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par L'Extraterrestre
publié le
21 déc. 2023
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F.O.M.O.

F.O.M.O. : Fear Of Missing Out, littéralement la peur de rater quelque chose.
Wikipédia définit ainsi le FOMO, cette « sorte d'anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un autre événement quelconque donnant une occasion d'interagir socialement. Cette peur est particulièrement nourrie par certains aspects de la technologie moderne, tels les téléphones mobiles et les réseaux sociaux ».
Voilà qui parlera sans doute à nombre d’entre nous. Le concept est aisé à comprendre et, à défaut d’y parvenir aussi bien qu’on le souhaiterait, on voit bien concrètement comment tenter de réduire notre accoutumance à ce bain continu d’informations, de notifications et d’interactions.

Il est intéressant de considérer un autre angle de vue de ce mécanisme, mentionné sur la page précitée, qui englobe un spectre large et mérite réflexion. Il évoque la « peur de regretter d'avoir pris la mauvaise décision sur la gestion de son temps ».
Certes, le temps compte parmi les choses les plus importantes de la vie et sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Il semble donc naturel que nous souhaitions le remplir de la façon qui nous rende le plus heureux. Pourtant cette course à l’optimisation, elle-même chronophage, est perpétuellement insatisfaisante : il y a toujours une infinité d’autres choix possibles que nous ne pourrons jamais éprouver ! La tentative illusoire de contrôler ce qui nous échappe
entrave en outre notre pleine appréciation du moment présent.
Combien de fois nous surprenons-nous à penser « j’aurais plutôt dû aller là / j’aurais mieux fait de faire ça / pourquoi ne les ai-je pas accompagnés / pourquoi n’ai-je pas choisi ce plat, cette activité-ci, cet objet-là  », alors même que nous venons de vivre un bon moment, de jouir d’un bel endroit ou d’un mets délicieux. Comme si, pour toute situation, il y avait deux univers : ceux qui ont fait le « bon » choix (et qui le présentent comme tel sur les réseaux sociaux) et ceux qui regrettent de ne pas l’avoir fait. Et cette classification binaire est en général complètement subjective. De surcroît, nous nous appesantissons surtout sur les occasions où nous sommes persuadés de faire partie du second groupe.
La dimension comparative est telle que ce qui en vient à compter principalement n’est plus le plaisir que nous ressentons nous-mêmes dans tel ou tel moment, mais les potentielles autres expériences que l’on aurait pu vivre en faisant un choix différent ET que d’autres ont, eux, vécues. Pour un résultat identique où nous ne vivons pas une certaine expérience (je ne suis pas allé grimper en montagne), nous sommes plus chagrinés par la situation où d’autres l’ont vécue mais pas nous (untel a réussi l’ascension d’une voie que je convoitais, alors que j’ai fait le choix d’aller naviguer), que celle où personne ne l’a vécue (une tempête empêchait l’accès au massif à tout le monde). « Je crains que d'autres aient plus d'expériences gratifiantes que moi » est d’ailleurs un des pivots d’une étude sur le FOMO.

En outre, cette peur de rater concerne souvent des choses qui font partie de notre connu : nous savons que quelque chose nous fait du bien et nous souhaitons y revenir. Et d’une certaine manière c’est légitime. Il est parfois ténu ce point de bascule entre plaisir « acquis » et « aléa » de la découverte… J’aime ce cheese-cake, je choisis donc toujours le même dessert et ne goûte jamais le fondant maison, peut-être plus succulent encore. L’étude des biais cognitifs le montre bien* : l’humain est plus à l’aise avec la perspective rassurante d’un gain connu, qu’avec l’incertitude d’une nouveauté et son potentiel gain plus grand. Le FOMO nous touche donc aussi par anticipation en nous empêchant d’aller vers l’inconnu, de l’accueillir quand il se présente à nous, de nous laisser surprendre.

Et si, au lieu de considérer ce que nous croyons perdre, nous profitions pleinement de ce que nous sommes sûrs d’avoir gagné. Et si nous accueillions ce qui se présente, si nous nous laissions surprendre, si nous laissions la place aux expériences nouvelles nous emmenant au-delà de la sphère de notre connu. Qui sait quels bonheurs nous attendent ?


* notamment le biais d’aversion à la perte (l’humain attache plus d'importance à une perte qu'à un gain du même montant), d’aversion au risque (un investisseur qui privilégie spontanément les investissements peu risqués), de statu quo (la nouveauté est vue comme apportant plus de risques que d'avantages possibles et amène une résistance au changement), etc.