Canoë : Glisser sur la Dordogne
Il paraît que les plus belles aventures commencent tout près de chez soi. Avec Thibaut, nous avons voulu le vérifier, pagaie en main. En Corrèze, nous avons suivi la Dordogne, cette « rivière espérance », sur 140 km au fil de l’eau, du soleil et des rencontres. Le 1er juillet, la canicule s’installe dans les gorges, les quais d’Argentat brûlent au soleil, mais au club de canoë, c’est l’effervescence d’un début d’été prometteur. Notre embarcation, un canoë Old Town, est prête. Pieter, le moniteur, nous accompagne pour les premiers coups de pagaie. Il raconte la rivière comme on raconte une vieille amie : née sur les flancs du Sancy, apprivoisée par des barrages, et autrefois sillonnée par les gabariers qui descendaient le bois vers Bordeaux. Nous traversons le Malpas, un passage autrefois redouté, puis faisons halte au bord de l’eau pour écouter l’histoire de Jean Combe, braconnier devenu héros en 1789. Le soir, nous installons notre bivouac à Beaulieu, dont le reflet dans l’eau semble irréel. Puis la Dordogne s’élargit, la vallée s’ouvre. Quelques jeunes du coin se jettent à l’eau depuis des lianes accrochées aux arbres, rappelant la joie simple des jeux d’été au bord de la rivière. Plus loin, à Carennac, les ruelles dorées du village nous accueillent pour une nuit paisible au pied du bourg. Quand le soleil se lève sur les galets blancs, nous savons que 40 km nous attendent jusqu’à Souillac. La rivière est calme, presque méditative. Les hérons nous observent, les pêcheurs à la mouche patientent sur la berge. Le soir, sur une île déserte, nous montons la tente au son des crapauds. Le lendemain, on change de décor, encore. Les falaises s’élèvent, les châteaux apparaissent : La Treyne, Montfort, accrochés à la roche comme suspendus dans le temps, accueillant notre dernier bivouac sous un ciel d’encre. Cinquième et dernier jour, nous croisons les « Dragon Ladies » de Toulouse, pagayant avec courage avant de conclure cette longue balade à Beynac, majestueux village, gardien de la vallée. L’aventure s’achève ici, mais la rivière, elle, continue vers l’océan. Nous remontons vers la source, le cœur rempli de lumière. La Dordogne nous a offert bien plus qu’un voyage : une leçon de lenteur, de beauté et de liberté.
jeremy.truant ♦ @jeremytruant