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Des Alpes à l'Atlantique en canoë

par Martin Trahan
18 juin
80 lecteurs

Canoteur québécois, Martin réalise depuis 2015 des aventures au long cours en Amérique du Nord ; cette traversée de la France est sa première en Europe. Pendant 40 jours au printemps 2023, en duo et d’est en ouest, il a suivi la trace ouverte par Paul Villecourt et Philippe Bouvat en automne 2017 (cf. CA60). Rencontre.

La beauté s’ouvre à nous. Nous glissons sur les eaux miroitantes, admirant les majestueux paysages qui se déroulent devant nos yeux émerveillés.
Photo : Paul Villecourt
La beauté s’ouvre à nous. Nous glissons sur les eaux miroitantes, admirant les majestueux paysages qui se déroulent devant nos yeux émerveillés.
Photo : Paul Villecourt

Cette interview a été réalisée au téléphone pour notre plus grand plaisir : un voyage sonore à travers l’accent chantant québécois de Martin que, malheureusement ici, le support écrit ne permet pas vraiment de retranscrire autrement qu’à travers quelques mots et expressions fleuries. Entretien à lire en écoutant Les Cowboys fringants pour un voyage en trois dimensions !

Carnets d'Av : Tu n’es pas un canoteur* du dimanche, loin de là. Parle-nous un peu de ton expérience acquise au fil de l’eau et de ton rapport au canoë.

Martin : Je ne suis pas un aventurier professionnel non plus, mais j’ai la grande chance, en tant que fonctionnaire (je suis technicien en service social et travaille auprès des personnes âgées), de bénéficier d’un congé à traitement différé. Autrement dit, je travaille pendant 18 mois à 75 % de mon salaire et peux ensuite prendre 6 mois de congé, toujours payés à 75 %. Donc tous les 2 ans, cela me permet de partir à l’aventure pendant plusieurs mois. Pour moi, c’est une vie de rêve : faire le choix d’un quotidien modeste (petit appartement à Montréal et salaire réduit) pour vivre pleinement ma passion ; être toujours aussi heureux de reprendre un travail que j’adore après 6 mois de pause.
C’est amusant, car enfant, l’aventure et moi, ça faisait deux : peur de l’eau, pas de bivouacs, rien ne me prédestinait à monter et vivre dans un canot. La première fois, c’était à 19 ans, et ce fut une révélation ! J’ai adoré et commencé à faire de petites excursions en canot-camping de 3 ou 4 jours. Restant toujours sur ma faim, j’augmentais la durée à chaque vacances. Et c’est en 2015, après une rupture amoureuse, qu’un de mes vieux rêves a refait surface : traverser le Canada en canot. J’y ai investi tout mon temps et mon énergie et suis parti avec cinq coéquipier(e)s : 175 jours et environ 7000 km, 117 portages, c’était vraiment costaud ! Je pensais alors que ce serait la seule grande expédition de ma vie, une parenthèse en quelque sorte, me procurant une satisfaction suffisante pour passer à autre chose. Mais en fait, j’ai créé un monstre, c’est devenu très addictif. Et dès 2016, j’ai parcouru le fleuve Yukon du lac Bennett jusqu’à la mer (3200 km en 70 jours) dans le cadre d’un projet documentaire mené entre autres par l’aventurière Caroline Côté. En 2018, ce fut la traversée des États-Unis, du Pacifique à l’Atlantique (191 jours, 7500 km). De quoi me rendre compte que ce qui me passionnait le plus, c’était traverser les pays. Je trouvais que c’était une façon différente de voyager et d’aller à la rencontre des gens. Car lorsqu’on traverse des lieux en canot, on ne va pas sur tous les sites touristiques que les voyageurs visitent habituellement. Et surtout, alors que je pensais que les paysages allaient être le lien fort de toutes mes aventures, j’ai réalisé que ce sont les rencontres, l’accueil et la générosité des gens qui sont le point marquant de chacune de mes expéditions.

... et la suite ?