Le gravel dans tous ses états
Le voyage tout terrain
Nous sommes nombreux à pouvoir dire que nous faisions du gravel bien avant qu’il ait un nom. Mais l’apparition du concept, en poussant l’industrie du cycle à concevoir des machines et des bagages adaptés, a participé à l’essor d’une pratique qui fait aujourd’hui notre plus grand bonheur. Et l’histoire du gravel est une aventure qui a beaucoup de choses à raconter.
Retour aux sources
Le gravel ne sort pas de nulle part et son héritage est multiple. Il faut remonter aux origines des voyages à vélo pour découvrir des pratiques similaires à ce qu’on connaît aujourd’hui, car nos ancêtres faisaient en quelque sorte déjà du gravel avant d’avoir un vélo gravel à proprement parler. Dès la fin du XIXe siècle, les cyclo-muletiers français n’hésitaient pas à franchir les montagnes hors des voies carrossables avec leur barda et leurs bicyclettes mal adaptées, qu’ils devaient souvent pousser et porter. Moins engagé, mais tout aussi notable, le périple de Léon Giran-Max et Marie-Antoine Barret reliant Melun à Nîmes en 1897, traversant une France rurale à bord de leurs « bécanes » chargées, à une époque où aucune route n’était encore bitumée ; une aventure qui revit aujourd’hui façon bikepacking à travers le Challenge du Tourmagne. En Angleterre, les membres du Rough Stuff Fellowship (décrit comme l’un des tout premiers clubs cyclistes tout-terrain) parcourent les « sentiers rugueux » depuis le milieu des années 1950. Tout comme un certain Fred Wright qui a arpenté les Alpes loin de l’asphalte à bord de sa randonneuse dans les années 1980-1990, compilant des carnets d’itinéraires qui ont récemment fait l’objet d’un projet éditorial sous le nom de Rough Stuff Cycling in the Alps ; une véritable source d’inspiration pour James Olsen et son Torino-Nice Rally.
À chaque fois, c’est une envie simple de liberté et d’exploration qui prévaut, celle-là même qui fait l’ADN du gravel.
Une culture
On fait communément remonter la naissance du mouvement gravel à 2006 au Kansas, où deux Américains passionnés de cyclisme créent un événement, la Dirty Kanza, pour rassembler des cyclistes qui, comme eux, souhaitent courir sur les pistes rocailleuses de leur région, avec un esprit plus proche de l’aventure partagée que d’une compétition strictement réglementée. Chaque année ensuite, le rendez-vous est pris avec de plus en plus de participants, et imité bien au-delà du Kansas. Ce mouvement a gagné l’Europe (et l’industrie du cycle !) une dizaine d’années plus tard et on ne compte plus aujourd’hui le nombre d’événements, déclinés en de multiples formes, de la course longue distance aux randonnées bikepacking itinérantes à la bonne franquette. Une mouvance qui vit avec son temps et qui se propage via les médias, les réseaux sociaux et par la création et le partage de traces facilités grâce aux GPS et plateformes dédiées.
Des machines et des terrains
D’un point de vue technique, ce qui fait l’identité du gravel, c’est la polyvalence et un certain art du compromis. Résultat d’un croisement entre le vélo de route et le VTT, les gravel (contraction de gravel bike - vélo de gravier) conçus et vendus aujourd’hui comme tels par les fabricants se distinguent par leur géométrie de cadre stable et confortable (notamment poste de pilotage haut et proche du corps, empattement long, centre de gravité bas…), un cintre course recourbé (drop bar), leur capacité à accueillir des pneus jusqu’à 50 mm et des points de fixation pour sacoches et accessoires. Ils se déclinent bien sûr en de nombreuses variantes plus ou moins proches des vélos de route ou des VTT selon les pratiques pour lesquelles on les destine : course et performance, voyage et aventure, quotidien… Certains ont même de petites suspensions sur la fourche et d’autres, les Monster Gravel, de vraies roues VTT. Retour à la case départ ? Mais on peut bien sûr faire du gravel avec n’importe quelle machine polyvalente, autrement dit à la fois confortable et efficace sur tous types de terrains et de surfaces (hors extrêmes), à savoir les petites routes goudronnées secondaires, isolées, sauvages voire abandonnées, les voies vertes, les pistes forestières ou agricoles en terre ou en gravier, les sentiers monotraces roulants. Disons que la combinaison d’un cadre tout rigide, de pneus généreux, et d’une transmission qui démultiplie suffisamment répondra à ce critère. Pas besoin donc d’acheter un gravel pour faire du gravel, de nombreux vélos déjà dans les garages font très bien l’affaire s’ils acceptent quelques modifications. Bref, le gravel mériterait bien le nom de vélo tout terrain, ce qui inciterait à une redéfinition du VTT tel qu’on l’entend aujourd’hui, à l’instar des anglophones qui distinguent par exemple Mountain Bike (MTB), All-Terrain Bike (ATB) et Gravel Bike.
► Voici 5 vélos adaptés à la pratique du gravel :
Chacun son style
Le gravel, c’est donc avant tout une histoire de choix de terrains et une manière de tracer un itinéraire, une pratique taillée pour l’aventure et le voyage, et avec autant de vélos et de façons de faire du gravel que de cyclistes…
J’aime beaucoup la vision de bikepackingue.fr selon laquelle une bonne trace, c’est un itinéraire où le voyage prime sur la pratique sportive, où l’engagement reste dans les limites de l’agréable, où l’effort physique est pensé sur le long terme, et où la technicité est accessible pour des vélos chargés et des vététistes débutants. Libre à chacun de l’interpréter selon son propre niveau, sa sensibilité et les capacités de son vélo.
Que l’on participe ou non à un événement, partage ou non ses aventures, suive des traces dessinées par d’autres ou explore par soi-même, préfère les profils roulants ou techniques, sur un bon vieux biclou ou un vélo d’artisan, avec sacoches de bikepacking ou porte-bagages, gapette sous le casque ou vieilles baskets, on peut tous prétendre au titre !
Boîte à idées
Voici vers quoi on peut se tourner pour trouver des idées d’itinérances prêtes à rouler en France (et ailleurs), quelle que soit votre vision de la trace.
- Les variantes gravel de certains grands itinéraires déjà existants en route ou VTT comme la GTJ, GTMC, Route des Grandes Alpes, P’tites Routes du Soleil, etc.
- De nombreux tracés originaux typés gravel signés par des passionnés comme Les 7 Mineurs dans les Hauts-de-France, l’Ardennes Arbalète en Belgique, le G727 en Occitanie, Torino-Nice Rally sur la frontière franco-italienne et la fameuse haute route du Sel, pour ne citer qu’eux et parmi bien d’autres.
- Toutes les plateformes de création et partage de traces telles que VisuGPX, OpenRunner, Komoot, Strava, Carnets MyTrip, etc.
- Des sites spécialisés comme bikepackingue.fr ou bikepacking.com qui accumulent de jolies bibliothèques d’itinéraires.
- La plupart des sites officiels de tourisme local recensent des parcours gravel.
- Le livre Gravel et Bikepacking de Richard Delaume, éd. Glénat