Sans chevaux mais pas sans charrette
Sept ans de voyages entre copains, sept années à profiter pleinement de l’amitié au risque d’avancer, parfois, les yeux fermés. Alors nous avons souhaité nous ouvrir au monde en gardant l’essence de notre camaraderie : l’effort ingrat, le voyage simple, et les grandes rigolades ! Quoi de mieux pour cela que de tirer, tout l’été, une grosse charrette sur les routes de notre région ? Le projet s’inspire des rouliers du Grandvaux, paysans jurassiens qui, deux siècles en arrière, prenaient les routes avec des attelages pour devenir colporteurs ambulants. Fascinés par ces routiers d’un autre âge, nous avons voulu suivre leurs traces. Comme eux, nous rencontrons paysans et artisans, et achetons leurs produits. Puis nous revendons confitures, bois tournés et autres bières locales à prix coûtant. Petit détail qui n’en est pas un : nous sommes les bêtes de somme. Faute de savoir conduire un attelage, il faut tirer ou pousser, peu importe tant que l’ensemble avance plus qu’il ne recule ! Nous nous attachons à notre jolie charrette. Elle devient la clé de toutes les rencontres, et porte nos sacs aussi ! Et puis vient la première montée, ingrate, et nous haïssons sa carcasse surchargée. Il faut dire qu’on ne fait pas dans l’ultra light. Nous poussons une glacière défaillante branchée sur une batterie de voiture rendue inutile, dix kilos de riz dont nous mangerons la moitié, et des bocaux en verre pour le vrac (c’est joli paraît-il). Autant de poids que nous aurions dû remplacer par des chaussettes supplémentaires. Odeur repoussante et vitesse modérée n’empêchent pas les sourires de défiler. On se souvient de mémé Georgette, de son café brûlant au petit matin, du village qui meurt et de son mari qu’elle regrette. Et de William aussi, qui nous a aidés à forger de précieux petits couteaux. Et puis il y a l’herboriste, les éleveurs, le boulanger, le tourneur sur bois, et les apiculteurs, et tous les autres encore qui sont la vie des villages. Et les hordes de passants qui se sont enquis, moqueurs : « Où sont les chevaux ? », nous auront bien fait rire ! À la vitesse folle d’un tour de Franche-Comté en cinquante jours, nous sommes rentrés à Besançon, notre point de départ. Il aura fallu cette lenteur pour découvrir notre région dans ce qu’elle a de plus intime : l’appel millénaire du vacher, l’ombre du lavoir qui couvre de la pluie, ou celle du noyer qui protège du soleil.
Les Bébous
Un film retraçant notre périple est en cours de production (2026).
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