Tour de Bretagne à vélo

par Clément Boulard dans Récit 28 févr. 2011 mis à jour 30 oct. 2012 11387 lecteurs Soyez le premier à commenter (partager)

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Mardi 3 août 2010. Saint Pierre de Plesguen, frontière entre les Côtes d'Armor et l'Ille et Vilaine, 10 km à l'est de Dinan, point de départ de notre Breizh road trip à vélo. 17 jours de sueur, de visites, d'imprévu et de rencontres nous attendent…

Texte : Clément Boulard
Photos Clément Boulard et Florent Aubert

Récapitulatif des étapes :
étape 1 : Saint Pierre De Plesguen-Malestroit : 100 km
étape 2 : Malestroit-Auray 65 km
étape 3 : Auray-Hennebont (par la Ria d'Etel) 45 km
étape 4 : Hennebont-Lorient 10 km
étape 6 : Lorient-Hennebont-Pont-Aven 45 km
étape 7 : Pont Aven-Concarneau- Le Guilvinec 65 km
étape 8 : Journée en chalutier
étape 9 : Le Guilvinec-Douarnenez-Locronan-Saint-Nic du Menez Hom 100 km
étape 10 : Saint Nic du Menez Hom- Camaret sur Mer 30 km
étape 11 : Camaret sur Mer-Brest par bateau, Brest- Aber Louis/Aber Wrac'h, 35 km
étape 12 : les Abers- Saint Pol de Léon-Roscoff 75 km
étape 13 : Roscoff- Plouaret en train Plouaret-Lannion 16 km
étape 14. Lannion-Ile Grande-Trégastel-Perros-Guirrec 65 km
étape 15 : Lannion-Paimpol ; 40 km
étape 16 : Paimpol-Saint-Brieuc-Erquy 100 km
étape 17 : Erquy-Cap Fréhel-Fort De La Latte-Saint Pierre De Plesquen 82 km
- 3 bateaux pris (dont un chalutier), un train et 873 km de vélo à travers La Bretagne

Tour de Bretagne à vélo Très sportif (je pratique le triathlon), je pars avec Florent, pur Breton qui vient de ressortir son VTC du fin fond de la grange de ses parents. Autant dire que cette aventure risque d'être teintée de folklore. Mardi 3 août, nous franchissons la ligne de départ astucieusement matérialisée par une bande de papier toilette (ce qui au passage annonce la couleur et l'état d'esprit de ce voyage !). Nous formons une drôle d'équipe, aussi dépareillée qu'un clown et un agent des pompes funèbres. Imaginez, moi et mon fidèle vélo de route Peugeot équipé d'une remorque Oxtail que j'étrenne pour la première fois, à côté du VTC Rockrider de Florent muni de deux sacoches d'un autre âge. Le contraste s'affiche jusque dans le choix des vêtements : cuissard jaune poussin et chapeau de farmer contre bermuda type baggy et casque sur le crâne. C'est donc au moment où je me dis que nous ne serons peut-être pas toujours sur la même longueur d'onde qu'il est l'heure de mettre les voiles ou plutôt d'appuyer sur les pédales.

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Le premier jour, pleins d'énergie et d’enthousiasme, nous faisons un détour par Bescherelle (rien à voir avec les manuels de conjugaison qui alimentent les cauchemars des écoliers), où l'on rencontre autant de librairies au mètre carré que de bonnes sœurs dans un couvent. Florent fixe l'objectif de dormir chez sa tante à Malestroit. C'est ainsi qu'après une centaine de kilomètres au compteur et un début d'hypoglycémie pour Florent (on ne s'improvise cycliste du jour au lendemain !) que nous atteignons ce qui constitue un premier eldorado après une telle journée. Les derniers kilomètres, agrémentés de côtes et de butes dont la Bretagne ne se vante pas, nous causeront quelques douleurs musculaires, vite oubliées par un bon repas et un lit douillet. Mais Florent, non habitué à de tels efforts commence à s'inquiéter pour le lendemain…

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Les jours d'après sont plus cools en termes de distance avec à nouveau une centaine de kilomètres mais… répartis sur 4 jours. Au cours de ces derniers, nous sommes passés dans la belle ville d'Auray où Florent avait une adresse pour bivouaquer.

C'est ainsi qu'après une bonne demi-heure de jardinage (les amateurs du rallye-raid et du Dakar comprendront), nous nous sommes retrouvés à installer la tente dans le pré d'un paysan hollandais expatrié en pays breton. Le lendemain nous partons à la découverte de la ria d'Etel et notamment de l'île de Saint Cado.

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Puis, c'est à Hennebont que nous logerons, à nouveau chez une tante de mon coéquipier qui nous accueille chaleureusement avec l'apéritif. Le Festival Interceltique de Lorient, la plage de Larmor et la trop courte découverte de l'île de Groix viendront ponctuer les deux jours suivants. Nous revenons complètement envoûtés par les magnifiques paysages de ce petit bout de terre au large de Lorient. C'est en effet sur des petits sentiers balisés, la plupart du temps seuls (ce qui est bien agréable en plein mois d'août et en plein festival de surcroît), que nous avons l'occasion d'admirer l'authenticité et la beauté sauvage de ce territoire.

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Sur le bateau nous ramenant sur le continent, nous nous creusons les méninges quand Florent s'aperçoit qu'il a perdu les clés de son antivol. Où trouver des outils pour libérer nos montures un samedi soir en plein Festival Interceltique ? Nous n'avons pas l'occasion d'aller plus loin dans la réflexion quand nous nous apercevons au retour que les clés sont restées… sur la serrure toute la journée ! La chance semble être avec nous.
Ciel gris sur Lorient en ce lendemain de soirée très arrosée (et je ne parle pas du crachin breton !). Après 4 heures de sommeil tout au plus, nous remontons péniblement sur nos engins à l'heure où le défilé du festival bat son plein. Direction Hennebont pour récupérer nos affaires puis cap sur le Finistère. L'objectif est de rallier Concarneau mais trop fatigués, nous improviserons un bivouac sauvage au alentour de Pont-Aven. Nous ne savons pas encore que nous avons bien mieux dormi que dans les campings au sol trop dur dans lesquels nous ferons étape par la suite.

Tour de Bretagne à vélo Après un bain de foule dans la ville close de Concarneau, l'objectif suivant se nomme Le Guilvinec, petit port de pêche en pays Bigouden. Après avoir installé la tente sous un crachin typiquement breton, le coucher ne se fera pas attendre. Il faut récupérer. Demain le réveil sonne à… 2 heures. Nous partons en effet une journée (et une bonne partie de la nuit) sur un chalutier à la pêche aux langoustines. Embarquement à 3h, la zone de pêche sera atteinte aux alentours de 6h. Mais mon calvaire va commencer un peu plus tôt (aux alentours de 5h pour être précis) ; je viens en effet d'expérimenter ce qu'on appelle le mal de mer. Je vous passe les détails mais j'ai fini la journée… plus léger. Malheureusement, je n'ai pu profiter de cette expérience qui s'annonçait fort intéressante. Florent, un peu moins malade, aura l'occasion de voir les langoustines d'un peu plus près que moi. Je peux par contre vous raconter en détail la décoration de la cabine des marins pêcheurs ; seul refuge dans lequel j'ai pu trouver une position tolérable. 17h, retour sur le plancher des vaches et fin d'une journée en enfer. Ce soir, c'est riz et coca au menu pour tous les deux.

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Le lendemain, le soleil est de retour et nous décidons de faire l'impasse sur la pointe du Raz. Cap au nord sur Douarnenez, patrie du Kouign Amann. Nous nous délecterons de ce dessert typiquement breton en guise de ravitaillement même si le prix de la part défie toute concurrence.
Florent profite de cette halte pour faire mettre un rivet sur son porte-bagages qui menaçait de se faire la malle. Auparavant, j'avais également jeté un coup d'œil sur sa roue arrière dont les rayons, détendus (et même tordus pour certains !), jouaient une drôle de sérénade. Nous sommes à mi-parcours et les doutes (que j'ai depuis le début de ce trip) sur la fiabilité du VTC de Florent laissent la place à l'inquiétude.

Nous faisons une nouvelle halte à Locronan, « petite cité de caractère » (comme il est écrit à l'entrée du village), connue pour avoir servi de décor de cinéma. Les cars déversant leurs armées de touristes donnent à ce petit village un faux air de Disneyland Paris. À conseiller hors saison.

Le soir arrivant, nous pensons au bivouac. La tante de Florent nous a donné une adresse à Saint-Nic du Menez Hom. Il s'agit du manoir de Guerveur tenue par Georgette Tonnelier. Une dame d'une gentillesse exquise qui accueille des gens en quête d'identité et de repère. Arrivés vers 20h30 dans ce petit village, il nous reste à trouver ce fameux manoir. La tâche s'avère plus ardue que prévu. Si bien que, parti en éclaireur sur une fausse piste, je ne retrouve pas mon coéquipier en rebroussant chemin. Ce dernier, s'arrêtant on ne sait où pour prendre une photo (vous conviendrez que c'était le moment idéal !), perd au même moment son téléphone portable. Après avoir parcouru la même route dans un sens et dans l'autre pendant un bon moment et ne retrouvant pas Florent, je décide de me rendre seul au manoir. J'atteins péniblement la bâtisse vers 21h30, persuadé d’y retrouver mon collègue. Mais point de Florent au manoir… Exténué, je me présente à Georgette Tonnelier, que je ne connais pas, et lui explique ma situation. Cette dernière me sauve la mise en me proposant un endroit pour poser ma tente ainsi qu'une bonne douche et un repas (gratin dauphinois/salade verte/far breton) inespéré. Je dois préciser que je porte ma tente personnelle depuis le début car la condition physique de Florent m'a toujours fait douter de sa faculté d'accomplir ce périple (surtout lorsque, le soir venu, il sort son tabac pour accompagner sa bière). À peine ai-je fini d'installer ma petite tente que la nuit tombe. Florent arrive alors, incrédule. Tout est bien qui finit bien ! L'explication de texte aura lieu dans la cuisine de Georgette autour d'une assiette de gratin. Mon équipier a demandé sa route dans le même pub que moi sauf qu'il a pris le temps de boire une petite mousse. Cet homme ne doute de rien et sûrement pas de la longueur des journées aoûtiennes en Bretagne. Enfin, tout est bien qui finit bien.

Le lendemain, après un petit déjeuner en communauté, nous repartons péniblement en direction de la presqu'île de Crozon. Encore marqués physiquement et moralement par les kilomètres et les péripéties de la veille, nous effectuons une trentaine de kilomètres jusqu'à Camaret sur Mer. La longue balade de fin d'après-midi sur le sentier des douaniers restera le meilleur moment de la journée. Entre la pointe de Pen-Hir et la pointe de Toulinguet, plages désertes et falaises abruptes sont un émerveillement pour les yeux.
Plage de Pen-Hat (baignade interdite).

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Après un transfert par bateau jusqu'à Brest, nous gagnons la côte des légendes et les Aber's Wrac'h et Benoît.
Au programme, longues balades à marée basse à la pointe de la presqu'île Sainte-Marguerite et atelier mécanique pour le moins folklorique pour Florent. Le roulement d'une de ses pédales sera en effet graissé à l'aide… de rillettes du Mans.

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Cela ne s'invente pas ! Roscoff sera l'étape suivante avec un agréable petit concert de rock celtique sur le port en face de l'île de Batz. Florent accuse le coup des nombreux efforts effectués jusque-là et nous décidons d'emprunter la voie des rails pour rejoindre Plouaret. De là, 16 km nous mèneront jusqu'à Lannion. Le lendemain, après un appel téléphonique chez lui, Florent apprend qu'il doit rentrer plus tôt pour des formalités administratives. Nous étions alors en partance pour la côte de Granit Rose. Je la découvrirai seul. Entre Perros-Guirec et Ploumanac'h, la lumière du soir sur les amoncellements de blocs de granit rose est d'une beauté déconcertante.

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Je repars, seul, pour Paimpol sous le crachin breton. Puis, je découvre les falaises de Plouha et le fabuleux petit port sur pilotis de Gwin Zegal, un des deux seuls ports à pieux de Bretagne.

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Il me reste alors 2 jours avant l'arrivée et je décide ce jour-là de rallier Erquy, capitale de la coquille Saint-Jacques. Les 100 km avalés en une journée me permettent de ne pas me presser le lendemain pour flâner sur le cap d'Erquy. Puis je repars pour la dernière ligne droite avec l'objectif de passer par le cap Fréhel. Ce dernier constitue pour moi une déception, surtout après les paysages sauvages rencontrés auparavant. Les cars se succèdent et déversent leur flot de touristes par dizaines. Certains, se croyant seuls au monde, se croient malheureusement obligés de commenter à haute voix leur ressenti.

Tour de Bretagne à vélo Je monte pour 2 euros en haut du phare, histoire de prendre un peu de hauteur. Mais le spectacle n'est décidément pas à la hauteur de mes espérances. Je repars un peu déçu et marque un arrêt au Fort De La Latte pour un constat somme toute identique.
16H35 sur ma montre, il est tant de penser au retour. Il n'y a plus trop de temps à perdre si je veux arriver à un horaire raisonnable chez mon coéquipier et hôte breton. Du reste la perspective d'un bon repas et d'une nuit dans un vrai lit me fait oublier la fatigue des derniers jours. C'est donc à toute allure et sous un beau soleil (le jour le plus chaud de ce trip sera donc le dernier) que je file vers ma ligne d'arrivée.
Qu'est ce qui m’a poussé à entreprendre un tel trip ? Une envie de liberté. De simplicité. Un quotidien rythmé par les rencontres, les paysages, les sensations de faim et de fatigue… bien loin des embouteillages des bords de plages et des littoraux bétonnés et pollués. Je n'ai pas eu le loisir et le temps d'expliquer tout cela au patron de bar auquel j'ai quémandé un bidon d'eau fraîche.
20H15, je passe le porche de la ferme des parents de Florent en coupant le papier toilette qui fait office de ligne d'arrivée. Fin officielle du Breizh Road Trip 2010. Bien fatigué mais… heureux, des images plein la tête ! Dans 24 heures, je retrouverai ma belle...

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