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par David Manise
publié le
17 juin
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Leave no trace

L’humain, depuis presque toujours, utilise la nature. Bien souvent il prend et ne donne pas grand-chose en échange... Et pourtant, il est possible d'adopter une postuure différente, celle du respect. Dans l'idée, il s'agirait de changer notre type de cohabitation avec les autres espèces pour tendre vers un rapport un peu plus symbiotique.
Voici donc quelques pistes pour ceux qui sont sensibles à cette posture. Des techniques bien tangibles et des « guidelines » pour qu’ils puissent adopter une pratique des espaces naturels qui soit aussi respectueuse que possible. « Leave no trace », littéralement « ne laisser aucune trace » de notre passage : un objectif – inatteignable stricto sensu – vers lequel il faut tendre.

Par David Manise, « grand manitou » au CEETS (Centre d'Etudes et d'Enseignement des Techniques de Survie)

Dessin : Philippe Gady
Dessin : Philippe Gady

Une histoire de mon enfance. Celle qui a défini, pour toujours, mon rapport à la nature.
J’avais 10 ou 11 ans. À côté de chez mes parents, en Gaspésie, coulait la rivière Bonaventure. Nous habitions « rive gauche », pas très loin de l’embouchure (environ 1 km en amont de la mer). Entre le village de Bonaventure et nous, il y avait le delta de la rivière, et 4 de ses bras bien dodus, entrecoupés d'îles et de presqu’îles. L’eau, à cette époque, était encore claire et cristalline. À tel point qu’on pouvait littéralement boire en même temps qu’on nageait. Elle était plus que potable. Elle était délicieuse. Fraîche et transparente. De l’eau de roche.
Nous étions à quelques kilomètres du centre du village, mais sur les îles du delta, c’était carrément sauvage. Sur une des zones séparant les bras du delta – une « petite » presqu’île qui faisait environ 1 km de long par 300 m de large – un copain et moi avions élu domicile. Il fallait nager pour y accéder. Ou, en hiver, marcher sur la glace. De notre point de vue d’enfants, l’île était au milieu de nulle part. Le simple fait de devoir traverser à la nage un bras de rivière super froid (même en été) rendait l’endroit subjectivement très isolé. Nous avions l’impression d’être les premiers à mettre les pieds sur place. Et nous avions l’habitude de nous y retrouver quand nos parents étaient trop pesants, que l’atmosphère à la maison devenait étouffante, ou dès qu’il faisait assez beau, globalement. C’était un peu notre sanctuaire. Et l’atmosphère à cet endroit était vraiment particulière. On y trouvait quelques martres. Des canards. Une fosse à saumons trônait juste devant. Il y avait une famille de castors qu’on connaissait bien, à force, en aval. De temps en temps un chevreuil (cerf de Virginie), une loutre, ou même un ours passaient par là. Et de notre cabane, construite sur place avec les matériaux locaux, nous pouvions observer tout ça sereinement. Nous avions non pas l’impression d’avoir conquis ce petit espace, mais bien d’y avoir été invités. D’en faire partie, au même titre que les autres animaux. Et dans cette ambiance, nous avions l’impression d’être petits, et humbles, et fragiles. C’est à cet endroit que j’ai pour la première fois senti aussi intimement, presque physiquement, ce rapport à la nature qui m’habite depuis : c’est moi qui appartiens à la nature. Et pas l’inverse. Je dépends d’elle, et pas l’inverse. Je peux me faire manger par un ours, mais pas elle. Je vais disparaître, et pas elle. Et je trouvais que c’était très bien comme ça.
Un printemps, au moment où la glace était enfin partie et où l’eau dépassait les 6 ou 7°C, nous avons décidé de traverser sur l’île, malgré le courant puissant. Nous ne disions jamais « on va à notre île ». Nous disions « on va à l’île ». Comme on ne dit jamais « on va à notre temple », mais bien « on va au temple ». Comme s’il n’y en avait qu’une. Nous avions mis nos vêtements dans des sacs-poubelle pour pouvoir nous rhabiller de l’autre côté avec des vêtements secs. Et nous avons commencé à traverser. C’était une sorte d’épreuve initiatique. Si nous arrivions vivants de l’autre côté, quelque part nous aurions gagné le droit de remettre les pieds dans ce lieu béni. Et nous sommes arrivés de l’autre côté, tétanisés par l’eau glacée, avec cette impression d’avoir une combinaison en néoprène à la place de la peau tellement elle était contractée par le froid. Et là, à peine rhabillés, nous nous sommes enfoncés dans la forêt. 50 m plus loin, nous nous sommes arrêtés.
J’ai eu l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds et qu’on me plantait une lance dans le cœur au même instant. Je suis resté là, stupéfait. Une colère plus grande que moi m’a envahi. Le genre de colère qui doit prendre toute la place que le désespoir a laissée, au milieu de quelqu’un.
Devant nous, un bulldozer à l’arrêt. Des arbres couchés. La terre éventrée. Notre cabane enterrée sous des monticules de débris. Un bidon d’huile couché, qui fuit et méprise le sol. Goutte marron brillante après goutte marron brillante. Les deux tiers de l’île avaient été défrichés. Un pont en terre, percé de canalisations métalliques de 2 m de diamètre, reliait l’île au reste du monde, côté village. Il n’y avait personne sur place. Juste nous et ce monstre métallique jaune.
Avec le recul, ce qui m’a le plus heurté, dans cette scène, au-delà du fait qu’on déboise et qu’on défriche, c’est que quelqu’un ne jouait pas le jeu avec le même niveau d’exigence éthique que nous. Nous qui refusions de nous approprier cet espace, qui y arrivions sur la pointe des pieds avec tout le respect et l’humilité du monde, nous avions été doublés par des gens qui s’étaient simplement permis – grâce à un titre de propriété – de s’approprier ce lieu et de le transformer radicalement sans aucun respect pour la vie, l’ambiance, et l’harmonie qui s’y trouvaient avant eux.

Une question de posture

Cet événement a complètement fait changer ma vision de la nature, et de la place des projets humains chez elle. Et donc, je coupe mon bois… mais à la hache. Parce que le bruit de la tronçonneuse et l’odeur de mélange deux temps me puent au nez, et dérangent trop les sangliers. Et quand je vais me promener, j’y vais sans faire de bruit, sans prendre trop de place, et de manière à ne pas trop déranger. Et quand au détour d’un sentier je trouve du PQ, des bouts de plastique, des douilles ou des déchets qui démontrent un manque de considération pour la vie qui est là, j’ai envie de les faire manger aux fautifs.
C’est plus qu’une histoire de principes. C’est une question de posture, de vision du monde.
Dans les rapports entre les espèces, il n’y a pas 25 options. Soit les espèces cohabitent sans s’impacter du tout, ou alors très indirectement. Soit elles cohabitent dans un rapport de parasitisme, où il y en a une qui prend et l’autre qui se voit utilisée sans rien recevoir en échange. Soit elles cohabitent dans un rapport de symbiose plus ou moins équilibrée : chacune gagne quelque chose dans la relation à l’autre.
Il peut exister différents types de symbiose, où chacun gagne sans rien perdre, ou alors où l’un gagne un peu plus que l’autre, ou alors où l’un perd un peu des plumes mais gagne aussi quelque chose. Toutes les modulations existent. Mais quand la relation est trop désavantageuse pour l’un des deux, ça s’appelle du parasitisme.

Homo sapiens utilise la nature

L’humain, depuis presque toujours, utilise la nature. Comme un parasite. Il prend et ne donne pas grand-chose en échange. Et le mythe du « bon sauvage » qui respecte la nature, peut aussi aller se rhabiller. La vérité est qu’homo sapiens, depuis toujours, et partout sur le globe, ratiboise tout ce qui lui fait concurrence. Il simplifie les biotopes. Réduit la diversité. Ravage la faune et la flore. Sauf rare exception.
Le néolithique a été un pas de plus vers ce rapport d’exploitation de la planète : nous avons commencé à domestiquer les plantes et les animaux, et l’agriculture est née. Et l’ère industrielle, grâce à laquelle nous vivons aujourd’hui dans un niveau de confort inégalé, a poussé d’un cran notre capacité d’exploitation de notre milieu. Non contents d’utiliser le végétal et l’animal comme nous le faisions depuis le néolithique, nous avons appris à exploiter aussi le minéral de manière à harnacher l’énergie qu’il stockait depuis des milliards d’années. Et en guise de retour, nous donnons à notre biotope des déchets industriels et des résidus de combustion en quantités hallucinantes. Au risque de l’étouffer totalement. Au risque de le voir dysfonctionner au point de nous priver nous-mêmes des conditions environnementales qui permettent notre propre survie.
Le summum de l’arrogance, après tout ça, c’est d’aller profiter des rares espaces qui n’ont pas encore été saccagés par l’humain, d’en exploiter la beauté et la tranquillité pour se faire plaisir et se faire du bien, et d’y laisser encore des déchets industriels. D’y déranger encore les animaux. D’y tuer pour le plaisir ou le challenge. D’y laisser des traces de notre présence, comme une promesse qu’on reviendra tout saccager comme on a démoli tout le reste.
Et c’est là que tout mon blabla moralisateur rejoint ma chronique dans ce noble magazine : j’ai envie de donner des pistes à ceux qui sont sensibles à cette posture de respect. Des techniques bien tangibles et des « guidelines » pour qu’ils puissent adopter une pratique des espaces naturels qui soit aussi respectueuse que possible. « Leave no trace », littéralement « ne laisser aucune trace » de notre passage : un objectif – inatteignable stricto sensu – vers lequel il faut tendre.

Dessin : Philippe Gady
Dessin : Philippe Gady

Prévoyez un sac-poubelle

Vous le faites sans doute déjà. Et c’est génial. Mais prévoyez un sac-poubelle étanche. Un ziploc (ou plusieurs si vous partez longtemps), c’est top, parce que ça permet de stocker tous les trucs huileux, dégoulinants, puants et mouillés du monde sans pourrir l’intérieur de votre sac.
Ce petit sac-poubelle, en plus de vos déchets, pourra servir à stocker un peu des déchets des autres que vous finirez tôt ou tard par croiser. C’est une pratique plus que neutre, pour le coup : en récupérant les polluants laissés par d’autres, vous avez un impact positif sur le biotope que vous traversez. Alors n’hésitez pas. Et inutile de vous sentir obligé de TOUT prendre et de vous surcharger. Vous n’êtes pas unique : d’autres viendront derrière vous. Et si chacun ramasse même une petite fraction du merdier laissé par quelques malheureux inconscients, ça ira parfaitement bien !
[Ndlr : ce concept de ramener des déchets d’autrui nous semble vraiment un geste important (philosophiquement et concrètement), à tel point qu’il figurait dans notre « Charte du bivouac propre » publiée dans le tout premier numéro du magazine, qui s’appelait à l’époque Carnets d’Expé (je vous parle d’un temps que les moins de… smiley), et dans la « Charte 1 bivouac = 1 poubelle » publiée dans Carnets d’Aventures n°5].

Le papier hygiénique et les lingettes !!

Alors, par principe, moi je mets mon PQ dans ma poubelle, et je le ramène pour qu’il soit traité par les filières de concentration / gestion des déchets. Le papier hygiénique est biodégradable, me direz-vous. Et c’est vrai, mais c’est assez long : quelques mois, en général, et en attendant c’est plutôt moche. Les lingettes, de leur côté, sont largement plus longues à dégrader et elles sont souvent pleines de produits chimiques industriels pas glop. Alors de grâce, ramenez au moins ça !
Une pratique de plus en plus courante consiste à faire brûler son papier hygiénique sur les lieux du crime. Alors ok, sans doute que ça limite la pollution visuelle… mais quand je vois le nombre de départs d’incendies de forêt qui ont lieu comme ça chaque année, je me dis que soit certains mangent trop d’hydrocarbures et font des cacas hautement inflammables, soit les briquets devraient être livrés avec le bon sens nécessaire pour les utiliser… Bref, ramenez votre PQ et vos lingettes dans votre sac-poubelle. C’est le mieux.
Les excréments, de leur côté (je radote mais tant pis) devront être posés loin des cours d’eau (50 m c’est un bon début) et enterrés en surface, dans la terre végétale, où ils seront vite dégradés et, surtout, où ils seront contenus mécaniquement par le substrat et filtrés. Ça limitera les infiltrations de coliformes humains dans les sources et les cours d’eau.
[Ndlr : cf. CA57 « Faire ses besoins dans la nature »].

Le feu

Alors ok. Je ne vais pas vous jeter la pierre. Un petit feu, au bivouac, le soir, c’est sympa. Ça nous relie à nos ancêtres. Ça nous fait de quoi cuisiner, un peu de lumière, et tout ça. Soit.
Personnellement, j’évite de plus en plus. Et j’aime de mieux en mieux pratiquer ce que les Américains appellent le « cold camping ». Pas de feu. Même pas de réchaud. Je mange froid. Quoi ?? Même pas un petit bol de nouilles chinoises ? Ben non. Pourquoi ?
Parce que :

  • ça m’évite de devoir trimballer des casseroles, un réchaud et d’autres conneries : gain de poids ;
  • ça évite tout risque de mettre le feu ;
  • ça me fait gagner du temps ;
  • c’est un million de fois plus discret : pas de lumière, pas de source de chaleur, pas d’odeurs… et j’aime bien être discret, en fait…
  • la sainte trinité du randonneur, à savoir le pain rassis, le saucisson bien gras et le fromage sec vont extrêmement bien avec un petit coup de rouge du soir, et que ça me suffit largement pour être heureux… Simple et efficace. Et depuis que je suis plus ou moins en mode cétogène, je remplace même le pain par des noix grillées et salées diverses : cajou, amandes, etc. Je mange en trois minutes, et le reste du temps je contemple !

Maintenant, si je dois faire du feu, ou si je choisis de me faire plaisir, plusieurs choses à savoir :

  1. Si la végétation est sèche, c’est vraiment super dangereux de déclencher un incendie, surtout s’il y a du vent, même juste un petit peu.
  2. Dans certaines zones, comme la garrigue, même quand tout est trempé et qu’il n’y a pas de vent, tout crame facilement : vous seriez surpris de voir à quelle vitesse un cyprès ou un genêt peuvent démarrer même sous une averse…
  3. Si vous faites le feu directement sur le sol, vous allez stériliser la terre sur plusieurs centimètres de profondeur, et plus rien n’y poussera pendant des décennies. Pour éviter ça, faites une table à feu ! Un cercle de terre de 50 ou 60 cm, sur au moins 10 ou 15 cm d’épaisseur. Et le matin, quand tout est parfaitement bien éteint et FROID, vous dispersez la terre et les cendres. Hop, ni vu ni connu.
  4. Mettre des cailloux tout autour du feu est non seulement dangereux (les cailloux peuvent éclater et projeter des éclats avec parfois beaucoup de puissance), mais ne servira pas à grand-chose pour protéger la végétation environnante. En plus, les cailloux vous priveront d’une bonne partie du rayonnement infrarouge du feu. Bref, la table à feu se suffit à elle-même.
  5. Faites un PETIT feu ! Les Indiens font des petits feux et s'assoient tout près ; les Blancs font des grands feux et s'assoient loin, c’est bien connu... Les petits feux sont plus faciles à contrôler et à éteindre, demandent moins de bois et donc moins de travail, et sont moins visibles…

[Ndlr : bon, on pourrait vous renvoyer vers chaque chronique de David puisqu’elles sont toutes bien smiley, sur le feu : CA54 « Faire du feu avec rien », et CA11 « Le feu »].

Dessin : Philippe Gady
Dessin : Philippe Gady

Le bivouac

Un bivouac peut se faire avec très peu d’impact. Le hamac, notamment, surtout si on l’accroche avec des sangles assez larges pour ne pas abîmer l’écorce des arbres où on s’installe, permet de s’installer sans écraser quoi que ce soit au sol. En outre, il nous permet de rester loin des tiques, des fourmis et des chenilles processionnaires.
Dans tous les cas, évitons de défricher, de niveler et de couper plein de branches pour s’aménager un terrain plus confortable. De base, on change le moins de choses possible dans le milieu, et ça commence par ne pas couper de branches ou d’arbres...
On veillera aussi à placer son bivouac de manière discrète.
[Ndlr : cf. CA56 « Camoufler son bivouac »].

Les « restes » de bouffe

Combien de fois j’ai vu des gens (et moi le premier, parfois) jeter la peau du saucisson ou d’autres trucs « biodégradables » par terre, à la pause pique-nique, dans la nature. Pourquoi ne pas, tout simplement, jeter ça dans son petit ziploc-poubelle ? (Ou alors prendre soin de les enterrer). Même si l’impact écologique de ce genre de pratique est négligeable, c’est plus agréable pour les suivants de trouver un endroit exempt de déchets humains.

Se laver… proprement !

Quand on se lave dans la nature (ce qui reste malgré tout fortement conseillé, de temps en temps !), c’est vraiment une bonne idée de choisir des savons les plus basiques et « bio » possible. Le savon d’Alep ou un savon de Marseille super simple (idéalement artisanal ou fait maison) sera probablement le moins pire.
Dans de l’eau courante, on peut estimer qu’une toute petite quantité de savon n’aura pas d’impact majeur, mais l’idéal reste de se laver loin des cours d’eau et des lacs, et de laisser la terre filtrer nos eaux grises. Dans les lacs, il vaut carrément mieux éviter de laisser du savon, surtout les lacs très fréquentés et ayant un relativement petit volume d’eau. On n’imagine pas la quantité de savon que les milliers d’humains qui passent près de ces lacs chaque année peuvent laisser, au final. Et l’impact que ça a sur le pH du lieu.
Pour la vaisselle, même combat : faisons plutôt notre vaisselle loin des cours d’eaux. La terre pourra gérer des petites quantités de liquide vaisselle (le plus simple et le plus « bio » possible) par-ci par-là, en petites quantités. En plus, bien souvent on peut nettoyer ses ustensiles de cuisine sans produits (eau, sable…).
[Ndlr : cf. CA55 « Hygiène et bobologie de terrain », et CA38 « L'hygiène dans la nature »].

Flore

Il m’arrive souvent de cueillir des plantes sauvages. Soit pour me soigner, soit pour en manger. Une règle que je m’impose, et qui me semble être du bon sens, est de toujours en laisser pour les animaux, pour les autres cueilleurs, pour la plante elle-même. Autrement dit, je ne cueille que dans les endroits où une plante est abondante (en plus, c’est là que c’est le plus facile), je ne prends jamais plus que ce dont j’ai besoin, et souvent moins. J’en prends une pour moi, et j’en laisse :

  • une pour les animaux,
  • une pour les autres cueilleurs,
  • une pour la plante elle-même,
  • et une pour la nature smiley.

Et donc si je trouve un tapis bien dense de primevères, j’en prendrai au maximum un cinquième. Et je laisse le reste.
Évidemment, certaines espèces de plantes sont protégées. Celles-là, je les prends en photo, et c’est tout. Idem dans les zones protégées : quand il est écrit que la cueillette est interdite, c’est simple. Je cueille ailleurs.

Économisez l’énergie des animaux !

En hiver, beaucoup d’animaux sont dans une lutte pour la préservation de leur énergie. Les calories sont comptées. Et parfois, chaque calorie compte. Quand, par exemple, un tétras-lyre s’est bien calé dans la poudreuse et a réussi à y trouver une zone stable d’air moins froid que le reste, et qu’il doit soudain fuir la zone parce que des promeneurs indélicats en raquettes se pointent en hurlant, ça a un coût bien réel pour lui, et ça peut compromettre ses chances de survie.

Respect des sens

Plus on est nombreux et plus on parle fort, plus on va déranger comme ça les animaux dans un rayon important. Respecter la nature, c’est donc aussi respecter l’ambiance feutrée des lieux : fermons notre bouche, et ouvrons nos oreilles. Essayons de nous fondre dans le paysage, au lieu de beugler comme des veaux ! Marchons sans faire de bruit. Faisons comme si nous pouvions déranger. Parce qu’en fait c’est le cas.
La plupart des randonneurs font tellement de bruit, dans la nature, qu’ils sont à peu près aussi discrets qu’une bande de motards qui feraient des « burns » avec leurs Harleys autour de votre table de salon. Ne soyons pas comme ça. Soyons discrets. Soyons furtifs. Non seulement nous entrerons dans un état d’esprit particulier et très agréable, mais en plus nous aurons la chance de voir bien plus souvent des animaux de près.
Cette logique s’applique aussi aux odeurs (les parfums issus de la chimie industrielle sont une insulte pour les naseaux de tout ce qui a un odorat, sur cette planète), aux couleurs (sauf si vous êtes en haute montagne et où les couleurs vives vous permettront d’être vus par les secours, restez dans des tons neutres, proches du sol et de la végétation, ça fera moins peur aux animaux sensibles aux couleurs, de loin).
[Ndlr : cf. CA37 « Se fondre dans la nature »].

Marcher hors sentier

Selon les biotopes, le fait de marcher hors sentier n’aura que très très peu d’impact. En revanche, dans les endroits où la végétation est particulièrement fragile, notamment dans les zones arides ou les zones subarctiques, le coût pour la flore du passage d’un humain est bien réel. Et pour la faune, idem : quand nous quittons un sentier relativement fréquenté pour « couper », nous dérangeons souvent des animaux qui ont pris leurs habitudes, ou établi leur territoire, dans des zones moins fréquentées. Pour faire un parallèle, c’est un peu comme si quelqu’un, passant dans votre quartier dans la rue, décidait de couper à travers votre salon pour prendre un raccourci. Vous n’en mourrez probablement pas, mais ça va vous perturber. Ou alors vous êtes beaucoup, beaucoup moins territorial que moi smiley.
En clair, et c’est une règle générale : plus un biotope est « extrême », autrement dit plus il est pauvre, ou alors soumis à un climat rude, et plus la marge de survie des animaux qui y vivent est mince. Aussi, c’est le genre d’endroit où nous devons faire preuve d’un respect supplémentaire. Dans les zones d’altitude où la vie est rude. Dans les zones proches du cercle arctique. Dans les zones très arides. Bref, vous voyez l’idée.

Tout est dans tout

Avec ce genre d’attitudes, de comportements respectueux, d’approches du milieu naturel, vous verrez votre vision et votre rapport à la nature évoluer. De fil en aiguille, votre rapport aux performances dans ce milieu va évoluer. Et votre rapport à vous-même et aux autres par la même occasion.
Tout est dans tout. Quand on respecte le monde, quand on en prend soin, il prend de facto soin de nous, et on se reconnecte aux autres.
Essayez, vraiment. C’est le début d’un magnifique voyage.