Expé Ultima Cordillera en Patagonie : suite et fin!

par Johanna dans Actualité 09 janv. 2007 mis à jour 22 avr. 2016 6314 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

Le dernier volet de l'expédition Ultima Cordillera se termine pour Christian Clot (seul sur le terrain cette fois-ci) et son équipe. Nous vous proposons de lire les nouvelles envoyées par Christian Clot début janvier.

Patagonie Cordillera Darwin

 

Bonjour à tous,

Avant toute chose, avec à peine un peu de retard, je vous souhaite à tous une excellente année 2007 avec mes meilleurs vœux de réussite. Même si la réussite n'arrive pas toujours au moment que l'on espère et de la manière que l'on a imaginé !

Me voici de retour de l'expédition Ultima Cordillera 2006 en Cordillera Darwin. Une aventure soutenue, riche en rebondissements et en émotion, qui met un terme – du moins pour la partie "terrain" – à cinq ans de recherches, de découvertes et trois expéditions dans ces montagnes du bout du monde. Cinq ans… Un chiffre qui me laisse songeur tant je peine à me dire que tout ce temps a passé depuis la première fois que j'aperçus, en février 2002 avec Karine Meuzard, les sommets taillés par les tempêtes de l'ultime chaîne des Andes. Cinq ans pratiquement totalement consacrés à cet univers, presque aveuglément, entre recherches historiques, scientifiques et désir de connaissance tant subjective qu'objective… une forme de quête pour comprendre ce sentiment si puissant qui nous a marqués, et qui a marqué tous ceux qui s'en sont approchés. A la recherche également de cette cité perdue, cachée par les murailles sommitales des monts enneigés, à laquelle croient les marins-pêcheurs des fjords patagons, à laquelle croyaient certains groupes d'Indiens aujourd'hui disparus. Une cité irréelle, bien entendu, qui ne se construit que dans le cœur, mais qui a conduit nos pas vers ces montagnes… Oui, cinq ans pour un lieu, si infime à l'échelle du globe, mais porteur de tant de rêves, porteur de cette idée que l'exploration est encore possible à la surface de notre monde. Exploration physique, terrestre ou exploration intérieure et découverte de soi… Je ne sais aujourd'hui quelles découvertes sont les plus importantes…. Il est trop tôt encore. Je réalise à peine que me voilà revenu dans une forme de sécurité – bien que l'on puisse mourir dans son lit ! – et de chaleur. Comment savoir alors quel sentiment prédomine, entre joie ou tristesse, de penser que je suis arrivé au bout de ce qui, d'une idée folle, s'est transformé en trois expéditions Ultima Cordillera : 2004 avec Karine Meuzard et Raphaël Escoffier, comme une découverte initiatique. Printemps 2006 avec Karine, trois scientifiques et un caméraman pour jalonner les bases scientifiques…

Et enfin cette dernière expérience, en solitaire, avec la réalisation de deux sommets et finalement l'accès et un trajet dans cette partie inexplorée, tant espérée, bien que sans en avoir fait l'entière traversée. Une balade pour glace fuégienne mise en musique par le grand orchestre des airs, avec Mwono (Dieux des montagnes et des tempêtes) comme premier violon, les avalanches aux grosses caisses, les chœurs des silences du vide et votre serviteur comme soliste improbable au sein de cette composition démesurée… et cette impression inégalée de vivre, avec cette symphonie, une expérience absolument unique. Que dire de ces instants, seuls, sur ces terres mouvantes encore inviolées ! Il est trop tôt sans doute. Une fois n'est pas coutume, je peine aujourd'hui à parler tant elle fut intense, en difficulté comme en bonheur !

Seule certitude : Je ne retournerai plus en Cordillera Darwin ! Aux derniers jours de cette aventure, c'est cette évidence qui s'est imposée a moi, sans que j'y aie vraiment réfléchi, sans que cela ait été un but. Parce que je sais être arrivé au bout de ce que je suis allé, sans le savoir, y chercher. La vie.


En terme de résultat et données:

- Sur place, la réalisation de deux sommets vierges, respectivement d'environ 1700m et 2200m, tous deux dans la partie centrale de la Cordillera Darwin, ainsi qu'un parcours en boucle dans la partie encore inexplorée des montagnes. Pour la première fois, un homme est entré dans cette partie de la Terre de Feu, a fortiori en solitaire. Trajet d'environ 75 kilomètres pour 400 kilomètres réellement effectués.

- Parti avec 130 kilos de charge, je suis redescendu avec 75 kilos environ. Tout a été porté a dos d'homme (le mien…) sans aide ni de pulka ni du vent.

- Le retour s'est effectué en kayak sur 190 kilomètres dans les canaux de Patagonie, de mon point de dépose initial jusqu'à Punta Arenas, en trois jours pour 37 heures de navigation.

- Température absolue relevée entre 2°C et –15°C, ce qui a représenté jusqu'à –32°C en température ressentie (Windchill). Vents entre 0Km/h et au plus rafales de 224 Km/h, avec des journées de vent moyen au-dessus de 130 Km/h

- J'ai pu prélever des insectes, observés en 2004, dont un certain nombre avaient déjà été ramenés début 2006. Mais j'ai pu en trouver en d'autres points et plus élevés en altitude, ce qui est extrêmement intéressant. Ces insectes de type plécoptères, vont maintenant être étudiés par le Muséum d'Histoire Naturelle du Chili, le Muséum de Paris et sans doute un autre laboratoire en France, avec entre autre analyse ADN. Des spécialistes de la cryogénie sont également intéressés par quelques exemplaires. Par ailleurs, j'ai pu ramener d'autres types d'insectes trouvés vers 1200m d'altitude, ainsi que des larves inconnues à ce jour.

- Les tests psychologiques et physiologiques ont pu être menés sur l'ensemble de l'expédition… A voir maintenant les résultats….

- Côté données météo, la station a malheureusement souffert de l'humidité et du froid extrême, et les batteries n'ont pas tenu le choc. J'ai n'ai donc pu ramener les données heures par heures, mais j'avais pris soin de faire un relevé manuel trois fois par jour, ce qui servira tout de même de base pour déterminer le bon lieu pour l'installation d'une station fixe, sans doute en mars 2008 par une équipe de Punta Arenas.

- Certaines photographies des glaciers font partie désormais d'un accord entre le musée Salésiens de Punta Arenas et The World Institut of Glaciar Monitoring du Maine (USA) qui effectue une étude comparative extrêmement intéressante d'images de différentes époques, concernant, à terme, le monde entier.

 Pour la suite :

- Les prochaines semaines vont être bien occupées avec ces études, une remise en forme physique – puisque j'ai tout de même passablement souffert de froid et de faim – et l'écriture du livre Ultima Cordillera pour les éditions Arthaud, que j'espère remettre au mieux dans les délais prévus. La sortie est prévue pour mai 2007, mais ne sera bien entendu confirmée qu'une fois le manuscrit terminé…
- Plusieurs articles de presse ont paru au Chili, France, Suisse au cours de l'expédition. D'autres sont prévus dans les mois à venir. Liste dans le rapport d'expédition.
- Côté film, c'est actuellement la grande inconnue. Nous devons analyser les images à notre disposition afin de savoir ce qui est possible de faire. Mais un film ainsi qu'une conférence existera.
 
Christian Clot et l'équipe Ultima Cordillera 2006.

Contact :
Christian Clot, 0033 (0)6.20.46.83.61 

ultimaterra.com (n'existe plus...)

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