L’odyssée d’Angelo
Avant d’être parents, nous randonnions beaucoup à pied en itinérance et en bivouac dans les Pyrénées, le Vercors, sur le chemin Compostelle, pour ressentir cette liberté de n’avoir besoin que de très peu pour être heureux. Avec Angelo, l’aventure a pris une tout autre forme. Atteint d’une maladie génétique rare, son quotidien est rythmé par des besoins très particuliers : médicaux (piqûres et soins), nutritionnels (nutrition entérale), sensoriels (vue et autisme), qui demandent une vigilance constante. Pourtant, lui aussi a le droit de goûter à la simplicité du voyage itinérant, proche de la nature et des éléments, de vivre à un rythme lent et de profiter de chaque instant. Alors pour ses 5 ans, nous sommes partis tous les trois pendant deux mois sur les routes de la Vélodyssée, de Biarritz au Mont-Saint-Michel. À bord d’un vhélio, vélo solaire trois places sur mesure et sa charrette, nous transportions un frigo, des machines, du matériel médical et orthopédique. Une véritable expédition ! Notre défi : avancer 20 à 40 km par jour tout en assurant ses soins. Et c’est là que se situe notre terrain d’aventure, dans cet équilibre fragile entre itinérance et sécurité médicale. Renoncer au bivouac sauvage n’est pas un choix de confort, mais une adaptation à une obligation vitale. Et c’est justement là que se trouve la dimension engagée et « extrême » de cette itinérance : réussir à partir malgré tout, inventer une forme d’autonomie possible dans un cadre qui, par nature, la limite. Notre exploration, c’est celle des limites imposées par le handicap… et des chemins que l’on peut tracer à l’intérieur. Au fil des kilomètres, quelque chose s’est ouvert. Nous avons découvert une autre forme de liberté : celle d’avancer chaque jour, même lentement, malgré les contraintes. Nous voulions montrer le monde à Angelo tant que sa vue le lui permet : pinèdes, cigales, immenses plages, marais et multitude d’oiseaux, Noirmoutier et son passage du Gois, le canal de Nantes orné de ses salicaires et belles écluses, les piscines d’Émeraude, Saint-Malo par l’estuaire tels des corsaires. Après des années entre maison et hôpitaux, cette joie simple de partir chaque matin et de voir Angelo heureux, s’ouvrant au monde, s’émerveillant d’un oiseau, d’un cycliste ou du vent dans les roseaux, gobant de ses grands yeux les paysages qui défilaient, était un cadeau immense. Ce voyage fut pour nous une renaissance et l’expérience d’une grande solidarité : le soutien de sa nounou, amis, famille, rencontres, partenaires, et associations qui nous ont permis de disposer de ces véhicules hors norme. Il nous a ouvert de nouveaux horizons : pas à pas, ensemble, nous pouvons tracer un chemin de liberté, différemment.
Delphine
associationangelo.fr
@odyssee_angelo
Merci à vhelio.fr / lamad.fr / insa-toulouse.fr