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par L'Extraterrestre
publié le
18 juin
45 lecteurs
Lecture 3 min.

Un voyage une histoire

Une fois n’est pas coutume, l’Extraterrestre partage sa tribune.

« Ce matin, j’ai un point de vue impopulaire à vous partager sur un sujet qui ne devrait pas l’être. Je ressens une certaine gêne face aux cagnottes en ligne destinées à soutenir des aventuriers à vélo engagés dans des causes humanitaires. Ce sentiment est d'autant plus paradoxal que j'ai moi-même financé ou sponsorisé de telles initiatives par le passé. Vous imaginez donc mon dilemme. Je m’explique. Je ne remets pas en question l’honnêteté de ces voyageurs à vélo au grand cœur. Ce qu’ils essaient de faire est louable, beau, inspirant… Cependant, il me semble que l'efficacité de leurs démarches devrait être interrogée. D’abord par eux-mêmes, puis par ceux qui les soutiennent. Considérons ces jeunes étudiants traversant l’Europe pour sensibiliser à la pollution des fleuves, ces mères accompagnées de leurs fils traversant l’Asie pour sensibiliser au climat, ces papis baroudeurs traversant la France pour sensibiliser au cancer de la prostate… Malgré leurs bonnes intentions, les moyens qu'ils emploient pour prévenir ou sensibiliser les causes qu’ils défendent me paraissent mal exploités :
- Combien d’heures sont consacrées à la gestion de leurs campagnes de communication et de sponsoring ?
- Quel est le coût total de leurs dépenses logistiques ? Y compris pour la visite de leurs proches venant les rejoindre par avion ou en train à mi-parcours ?
Au lieu de se lancer en solo ou en binôme dans ce type d’aventure, pourquoi ne pas orienter directement son énergie, ses économies et ses compétences vers des organisations spécialisées qui ont déjà fait leurs preuves. Je constate parfois (donc pas pour tous les projets) que :
- Tout l’argent collecté n’est pas toujours reversé aux associations concernées car il sert aussi à financer les frais du voyage.
- Les dépenses engagées lors du voyage excèdent parfois les fonds récoltés. C’est fou mais ça arrive.
- Ces initiatives amplifient la concurrence pour les dons et le phénomène de fatigue des donateurs (Donor Burnout).
- L'impact réel de ces projets pour les causes défendues est difficile à mesurer, voire inexistant.
C’est pourquoi, je pense que leur temps, leur énergie, leurs fonds propres et notre générosité pourraient être mieux utilisés s’ils étaient directement alloués aux organisations caritatives.
Ainsi, pour les prochaines aventures humanitaires à vélo que l’on me proposera de soutenir, je me demanderai dorénavant :
- À quoi va vraiment servir mon don : permettre à un cyclovoyageur de vivre une expérience incroyable ou à soutenir une cause ?
- À qui donner pour maximiser l’impact de ma générosité : un inconnu à vélo ou directement à une association ayant pignon sur rue ?
Enfin, j'espère que certaines et certains d’entre vous sauront me contredire car je culpabilise pour cette prise de position. Bonne lecture à tous, Léry ».

Édito de la newsletter Le Concentré Vélo #134 du 25 avril 2024 par Léry Jicquel, entrepreneur passionné de vélo qui s’applique à contribuer au développement de la petite reine en France.


Cher Léry, merci pour ce point de vue et ta franchise. Tes questionnements font écho à ceux de la rédaction et mettent en lumière cette imbrication de la cause dans l’aventure ou de l’aventure dans la cause. Un mobile de voyage flou qui peut amener aux réflexions que tu évoques : si mon but est de soutenir une cause, je donne directement à une institution compétente ; ce qui ne m’empêche pas de soutenir un voyageur si tel est mon souhait.
L’on voit ceci dit des voyageurs autofinancés qui portent, voire incarnent, de belles initiatives*. Comme lorsque ceux-ci sont directement impliqués dans la cause qu’ils souhaitent défendre, ou qu’ils mènent en chemin des actions ayant un bénéfice effectif sur les personnes ou l’environnement, ou encore que leur périple permet une collecte de fonds pour ladite cause (par exemple via la technique du sponsoring de kilomètres). Le voyageur voyage de toute façon et utilise parallèlement sa modeste notoriété pour le bénéfice d’une cause et ce auprès d’un public qui n’aurait peut-être pas été touché sinon.
Mais au fond, à chaque fois, n’y a-t-il pas avant tout – et par-dessus tout – un voyageur et son envie de voyager ? Un voyageur et son rêve, le scénario d’une aventure dont le voyage va permettre la réalisation. Une histoire, son histoire, celle qui le rend heureux ; n’est-ce pas l’essentiel ?


* Quelques exemples :

  • Sensibilisation au sujet d’une pathologie / handicap dont le voyageur est atteint : il voyage pour la surmonter, montrant l’exemple (faisabilité, motivation) et contribuant à l’information / collecte de fonds (recherche médicale, traitements) : F. Bruno (CA47), I. Ulrich (CA54)...
  • Compétences professionnelles mises à profit en chemin : kiné cyclo-voyageur offrant des séances et se formant aux techniques thérapeutiques au gré des pays visités, R. Auclair (CA52).
  • Action concrète : ramassage de déchets en traversant l'Europe à pied, M. Couderc et N. Hoppenot (CA56).
  • La notoriété du voyage sert d’appui à une collecte de fonds : Léman - cap Nord en kayak de mer en faveur des enfants atteints de cancer, O. Forney et A. Guignard (CA75).

Etc., etc. !