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Cyclo, photo, dodo

par Thibaut Vergoz
publié le
hier
28 lecteurs

Quel meilleur moyen de s’immerger dans un paysage, une région, que le vélo ? Cycliste depuis toujours, j’ai découvert le voyage à vélo et son incroyable potentiel il y a une quinzaine d’années, en montant pour la première fois quatre grosses sacoches sur mon vieux VTT : la révélation. Je pouvais emporter autant et bien plus encore que dans un énorme sac à dos de 80 L lourd comme un âne mort… sans avoir à le porter ! Tout est facilement accessible et bien au sec quoi qu’il arrive. Et quel plaisir d’avancer sans rien sur le dos !

Aujourd’hui photographe et photojournaliste indépendant, le voyage à vélo est devenu un moyen fantastique d’exercer mon métier, explorer des régions qui m’attirent, y chercher l’inspiration. Il conjugue magnifiquement les avantages du voyage à pied et en véhicule, sans leurs inconvénients : dehors en permanence, avec tous les sens « connectés » à l'environnement, physiquement exposé et donc disponible pour les rencontres, suffisamment lent pour « comprendre » les lieux que je traverse mais suffisamment « rapide » pour éviter l’ennui et rester productif dans le cadre d’un reportage…

L’hiver dernier j’ai parcouru la côte d’Albâtre, en Normandie. Du Havre à la baie de Somme, j’ai pris mon temps, ouvert au hasard des rencontres. Météo pourrie, pluie, vent, pluie… Pas grand monde dehors. Dans mes sacoches et un duffle bag sur le porte-bagages, je trimballe tout le nécessaire pour bivouaquer confortablement dans les pires conditions : parfois au pied d’un phare, ou face au large… La Manche est belle, les ambiances envoûtantes. Une tempête m’incite à rester quelques jours dans le port de Fécamp, et j’ai une idée : surpris par le nombre de sémaphores croisés depuis mon départ, je vais toquer à la porte de celui de Fécamp avec le projet de photographier les marins de quart durant la tempête. Désillusion : une demande officielle déposée plusieurs semaines à l’avance auprès de la préfecture maritime est indispensable. Mais dans le même temps, j’apprends que Jean Gaumy, le célèbre photographe de mer de l’agence Magnum, vit ici, et un coup de fil plus tard, je me retrouve à prendre le thé chez lui. Mes fringues sèchent sur un radiateur, le courant passe. Neuf mois plus tard, je lui tirerai le portrait pour un magazine national qui me commande ensuite, sur ma proposition, une immersion photographique dans un sémaphore normand… La magie du voyage à vélo ou l’art de boucler la boucle.

Thibaut Vergoz

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