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Le chemin des estives

par Dominique Lestant
20 oct. 2023
124 lecteurs
Lecture 2 min.

Le chemin des estives, une ode au Massif central !

Avant de prononcer leurs vœux, Charles Wright l’auteur, et son compagnon de route Benoit Parsac, concluent leur noviciat jésuite par un pèlerinage, un exercice d’ascèse en forme d’errance qui fait autant écho à la parole du Christ « Viens et suis-moi. », qu’aux pérégrinations des fondateurs de la compagnie de Jésus. Et avec enthousiasme, nous suivons les deux novices, durant la trentaine de chapitres du livre et autant d’étapes qui les conduisent à pied à travers le Massif central, d’Angoulême à l’abbaye Notre-Dame des Neiges en Ardèche. Attention, le premier chapitre sonne comme un avertissement ! L’auteur est un récidiviste. Adolescent et pour une noble cause, il nous rappelle qu’il a déjà fugué.
Nul doute que voyager aujourd’hui dans le plus grand dénuement, sans carte bancaire, ni argent, ni smartphone, mendiant gîte et couvert est une expérience à nulle autre pareille. Pour impressionnant que ce soit, là ne réside pas l’essentiel du livre. L’incertitude de chaque instant et la vulnérabilité choisies ne constituent qu’un cadre qui ouvre sur des paysages uniques et engendre toutes sortes de rencontres. En un mot, un voyage.
Le premier aspect remarquable du récit est la manière dont l’auteur restitue la beauté des paysages et la singularité des rencontres. Souvent par un détail, il en peint une image vivante. Chaque page devient alors un tableau, une invitation à explorer le territoire. Mais au-delà du catalogue de paysages, il s’agit aussi de rencontres avec des gens ordinaires mais tous singuliers, de découverte de la ruralité d’aujourd’hui et de révélation personnelle. Les rencontres apportent une profondeur au récit, nous rappelant au passage que voyager consiste à aller vers … De nouveaux horizons, de nouvelles personnes, un nouveau soi-même. Le second aspect remarquable tient aux réflexions personnelles de l’auteur posées en miroir à A Rimbaud, à Ch de Foucauld et à « L’imitation de Jésus-Christ » ouvrage religieux moyenâgeux. L'auteur nous transporte là où aventure rime avec nature et contemplation avec inspiration.
Pour ce qui est de la forme, la prose élégante et fluide de Charles Wright coule comme un ruisseau de montagne. L’écriture évocatrice, simple, apporte sérénité, incite à ralentir, à savourer les lieux, les portraits et les réflexions. Ainsi, sans retenue, l'auteur partage l’intimité de son voyage.
Finalement, voilà un accessible mais captivant récit de voyage célébrant le Massif central, la relation aux autres et à soi. Une lecture destinée aux amoureux de nature, aux âmes vagabondes et aux contemplatifs en quête d'inspiration. Et ça fait beaucoup de monde !

Le chemin des estives

De Charles Wright

Éditions Flammarion (368p, 21€) ou en poche chez J'ai Lu (352p, 8€)