Rencontres nocturnes

par Johanna dans Encarts 08 mai 2006 mis à jour 30 oct. 2012 1544 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

Priscilla Telmon, bivouac« Je bivouaquerai pour ma première nuit chinoise en haut d'une colline qui surplombe le fleuve. Tout semble désert. A l'abri des regards indiscrets, je monte mon minuscule sarcophage, car il s'agit bien d'un sarcophage et non d'une tente où je me glisse comme un ver. Prête à dévorer ma sempiternelle soupe aux nouilles crues, la tête dans les étoiles. J'entends des pas qui se rapprochent, des cris de corbeaux brisent le silence et bientôt dix armoires à glace m'entourent. D'abord timides, ils se mettent vite à tripoter tout ce qui dépasse, à me harceler de questions. Il faut imaginer la scène : la tête dépassant de ma petite tente, j'ai l'air d'un gigot ficelé, avec ces dix types autour de moi. Déguerpir au plus vite ! Tout en répondant fermement aux questions, je plie mon campement et repars sur la route en pleine nuit, une de ces nuits noires sans lune. Je peste, il s'en fallait de peu pour que cela finisse mal. Le silence de la nuit m'imprègne, que je romps en chantant pour tromper mon angoisse ! Renouer avec les vieux démons. La nuit, ça n'est pas fait pour marcher. Où vais-je la passer, maintenant qu'il pleut des cordes ? Au fond de moi, j'imagine une petite famille dans l'une de ces maisons de chaume.
Après plusieurs heures de marche, une lumière. Je ne la quitte pas des yeux à mesure qu'elle grandit. Je prends le sentier qui y mène quand une horde de chiens hargneux me sautent dessus, les crocs dehors, prêts à mordre. Excédée, je fonce sur eux en hurlant, armée de mon bâton et de quelques pierres. Qu'attendent leurs maîtres ? Que je me fasse dévorer ? Enfin une porte s'ouvre, une dizaine d'hommes passent la tête. C'est un campement de camionneurs ! Il ne manquait plus que cela. Je ne sais qui d'eux ou de moi est le plus ahuri… Le cauchemar va-t-il s'arrêter ? Abrutie de fatigue, je passerai la nuit ici et advienne que pourra ! »

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