Le Grand Nord en Train

par Fanny Cathala dans Voyage Nature 23 nov. 2010 mis à jour 30 oct. 2012 8412 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

VOYAGE SKI-RAIL EN LAPONIE

UNE AUTRE APPROCHE DU VOYAGE NATURE

KungsledenAprès une traversée de l’Islande à pied et une descente de la rivière Rupert dans le grand Nord Québécois, après être tombé profondément amoureux des ambiances du nordique, nous jetons aujourd’hui notre dévolu sur la Laponie suédoise.
Eviter les sauts de puces, respecter les distances que nous offre notre planète, rendre à la Terre sa vraie grandeur…pour cela, le train s’impose. Une douce traversée de l’Europe, de la France à la Suède, un atterrissage en douceur dans les immensités du Nord, pour un raid à ski des plus dépaysants…

1. Pourquoi un tel voyage ?

Voyages lointains et écologie : un réel problème ?

Eté 2007 : traversée de l’Islande à pied, 450 km en autonomie, le voyage nature à l’état pur ? De nombreux doutes traversent alors mon esprit.
L’accès à la destination, en avion, est beaucoup trop gourmand en carbone (ndlr : on peut s’y rendre en bateau, ce que nous avons fait en 2008, le coût carbone d’un passager à pied dans un bateau qui transporte également du fret est marginal). Quel avenir pour notre planète si tout le monde adoptait un tel mode de vie? Prise de conscience difficile pour qui aime sillonner la Terre.

Voir les disussions associées :

Celle spécifique sur l'accès en train

Celle spécifique sur la Kungsleden

Voir aussi le descriptif de la Kungsleden : l'aventure en détails et en photos




+

-

Bilan
énergie*

Bilan
CO2*

 

Avion

• Moyen de transport le plus sûr
• Gain de temps pour les pressés

• Moyen de transport le plus polluant

  • Des prix élevés pour certaines destinations
• Consommation d'énergie importante

65,8 kg

204,6 kg

 

TGV

• Moyen de transport le moins polluant

  • Moyen de transport
confortable

• Réserver ses vacances à l'avance
• Toutes les destinations ne sont pas accessibles par le TGV

8 kg

14 kg


Ce tableau a été réalisé grâce au comparateur éco-déplacement de l'ADEME pour un trajet aller-retour de 1000 km.(http://www.consoglobe.com)
* Bilan ENERGIE : le bilan d'énergie est calculé en kep, c'est-à-dire en kilo équivalent pétrole. Cette unité de mesure permet de calculer les kilos d'énergie consommés par le moyen de transport.
* Bilan CO2 : le bilan CO2 correspond à l'émission de dioxyde de carbone rejetée par le moyen de transport.

Quelques lectures plus loin et ajouté à cela un petit brin de culpabilité, plusieurs solutions s’offrent à moi :

1)    Arrêter de voyager… mais je n’en ai pas envie !
2)    Voyager dans un rayon proche de la maison : ce que l’on a fait durant l’été 2008 lors d’un voyage à vélo en Bretagne. Belle expérience à reconduire… mais les grands espaces me manquent.
3)    Trouver des alternatives à l’avion, au moins en ce qui concerne des destinations moyennes distances : solution retenue pour l’hiver 2010 !

Le nez collé à la carte, mon regard parcourt les voies ferrées d’Europe. Je veux des grands espaces, j’aimerais m’y rendre en train… La Laponie suédoise s’impose comme une évidence.

Partir les skis aux pieds de la gare d’Abisko, à 200 km au Nord du cercle polaire arctique. Randonner sur la Kungsleden, la « voie royale », dans les « Alpes de Suède ». Reprendre le train à Kiruna, capitale du peuple Same. Une première découverte du Nord en hiver… et tout en douceur !

 

En train vers le Grand Nord de l'Europe

 

>    Un voyage pour répondre à des interrogations :

Ce projet a pour but de réfléchir à une autre manière de voyager (loin) tout en restant dans une logique de respect du milieu.

Le principal défi réside donc dans l’organisation. Comment acheminer du matériel pour une expédition hivernale sans utiliser la soute d’un avion ? Cette vision du voyage nature est-elle transférable dans notre société ? Est-il possible d’organiser de tels projets à grande échelle ? Comment en limiter les contraintes?
EST-CE POSSIBLE ?

Des questions logistiques donc, mais aussi des interrogations d’ordre plus personnelles :
Quels changements cela impose t’il dans notre conception du voyage ? Que vais-je en retirer sur le plan personnel ?
QUEL PLAISIR ?

Un projet, un défi, une belle aventure et de nombreuses questions sans réponses ? C’est parti pour un voyage ski-rail en Laponie !


2. Le voyage en Train

1)  Questions logistiques

Titre de transport:

La carte Interrail, est un véritable « Passe-partout » européen : plusieurs formules sont disponibles suivant la durée du séjour. Nous avons opté pour la formule Flexipass nous permettant de voyager 10 jours en train sur un total de 22 jours de voyage.

La carte Interrail laisse une grande liberté de déplacement. Certains trains exigent toutefois d’effectuer des réservations. Des frais supplémentaires sont donc à prévoir.
Toutes les informations sont sur le site : http://francais.interrailnet.com/

Planifier son voyage

Certains sites (http://www.sbb.ch/fr et http://www.bahn.de ) permettent de visualiser en un clic un itinéraire traversant l’Europe entière. Horaires, informations relatives aux trains… tout y est traité.

Les réservations de trains peuvent s’effectuer :
-    Par téléphone ou internet auprès des compagnies nationales. Ceci nécessite de faire une réservation pour chaque pays
-    Par téléphone auprès de DB France au 01.44.58.95.40. Cette compagnie réservera l’ensemble de vos trains moyennant des frais de dossier.

2)  Logistique pendant le voyage en train

Le transport des bagages :


Quitte à tester le voyage en train, autant le faire avec le plus de bagages possibles ! C’est la réflexion que je me suis faite lorsque la décision a été prise de partir en hiver, avec tout le matériel nécessaire à un raid en autonomie (liste du matériel emporté en annexe).

Petit état des lieux :

-    Les bagages en gare :

LOURDS ! Les bagages en gare sont LOURDS ! Vive les chariots ! Et vive les gares qui en possèdent ! Les gares de Basel, Stockholm et Lausanne arrivent donc en têtes de classement.

Les petites gares les suivent de près, et notamment les gares suisses qui s’organisent pour mettre les correspondances sur le même quai. En Suède, dans le Nord, il n’y a qu’un quai… c’est plus simple !

La gare de Copenhague est très belle, et il serait dommage de la rater… mais aucun chariot à l’horizon.

-    les bagages dans le train :
Nous n’avons jamais eu de souci à trouver la place dans le train pour nos quatre gros sacs, nos deux pulka et notre housse à ski.
Lorsque le train entre en gare, bien repérer les compartiments à vélo si le contrôleur en autorise l’accès. Sinon, la pulka et les skis rentrent dans les compartiments bagages à mains au-dessus de nos têtes (faire attention à ne pas assommer au passage deux ou trois voyageurs). Les sacs se sont parfois trouvés séparés mais ont toujours trouvé une bonne place !

La vie dans le train :

Pour monter dans le Nord, pas de soucis quant au confort dans les trains. De Bâle à Abisko,  les trains couvrent tous de longues distances. Wagons-bars, musique, lecture… il n’y a plus qu’à se laisser porter !
Pour les trains de nuits, nous avons préféré l’option couchettes après une nuit (difficile) passée en sièges. Sur une telle distance nous avons préféré privilégier un bon sommeil et quelle sérénité que de se laisser porter par le doux ronronnement du train ! Les compartiments couchettes offrent aussi l’avantage de retrouver un peu d’intimité !
Désavantage : prévoir entre 15 et 20€ de frais supplémentaires

En train vers le Grand Nord de l'Europe

3) Considérations par rapport au train


2 jours de trains ! Et vous remettez ça au retour ? De retour au bercail, certains nous prennent encore comme de véritables illuminés ! Et pourtant ! S’ils savaient !

Une douce introduction au voyage… et un doux retour à la réalité


A la cadence où nous vivons actuellement, le train est l’éloge même de la lenteur. Et comme si nous nous imprégnions de cette lenteur, un nouveau rythme s’insinue en nous.

Le voyage « aller » n’est que découvertes. Les gares, les gens, les contrôleurs, la gastronomie au wagon-bar… ! Et les Paysages !
Premier réveil à la frontière danoise. Tout est plat, les maisons sont pointues, et les éoliennes omniprésentes. Nous avons même perdu une partie du train, qui est partie en Biélorussie !
Et que dire de la Suède ? Un pays de forêts et de lacs. Que dire de l’arrivée à Stockholm qui ne demande qu’à être visitée ? Et du lever de soleil à 4 heures du matin sur la taïga figée par le froid ?
La traversée de ces vastes contrées ne laissent pas insensible et prépare doucement à la suite du voyage.

Nous avons longuement ruminé le voyage retour. Adieu la découverte. Qu’il va être long ! Sûrement nous a-t-il paru un peu plus long… mais de l’avis de tous, il a permis de ré-atterrir  en douceur dans le quotidien, de se retracer le voyage, d’en imaginer d’autres, mais surtout de se poser et se reposer…

En train vers le Grand Nord de l'Europe

Des surprises… plus ou moins agréables !

Et pour l’anecdote, quand le voyage commençait à être long, nous avons eu une drôle de surprise :
Le contrôleur fait une annonce en Danois dans laquelle nous ne comprenons que « ferry ». Mince ! Ce n’était pas prévus au programme ça ! Et notre correspondance alors ?
Sur ce, nous voyons le train s’engouffrer dans un ferry…et le contrôleur qui annonce que toutes les portes seront verrouillées pendant la traversée, « veuillez monter sur le pont »… C’est parti pour 45 minutes de traversée en pleine mer ! Magie du voyage…

Les surprises les moins agréables en trains sont les retards. De notre côté, nous n’avons pas eu ce souci. Quelques mauvaises nouvelles (« vous allez louper votre correspondance ») vite remplacées par de bonnes nouvelles (« le train à destination de Stockholm vous a attendu ! »).

Une invitation à la découverte

Suivant le temps dont on dispose, et la manière dont on souhaite vivre son voyage, la carte interrail permet toutes les fantaisies. Pourquoi ne pas s’arrêter dans telle ville ? Et si on rentrait par un autre chemin ? Dans le cadre de notre voyage par exemple, il est envisageable de faire le voyage retour par la Norvège !
Alors oui, la carte Interrail n’est pas donnée (quoiqu’on ne trouve pas tous les jours des billets d’avion pour la Laponie à 360€ A/R !), mais elle permet d’éviter les sauts de puces et de vivre pleinement l’accès à destination.


En train vers le Grand Nord de l'Europe
INCONVENIENTS
Long: 4 jours sont consacrés au  voyage… mais est-ce une perte?
Prévoir de longues correspondances en cas de retard de train
Demande une certaine souplesse et adaptation des voyageurs

AVANTAGES
Découverte
Prix
Flexibilité dans l'itinéraire
La lenteur
On se pose et on se repose…

3. La Kungsleden : description de l'aventure en détails et en photos

4. Au retour : de nombreuses réponses et de nouvelles interrogations

1)  Sur la Kungsleden

Nous n’avons pas fait d’exploit sportif. Loin de là. Mais un raid dans le Nord ne s’improvise pas… et avec une femme enceinte, je ne souhaitais prendre aucun risque !

La Kungsleden est vraiment un bel itinéraire, peu fréquenté. Nous évoluons dans de grands espaces, mais les paysages sont changeants. Aucune monotonie, et des lumières toujours féeriques… même dans le grand blanc.
Le balisage et les refuges en font un raid peu engagé.

2) Sur le transport du matériel

En train vers le Grand Nord de l'Europe
Nous avons été très contents du matériel prêté par Grand Nord Grand Large. Cependant, je pense que le portage n’était pas optimisé. Une petite pulka par personne me semble une meilleure solution. L’effort physique est permanent mais bien moindre je pense.
Reste le souci du train. Voici les solutions envisagées pour le transport du matériel (train+raid) pour une randonnée d’hiver :

Kungsleden

L’été, aucun souci pour le voyage en train puisque seul un sac à dos sera utilisé.
Pour un voyage en train tout confort, il faut limiter :

i.    le nombre de bagages ( 1 sac/personne,  en mettre au besoin dans la pulka)
ii.    le volume des bagages (technicité du matériel)

En train vers le Grand Nord de l'Europe

En train vers le Grand Nord de l'Europe

2)  Des motivations qui ont évoluées


Ce sont mes convictions écologiques qui m’ont forcée à imaginer ce voyage. Ces convictions sont aujourd’hui pourtant reléguées au second rang. Le plaisir qui est ressortit d’un tel voyage passe bien au-dessus. Même si je ne m’interdis pas de prendre l’avion, je n’envisage pas une seconde d’y retourner par les airs !
C’est tellement plus riche ! Notre planète est bien vaste… et vivre les kilomètres qui défilent fait partie intégrante du voyage.
Il est vrai que l’avion est une solution de facilité… Le voyage en train n’en est pas plus une contrainte. Il suffit juste de s’approprier l’idée… « Et pourquoi pas ? »

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux
Marcel Proust

3)  … et si les autres suivaient ?


Une chose qui m’étonne toujours en feuilletant les catalogues des agences de voyage est que l’ensemble prône des voyages responsables mais qu’il n’y a que peu d’efforts fait sur l’accès aux destinations, qui demeure, même pour de moyennes distances, réalisée en avion.
L’Europe offre pourtant un beau réseau ferré…
Est-ce toujours par simplicité ? Par méconnaissance ? Peut-on « bousculer » les mœurs ? Pourquoi ça ne marcherait pas ?
A nouvelles interrogations, nouveaux défis !

Fanny Cathala
Fanny

Bivouac sur la Kungsleden

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