Vélo furtif
Une dizaine d’années après mon voyage à vélo autour du monde, c’est toujours sur deux roues que j’aime partir en vacances, mais cette fois, j’ai un peu changé les règles du jeu. J’ai posé mon téléphone portable sur mon lit et je suis parti sans savoir où j’allais. Disparaître des radars pendant quelques jours, voyager comme avant l’ère des écrans, dessiner et non photographier, sans montre, et laisser l’inconnu, le vent et l’improvisation décider de la route : je trouvais l’idée plutôt poétique. Au départ de la maison près d’Angers, le vent me pousse sur les bords de la Loire. L’objectif ensuite est de me perdre, de ne plus savoir où je suis. Le lendemain, j’erre au gré des carrefours et petites routes de campagne que je ne connais plus. Quelle sensation incroyable de pouvoir décider au dernier moment de tourner à gauche ou à droite ! Aucun itinéraire à suivre, je suis donc toujours sur la bonne route. J’ai retrouvé toute la panoplie des incontournables du voyage à vélo. Le chien errant menaçant, la recherche du bivouac parfait, du déjeuner et du « est-ce je trouverai mieux plus loin ? » Mais j’ai aussi vraiment eu l’impression de vivre une expérience nouvelle pendant quelques jours, en me perdant dans le temps et l’espace. J’ai beaucoup observé la position du soleil pour deviner l’heure et m’orienter, et j’ai adoré ce jeu. J’ai aussi découvert l’absence d’objectif et pédalé ainsi pendant quatre ou cinq jours avant de me donner un cap : rentrer à la maison. C’était tout à fait supportable et j’ai bien envie d’essayer sur une plus longue période, pour voir jusqu’où l’expérience est agréable. Pour le retour, j’ai visé la côte atlantique à l’ouest, que j’ai longée jusqu’à atteindre la Loire, puis retrouvant facilement mon chemin sans GPS. J’ai beaucoup apprécié le sevrage technologique. Je ne crois pas avoir déjà passé huit jours consécutifs sans poser mes yeux sur un écran. Reprise immédiate à mon retour, mais bien motivé à réitérer ce type d’expérience aussi saine physiquement que psychologiquement. J’espère que ce petit récit donnera envie à d’autres cyclistes de tenter l’expérience que l’on pourrait baptiser « faire du vélo furtif ».
Johan David
@Johan1david