La montagne de père en fils
Tenter de transmettre sa passion à ses enfants est toujours délicat, il faut trouver le bon dosage, suggérer sans imposer, et accepter qu’ils puissent ne pas accrocher. Tiago semble apprécier les randonnées et les bivouacs en montagne avec son papa David. Ils nous racontent ces précieux moments de complicité.
Avant même de savoir marcher, Tiago bivouaquait déjà à 2500 m d’altitude pour sa première randonnée. Il était encore tout petit quand je l’ai aussi emmené en montagne en hiver, toujours sur mon dos, montant jusqu’au dernier restaurant d’altitude de la station de Peyragudes. Il faisait beau mais très froid, je m’arrêtais très souvent pour vérifier qu’il avait suffisamment chaud, qu’il était bien. Il a dormi toute la balade. Ce jour-là, j’ai compris que je l’emmènerais souvent en montagne. Je pratique la randonnée été comme hiver depuis plus de vingt ans, attiré depuis toujours par les hauts sommets, les crêtes vertigineuses, les bivouacs et cette liberté que la nature, splendide et impressionnante, nous offre. On s’y sent petit, fragile, et en même temps, c’est un lieu qui m’apporte beaucoup d’apaisement. Il me paraissait donc évident de partager tout cela avec mon fils.
Faire équipe
L’été de ses 6 ans, je lui propose de partir dans une première itinérance de quatre jours en bivouac sur le tour du pic du Midi d’Ossau. Je me souviens très bien du départ. Ça commence par une grosse montée qui mène au lac d’Ayous. J’ai ce gros sac sur les épaules parce que je porte tout pour nous deux. Lui a un tout petit sac avec juste une bouteille d’eau à l’intérieur, pour faire partie de l’équipe. Je suis devant et je l’entends déjà chouiner après seulement quelques pas. Je vois bien que c’est difficile pour lui. Il s’arrête tous les trois mètres et réclame de la potion magique, des petites fioles de lait concentré. Me voilà bien désemparé. Toute cette préparation et cette énergie pour s’arrêter au bout de quelques mètres ? En le regardant assis sur une grosse racine, je me dis que ce n’est effectivement pas très excitant de marcher derrière son papa et son gros sac pour seul horizon. Il fallait rendre la chose plus ludique. Je l’ai alors mis devant moi et je lui ai donné une mission : trouver le chemin, donner le rythme, repérer les traces de peinture du GR. S’il ne faisait pas de bruit, s’il était sage et attentif, il verrait peut-être des animaux sauvages. Et la nature me donne alors un sérieux coup de pouce, car trois minutes plus tard, une marmotte passe quasiment sur ses pieds, s’arrête un peu plus loin en le regardant, puis nous laisse le loisir de l’observer évoluer avec son gros ventre poilu dans la pente le long du sentier. Un moment bien plus magique que le lait concentré ! Un vrai déclic. Il a continué à avancer, oubliant la souffrance qui peut assaillir le randonneur au départ d’un itinéraire. C’est toujours plus difficile de commencer une randonnée que de la terminer, car une fois parti, le corps s’habitue à l’effort et on peut crapahuter très longtemps. Il n’était pas bien grand mais il a finalement adoré ce trek et super bien marché. Depuis ce jour, je ne l’ai plus jamais entendu se plaindre en montagne. Même dans les Alpes quelques années plus tard, lorsqu’il faut remonter un col escarpé que l’on vient de descendre car je me suis trompé de chemin…