À vélo autour du monde et du vivant
En chemin, on nous a souvent demandé : « Pourquoi partir ? Est-ce que vous faites ça pour une cause ? » Ainsi s’ouvre L’Éveil, notre premier film. Il devait retracer une année à vélo jusqu’au sommet d’un rêve de gamin, le mont Fuji. Il raconte finalement bien plus loin celle d’un bouleversement devenu serment. Un an auparavant, quand disparaissaient derrière nous les champs de Normandie, nous n’emportions que cet ardent désir de tout voir, tout apprendre, tout vivre. Nous pédalions avec pour seule ambition l’envie d’avaler le monde, de nous fondre dans les éléments pour approcher ce mot presque sacré de liberté. La Terre, bien plus vaste que nous ne l’avions imaginée, nous a alors invités à la rejoindre.
Du chant des gibbons perçant la canopée au petit matin, nous avons appris à écouter autrement, jusqu’au héron immobile, sondant l’azur, qui nous a appris à ralentir. Les abeilles, obstinées et infatigables, tenaient le fil invisible des saisons, tandis qu’un triton de feu, braise vivante, apparaissait puis disparaissait dans une eau sombre de feuilles et de silence, reliant l’infiniment grand à l’infiniment discret. Peu à peu, sans fracas ni révélation soudaine, une évidence s’est imposée : le vivant n’attendait pas seulement que nous le racontions, mais que nous nous souvenions que nous en faisions partie. Caméra sur le guidon, carnet trempé par la pluie, images tournées au fil des rencontres et des kilomètres, le film s’est écrit sur la route, au même rythme que nos corps et nos doutes. L’Éveil est né de cette manière d’avancer, d’observer, de filmer sans surplomber, au plus près du terrain. Par tous nos sens, nous avions éprouvé la plus merveilleuse des aventures, celle à laquelle nous voulions désormais prêter nos corps et nos voix : la miraculeuse histoire des vivants. Face aux angoisses de notre époque, aux renoncements et aux sombres horizons qui s’annoncent chaque jour, nous avions décidé d’un cap. Non, il n’y avait ni besoin de « pourquoi » pour partir, ni besoin d’une cause à défendre. Mais quand cela vous prend, vous habite tout entier, alors il n’est plus possible de choisir un autre itinéraire. Après le bain de lumière sacrée du goraikō au sommet du Fuji-san, nous avons convenu d’aller éprouver ce serment de l’autre côté du Pacifique. Des fjords d’Alaska aux forêts pluvieuses d’Amazonie, notre aventure s’est muée en une quête documentaire à travers les derniers refuges du vivant, une histoire que nous continuons d’écrire, en espérant qu’elle donne, à son tour, l’envie de regarder le monde autrement.
► @Imaginer’s World
► Film disponible sur Youtube @imaginersworld