D’un désert à l’autre
Tout a commencé par un rêve, presque viscéral : traverser l’Australie à pied, par son centre désertique, au plus proche du cœur rouge du pays. J’ai toujours été convaincu par la marche comme vecteur idéal de découverte d’un lieu ou d’une population. Mais aux côtés de cette idée enivrante, la démesure de l’île-continent imposait certaines questions fondamentales : comment traverser ces vastes étendues arides ? Comment emporter suffisamment d’eau ? Les chiffres sont vertigineux : 3200 km d’est en ouest, et surtout 550 km entre deux points d’eau. L’équation rend évidente la nécessité d’un élément de portage : il me fallait une charrette. C’est ainsi que j’ai conçu et fabriqué ma fidèle compagne, Trinity 2000. 42 kg d’acier finement assemblé, encore à remplir de 120 L d’eau, plus le matériel et la nourriture, portant le poids total à 220 kg. Une dernière question s’imposait alors : est-il seulement possible de tracter un tel poids ? Pour y répondre, je suis parti dans le Sahara marocain, véritable laboratoire grandeur nature pour tester ma charrette, mon équipement, et mes propres limites. C’est ainsi que Trinity fit ses premiers tours de roues sur un itinéraire imaginé sur mesure, entre pistes isolées et hors sentiers. 550 km à la rencontre du désert, de ceux qui le peuplent ou le traversent, qu’ils soient gardiens d’oasis, bergers nomades, ou simples voyageurs comme moi. Mais ce voyage au Maroc fut aussi un cheminement intérieur. La quête du désert est avant tout une aventure profondément humaine, incarnée dans une recherche de sens et de dépouillement. Tout comme la rencontre de l’autre est un miroir sur soi, le désert nous renvoie notre propre image. Au terme de ces 28 jours de marche en solitaire, le verdict est tombé : les difficultés rencontrées dans les méandres des dunes m’ont conduit à affiner mon itinéraire australien vers un tracé plus simple, mais le projet est réaliste et la préparation solide.
De cette aventure préparatoire est né Mémoires du désert, un récit qui traverse un pays que je connais bien, où les souvenirs d’un passé parfois douloureux refont surface au fil des pages. Un livre sur le doute, l’émerveillement, et le sens que l’on donne aux choses. Car chercher le pourquoi, c’est déjà cheminer sur les sentiers tortueux de la connaissance de soi. Entre aspects techniques, rencontres, peurs et moments d’apothéose, ce livre retranscrit avec sincérité un cheminement intérieur autant qu’extérieur, vers un but plus grand : l’Australie et mon projet La Trace du Serpent. La dernière pierre des fondations est désormais posée. Les autres questions auront leurs réponses cet été dans le sable du désert Simpson.
Romain
romainvandycke.com ♦ @RomainVandycke