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par Zoé Le Gallic
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Le Bouclier canadien, terrain d’aventure

Nous arrivons au bout du Mantario Trail à une heure du matin, après quatre jours de marche et des traversées de ruisseaux avec de l’eau jusqu’à la taille, les sacs à dos au-dessus de la tête. Là, au milieu de la nuit, à la frontière entre le Manitoba et l’Ontario, je me suis demandé comment je m’étais retrouvée à parcourir ces 62 km de chemins épiques. Je suis canadienne et vis dans la province du Manitoba depuis huit ans. Quelques semaines plus tôt, une nouvelle amie, Geneviève, me propose de l’accompagner dans cette traversée qu’elle prévoit avec son ami Dave. Une super occasion de découvrir le parc du Whiteshell et les paysages typiques du Bouclier canadien, cette vaste zone géologique formée de roches très anciennes. Avant le départ, nous étalons notre équipement sur le sol. Geneviève et moi avons des sacs légers, on coupe les étiquettes, on compte les grammes. Dave, lui, a apporté des ustensiles, des assiettes et envisage même une pelle pour creuser la terre pour ses besoins. On le convainc finalement qu’un simple bâton fera l’affaire. On se moque un peu, mais quelques jours plus tard, sa corde nous sera bien utile pour étendre et sécher nos vêtements trempés. Nous attaquons le sentier côté sud. Rapidement, le Mantario impose son rythme : pentes abruptes, rochers glissants, racines auxquelles on s’agrippe pour grimper. Les deux premiers jours, la pluie tombe sans arrêt. En septembre, les nuits frôlent les 4°C. J’enfile ma tuque (ndlr : bonnet en laine) et mes mitaines, mais au moins, il n’y a pas de moustiques. Nous longeons des lacs, filtrons notre eau et avançons lentement dans la forêt boréale, entre mousse, conifères et silence. Ici, il n’y a pas de réseau téléphonique et les conditions changent vite. La pluie nous ralentit, et nous terminons la dernière étape en pleine nuit, dans l’eau glacée, fatigués mais euphoriques.

Le Mantario est resté fermé l’été dernier en raison des feux de forêt, rappelant la fragilité de l’équilibre de la nature. Je ne le savais pas encore, mais cette traversée allait marquer le début de quelque chose. Le Whiteshell est devenu mon principal terrain d’aventure au Manitoba (j’y vais pour grimper sur le granit ou repartir plusieurs jours en autonomie), et Geneviève ma meilleure partenaire de sport.
On imagine rarement le Manitoba comme une terre d’aventure. Pourtant, au milieu des lacs et de la forêt boréale, j’y ai trouvé un territoire sauvage, exigeant, où le voyage commence souvent là où le réseau téléphonique s’arrête.

Zoé Le Gallic

@zoelegallic