Extraterrestre CA 33 : Liberté égalité fraternité

par Extraterrestre SilexA U’aielor dans Extraterrestre 01 déc. 2015 mis à jour 14 mars 593 lecteurs Soyez le premier à commenter share(partager)

Liberté, Égalité, FRATERNITE

Chronique publiée dans Carnets d'Aventures n°33.
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Samedi 15 octobre 2017. C’est la date inscrite sur la convocation qu’il a reçue depuis plusieurs mois. David, 38 ans, lyonnais, directeur d’une petite agence de communication, ne va pas passer tranquillement le week-end en famille. Il s’apprête à partir pour un stage un peu spécial. Il se rend dans le village du Massif central où est fixé le rendez-vous.
Arrivé sur place, il fait connaissance avec les autres stagiaires, qui, comme lui, ne savent pas du tout ce qu’ils feront pendant la semaine suivante. Sous l’œil amical de leur encadrant, Simon, chacun se présente en quelques mots : Elizabeth, 55 ans, est infirmière à Valenciennes. Patrick, 43 ans, est avocat d’affaires à Paris. Sophie, 22 ans, est étudiante en psychologie à Toulouse. Jean-Marc, 67 ans, est retraité et militant écologiste dans le Finistère, il était professeur agrégé d’allemand à Nantes. Justine, 32 ans, est sergent-chef sur une base aérienne en Moselle. Mehdi, 29 ans, est chauffeur de taxi à Marseille. Stéphanie, 48 ans, élève des brebis dans les Hautes-Pyrénées. Le groupe de huit personnes ressemble à un de ces échantillons représentatifs de la population française utilisés pour faire les sondages. C’est fait exprès, explique Simon, c’est le président de la République récemment élu qui l’a voulu ainsi.
Sa campagne a été originale. Au lieu de dépenser des millions dans la communication, le candidat est parti seul pendant six mois sillonner à pied les régions françaises. En chemin, incognito sous sa barbe, il a beaucoup questionné, écouté, très peu parlé. Il s’est rendu compte qu’après 25 ans passés dans les coulisses du pouvoir, il ne savait plus vraiment qui étaient les Français. Il a aussi découvert qu’entre eux ils se connaissaient mal, se comprenaient encore moins, s’aimaient finalement bien peu. Puis, de retour devant les caméras, avec toujours autant d’humilité, il a remporté les élections. Sans désigner, comme l’avaient fait ses prédécesseurs, des boucs-émissaires parmi les Français issus de l’immigration, ceux soi-disant assistés ou au contraire ceux qui étaient trop riches.

Les randonnées citoyennes. Tout le monde en parle depuis des mois puisqu’elles sont désormais obligatoires une fois par an. Mais personne ne sait encore en quoi elles consistent exactement. Le dimanche les huit stagiaires partent à pied, tous chargés d’un sac à dos que Simon leur a fourni avec des affaires pour camper. Il les guide au début puis il les laisse choisir entre eux le chemin à suivre. Rapidement on suit Jean-Marc, c’est lui qui a le plus d’expérience. Des petits groupes se forment : David et Ludovic, Sophie et Mehdi, Jean-Marc et Elizabeth discutent ensemble ; Justine et Stéphanie restent seules, Simon observe.
Après le dîner chez un habitant qui les a accueillis dans son jardin, tous aimeraient aller se coucher mais Simon lance plusieurs sujets de discussion : quelle éducation, quel système de santé, quelle croissance économique pour demain ? Chacun doit donner son opinion l’un après l’autre, puis un débat plus libre est engagé pendant lequel Simon veille à ce que tout le monde s’exprime.
Pour randonner les jours suivants, il forme deux groupes : d’un côté, David, Sophie, Jean-Marc et Justine, de l’autre, Ludovic, Mehdi, Elizabeth et Stéphanie. Au fil des heures passées ensemble, les langues se délient timidement, les barrières tombent doucement.
Un jour l’un des groupes discute avec un employé du parc naturel régional où ils se trouvent. Il leur apprend avec une joie à peine dissimulée que le loup est de retour dans la région. Le même jour l’autre groupe rencontre un éleveur qui se plaint d’avoir eu plusieurs bêtes attaquées, qu’il ne peut plus les laisser paître seules sur le causse, qu’il en fait des cauchemars la nuit. Ce soir-là comme les autres soirs, les deux groupes sont heureux de se retrouver, de raconter ce qu’ils ont vus, de discuter ensemble de la question posée par Simon : comment concilier des intérêts opposés sur un même territoire ?
Arrive le dernier soir. Simon demande au groupe de réfléchir à la notion d’empathie : chacun doit donner sa définition et un exemple. Puis il annonce le débat de la soirée : « Quelle France en 2050 ? » Il explique que, chacun à leur tour, ils n’exprimeront pas leur opinion personnelle mais devront imaginer la réponse d’une autre personne du groupe tirée au sort.
Après quelques minutes de silence, le jeu commence. Il consiste à deviner de qui est l’opinion que l’orateur est en train d’exprimer. Parfois c’est évident et tout le monde rit en disant le nom de la personne qui, alors, est un peu embarrassée. Ensuite Simon leur demande d’expliquer leurs propres avis sur la question. Tout le monde constate qu’ils sont en fait beaucoup moins contrastés que quand ils étaient exprimés par quelqu’un d’autre. Des consensus se dessinent. Simon se dit que le bilan du stage est positif.

Mai 2022. Pour la première fois depuis longtemps, les Français semblent apprécier leur président en exercice. Ils le réélisent. Cette même année, le parlement européen décide d’appliquer le principe de la randonnée citoyenne au niveau du continent, en rassemblant pendant une semaine par an des Européens de nationalités différentes autour d’encadrants interprètes.
Et déjà, certains fonctionnaires de l’ONU rêvent d’organiser ces randonnées à l’échelle de la planète.

SilexA U’Aielor

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