Extraterrestre CA47 : Ma routine du bonheur

par SilexA dans Extraterrestre 15 juin 149 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

Ma routine du bonheur

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°47.
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J'habite sur une planète où mes compatriotes, un peu comme vous les humains, ont une espérance de vie tellement longue qu'ils ne pensent presque jamais à la mort. Certains d'entre nous vivent dans le passé, regrettent ou encensent des événements qui n'existent plus que dans leur mémoire qui tourne en boucle. Les autres ne pensent qu’à l'avenir, car demain sera forcément mieux qu’aujourd’hui : quand il n'y aura plus de soucis liés à l'argent, aux enfants à élever, à une situation professionnelle pas vraiment satisfaisante, alors ils pourront enfin profiter du présent.
Mais un jour, il y a un an et demi, tout a changé. Une lumière très vive est apparue dans notre ciel. Elle grossissait jour après jour, nos astronomes ont vite reconnu un astéroïde qui fonçait droit sur notre planète. En quelques jours, la panique générale a gagné tous les esprits, surtout qu'il n'y avait absolument rien à faire, l'astéroïde était beaucoup trop gros pour espérer pouvoir stopper sa course. Finalement, il a frôlé notre planète, mais dès le lendemain, nos scientifiques nous ont annoncé que nous allions traverser un immense nuage de ces blocs monstrueux. Pendant une durée indéterminée et potentiellement longue, notre planète allait donc courir le risque d'être annihilée en quelques secondes.
La plupart d'entre nous avons alors sombré dans l'angoisse et la dépression. À quoi bon continuer à s'activer si nous pouvions subitement décéder dans quelques mois ? Puis certains d'entre nous se sont souvenus que nous allions tous mourir un jour, et ont même découvert que l'idée de la mort pouvait devenir un aiguillon. Personnellement, j'ai appris à mieux me connaître pour établir ma propre petite routine quotidienne du bonheur, pour que mon bien-être au jour le jour ne dépende plus de la réalisation de grands projets futurs, pour vivre au présent, enfin. En un an et demi, j'ai compris que la joie profonde créée en cultivant l'amour et la beauté n'a pas forcément besoin de dizaines d'années pour s'épanouir.

Depuis, tous les jours j'essaie d'aller dans la nature pour marcher, pédaler, grimper, skier, voler. J'ai compris que j'étais un peu comme une plante verte. Celle-ci a besoin de soleil, d'eau et d'une bonne terre pour s'épanouir. Pour moi aussi, les paysages naturels, la flore, la faune sont des aliments qui me nourrissent tout autant que mes repas. Après quelques heures loin des constructions humaines, je me sens bien, profondément. J'aime vibrer à l'unisson avec la nature grâce à mon corps qui se love en elle à travers le mouvement ou la contemplation ; ce corps, mon écrin, en fait aussi un peu partie, car c'est bien elle qui l'a façonné. Je prends soin de lui comme d'un ami, le plus intime qui soit. Ma tête ne le harangue pas pour aller plus vite, tel un cavalier qui cravacherait son cheval. Je préfère plutôt essayer de l'écouter. Il me dit que, cachée en moi, il y a la même intelligence universelle que celle qui régit la nature et le cosmos.

Tous les jours je réserve au moins une demi-heure à l'introspection. Je m'assois dans un endroit tranquille où je sais que je ne serai pas dérangé, et je ferme les yeux. Je me concentre sur ma respiration, plus rien d'autre n'existe que ce lien puissant entre ma conscience et mon corps. Mes pensées suspendent leur vol, je me fonds successivement dans mes pieds, mes jambes, mon buste, ma tête. Chaque partie de mon enveloppe physique devient mon unique centre d'attention alors que je n'étais même pas conscient qu'elle existait juste avant. La symbiose entre mon esprit et mon corps est totale, le bien-être qui en découle aussi. Et bientôt ma conscience s'élargit encore, à mon environnement proche, puis lointain, et je me sens devenir une parcelle du Grand Tout.
D'autres fois, pour chasser la tristesse, j'ai envie de faire jaillir en moi l'allégresse. Alors, toujours les yeux fermés, j'imagine le sourire de ma fille quand je joue avec elle, les bras de ma femme qui m'enlace tendrement, ce petit coin de nature où j'adore m'allonger au milieu des chants d'oiseaux, et la joie que je ressens ainsi est aussi forte que si je vivais réellement ces moments.

Tous les jours, je souris aux gens que j'aime, je souris aux passants, je souris à mon miroir. Même quand mon humeur est sombre, j'essaie de ressentir de la gratitude. Sans forcément leur dire, je remercie tous mes proches de me donner autant d'amitié et d'amour, je remercie la nature de m'offrir sa beauté, je remercie la vie de battre dans mes veines avec autant d'entrain aujourd'hui, qu'importe ce qu'il se passera demain ou dans un mois. Et comme par magie, comme si j'avais ainsi enclenché un cercle vertueux, la vie toujours me sourit en retour en m'envoyant un nouveau cadeau. Un clin d’œil, souvent sous la forme d’une bonne nouvelle, un rayon de soleil inattendu…

Tous les jours je choisis un court moment que je baptise « le meilleur de la journée » : quelques minutes de contemplation dans un environnement qui m'enchante, de partage avec quelqu'un que j'aime, de lecture d'un poème ou d'écoute d'une musique. C'est la cerise sur le gâteau, un instant savoureux que je déguste avec d'autant plus de bonheur que je l'ai élu. Même si ma journée a été sombre, j’ai trouvé une pépite d’or.

Ami lecteur, j'espère de tout cœur que tu n'auras pas besoin d'un astéroïde menaçant ta vie pour mettre en place dès maintenant ta propre routine du bonheur, pour réaliser sans attendre tes plus beaux rêves, et ainsi cheminer sereinement vers la plénitude, en privilégiant l'ici, le maintenant, comme l'enfant que nous avons tous été.

SilexA U’Aielor

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