motorisé, partait dans la même direction que nous. On a récupéré les deux compères au sommet des lacets, frais et dispos, pendant que nous nous étions allégés de 20 à 25 kg chacun !
Lorsque la gravité se fait sentir, et que nous ne dépassons plus les 4 à 5 km/h (!), ils nous suivent à pied ou éventuellement coupent les épingles de la route par des sentiers de bergers. On les récupère plus haut ; traverser sous la route les tunnels d’évacuation d’eaux de pluie ajoute un peu de piquant à cette petite marche improvisée !
Lors de l’arrivée au village d’Aghbala, grande ligne droite en montée avec le vent de face, ils ont même fini sur une carriole tractée par une mule ! L’arrivée à Chefchaouen, dans le Rif, sous une chaleur de 40°C à l’ombre, était accablante, mais Siloé et Élio se sont très bien relayés. Pas de problème pour Nils qui, lui, fait sa sieste ou suit nos tribulations depuis sa carriole…

 

Rando dans l'Atlas
Rando dans l'Atlas

 

Mais on y arrive toujours, et en haut, au bout de l’épreuve, le panorama qui s’offre à nos yeux nous comble de bonheur, la descente qui suit est savourée à sa juste mesure, la pastèque et le thé à la menthe à la fin de l’étape prennent une saveur inégalable !

Hospitalité marocaine
Hospitalité marocaine

 

Ce moyen de transport, dans ces conditions, peut paraître fastidieux, mais il nous convient ! Il laisse de la place aux imprévus, les bons et les moins bons (mais l’expérience nous prouve que se sont toujours les bons que l’on retient) ! D’autre part, il nous permet d’avancer au rythme du pays, de son relief, de son climat (le moindre changement d’altitude se fait sentir au niveau des températures), et au gré des rencontres… De ce point de vue là, nous ne serons pas déçus !

 

Equipage au complet
Equipage au complet


Après une bonne étape, nous voici à Tizi n’Isli dans le Moyen Atlas. Ici, pas de structure d’hébergement. Mais c’est sans compter sur Hamo et Latifa, avec leur petite fille, qui nous reçoivent comme des rois. Nous mettons la tente devant chez eux, entourés de leurs cultures, et partageons une très belle soirée ! Nos rudiments d’arabe et les leurs de français ne permettent pas une communication très aisée, mais nous parlons le même langage du cœur !
Nous quittons Khenifra pour les forêts du Moyen Atlas. La chaleur, le relief, l’isolement, tout cela ajouté au sentiment de lassitude ambiant des enfants ne présage rien de bon ! Il va falloir trouver une stratégie de repli, un endroit où lever le pied… Le hasard nous met sur la route de Joël et Najia, avec qui nous passerons huit jours fantastiques. Avec Nils, nous pédalons pendant que les grands nous suivent (ou nous précèdent) dans le vieux camping-car de Joël et Najia, complices aussi de Saïd et Fatima (les frères et soeurs de Najia) et Sofia.
En leur compagnie, nous partagerons de belles soirées au coin du feu, de mémorables parties de pêche dans les lacs du Moyen Atlas, une inoubliable partie de foot dans un semblant de steppe mongole, des fous rires, la délicieuse cuisine de Fatima et Najia –Marion a rivalisé avec ses crêpes ;-) et nous avons gagné des amis !
Ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, avoir chaque matin de la nouveauté au menu de la journée, quel plaisir pour couper du train-train habituel !


Bivouac dans l'Atlas
Bivouac dans l'Atlas

 

Avec des étapes quotidiennes de 15 à 50 kilomètres, nos montures à deux roues nous auront amenés à travers les montagnes arides du Haut Atlas, les oueds verdoyants, les forêts de cèdres et de chênes verts, les lacs du Moyen Atlas, les plaines cultivées de manière ancestrales. Elles nous auront ouvert des portes et des sourires, partout un accueil fabuleux : Hamo et Latifa, Najia, Mustapha, Mohammed et leurs familles… Et tous les autres ! Nous appréhendions les risques dus au trafic, mais nous n’avons eu aucune inquiétude : les enfants roulaient prudemment, nous n’avons emprunté que des routes secondaires, très peu fréquentées, et sinon étroites et en mauvais état, obligeant les automobilistes curieux à rouler doucement…

Cinq cents kilomètres plus loin et cinq semaines plus tard, les montagnes sont derrière nous ; nous voici sur les bords de la Méditerranée, en compagnie de Sylvain et sa famille. Encore une belle rencontre, pleine d’humanité ; à l’origine de cette nouvelle rencontre, une crevaison ! C’est bien ce qu’on disait, les galères se terminent toujours bien !
Nous pouvons alors faire le bilan : pas de bobos, pas de petits ou gros malades, que des rencontres inoubliables dans des paysages superbes et variés, des temps de vie en famille privilégiés, au grand air où la solidarité, la bonne humeur et l’effort ont été mis à l’épreuve… Quelle satisfaction quand on fait le bilan ! On n’aurait pas pu imaginer mieux !
Nils, quant à lui, a emmagasiné des tonnes d’informations, et enrichi son vocabulaire de mots comme casque (de vélo), âne, carriole, Najia, Aïcha (de la chanson de Khaled)… Que va-t-il retenir de cette expérience ?


Fraternité dans les rues marocaines
Fraternité dans les rues marocaines


Retour à Stockholm, à la maison, à l’école, au travail… Nils doit réapprendre à dormir dans un lit, les factures à payer, le lave-vaisselle qui tombe en panne, une contravention pour s’être garé un peu trop près du passage piéton…  Bref, retour à la vie normale ! On était bien au Maroc… D’ailleurs les enfants ne demandent qu’à repartir !

Tourisme solidaire :

Avant de chevaucher nos chères bicyclettes, nous nous sommes dégourdis les jambes en compagnie de Hassan Baraouze, notre guide marocain. Une semaine le long de la côte Atlantique tout d’abord, entre Agadir et Essaouira ; puis une semaine dans le Haut Atlas, autour du mont M’goun (4071m).
Encore une fois, nous sommes épatés de voir comme les enfants s’adaptent vite et bien. Il faut le dire, le gros avantage de ces randonnées, c’est que lorsque les enfants fatiguent, ils peuvent se reposer sur le dos d’une des bêtes de bât (ils auront expérimenté l’âne, la mule et le dromadaire).

 

Rando dans l'Atlas
Rando dans l'Atlas


Nils a trouvé sa monture : bien installé dans son sac à dos porte-bébé, il commente ce qu’il voit autour de lui, grignote des petites barres de céréales ou fait la sieste, la tête confortablement posée sur un chèche en travers de mes épaules, le visage dos au vent.

Trajet à pied et à vélo
Trajet à pied et à vélo

 

Les 5 priorités pour réussir un voyage en famille !

1.    Du plaisir : il en faut, avant tout pour les enfants, sinon ce sera un calvaire pour eux… et pour les parents aussi du coup ! Attention à ne pas pousser la limite trop loin !
2.    De la motivation : fixer aux enfants un but, autant que possible. “Ce soir on campe près d’une rivière où vous pourrez jouer”, “on roule vers des forêts où on peut voir des singes”… Le but final de notre voyage était la mer Méditerranée, et le bateau du retour. Ajouter une touche ludique aide beaucoup ! Le passeport pour le ferry du retour a très bien marché : les grands devaient marquer 200 points en réalisant un certain nombre d’épreuves (monter une côte : 40 points ; se faire faire du henné : 20 points ; toucher un singe : 50 points etc.) !
3.    De la flexibilité : si on dispose de temps, c’est tellement mieux. On peut se permettre une coupure pour profiter d’un endroit sympathique, pour se reposer, avant de repartir encore plus forts et plus motivés ! En fonction de ce qui se présente, il ne faut pas hésiter à modifier (même radicalement) le programme ou le parcours prévu initialement, pour que la petite équipe s’y retrouve.
4.    De l’indulgence : les enfants n’ont pas choisi ce genre de vacances, assez exigeantes parfois en termes de fatigue. Cette fatigue due à des journées bien chargées peut engendrer de l’énervement, de l’excitation… Aux parents de garder leur calme et leur contrôle, malgré leur propre fatigue !
5.    De la sécurité : qu’on ne touche pas un cheveu de nos petits ! Quand on ne le sent pas, on n’y va pas ! On campait toujours près d’une habitation (avec l’accord des propriétaires), mais jamais seuls en pleine campagne, où on pourrait avoir des visiteurs nocturnes indésirables…

 

Souvenirs de famille
Souvenirs de famille

Bon voyage en famille !!

Marion et Eric André

 

* Yalla : En avant, en arabe

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