Leave no f… trace !
« Leave no trace », littéralement « ne laisser aucune trace » de notre passage : un objectif – inatteignable stricto sensu – vers lequel il faut tendre et dont voici des pistes, des techniques bien tangibles et des « guidelines » pour pouvoir adopter une pratique des espaces naturels qui soit aussi respectueuse que possible.
Par David Manise, « grand manitou » au CEETS (Centre d'Etudes et d'Enseignement des Techniques de Survie)
Dessins : Philippe Gady
Une histoire de mon enfance. Celle qui a défini, pour toujours, mon rapport à la nature.
J’avais 10 ou 11 ans. À côté de chez mes parents, en Gaspésie, coulait la rivière Bonaventure. Nous habitions « rive gauche », pas très loin de l’embouchure (environ 1 km en amont de la mer). Entre le village de Bonaventure et nous, il y avait le delta de la rivière, et 4 de ses bras bien dodus, entrecoupés d'îles et de presqu’îles. L’eau, à cette époque, était encore claire et cristalline. À tel point qu’on pouvait littéralement boire en même temps qu’on nageait. Elle était plus que potable. Elle était délicieuse. Fraîche et transparente. De l’eau de roche.
Nous étions à quelques kilomètres du centre du village, mais sur les îles du delta, c’était carrément sauvage. Sur une des zones séparant les bras du delta – une « petite » presqu’île qui faisait environ 1 km de long par 300 m de large – un copain et moi avions élu domicile. Il fallait nager pour y accéder. Ou, en hiver, marcher sur la glace. De notre point de vue d’enfants, l’île était au milieu de nulle part. Le simple fait de devoir traverser à la nage un bras de rivière super froid (même en été) rendait l’endroit subjectivement très isolé. Nous avions l’impression d’être les premiers à mettre les pieds sur place. Et nous avions l’habitude de nous y retrouver quand nos parents étaient trop pesants, que l’atmosphère à la maison devenait étouffante, ou dès qu’il faisait assez beau, globalement. C’était un peu notre sanctuaire. Et l’atmosphère à cet endroit était vraiment particulière. On y trouvait quelques martres. Des canards. Une fosse à saumons trônait juste devant. Il y avait une famille de castors qu’on connaissait bien, à force, en aval. De temps en temps un chevreuil (cerf de Virginie), une loutre, ou même un ours passaient par là. Et de notre cabane, construite sur place avec les matériaux locaux, nous pouvions observer tout ça sereinement. Nous avions non pas l’impression d’avoir conquis ce petit espace, mais bien d’y avoir été invités. D’en faire partie, au même titre que les autres animaux. Et dans cette ambiance, nous avions l’impression d’être petits, et humbles, et fragiles. C’est à cet endroit que j’ai pour la première fois senti aussi intimement, presque physiquement, ce rapport à la nature qui m’habite depuis : c’est moi qui appartiens à la nature. Et pas l’inverse. Je dépends d’elle, et pas l’inverse. Je peux me faire manger par un ours, mais pas elle. Je vais disparaître, et pas elle. Et je trouvais que c’était très bien comme ça.