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Bivouac en hamac

Écrit par Johanna Nobili . - Mis à jour le lundi 27 janvier 2014 20:22

Au delà de l'image d'Epinal "farniente détente", le hamac s'avère être un fantastique compagnon de bivouac, nous avions publié dans Carnets d'Expé n°1 puis Carnets d'Expé n°3 deux articles techniques sur le choix du hamac et d'éventuels accessoires (bâche, moustiquaire, etc.) ainsi que leur utilisation. Voici donc ces 2 articles.

 Croatie kayak  Croatie kayak bivouac hamac
Hamac et bâche, bivouac discret

 

Carnets d'Expé n°1 : Article "Bivouac en hamac"

Au delà de l'image d'Epinal "farniente détente", le hamac s'avère être un fantastique compagnon de bivouac

La détente en pays chaud, un chapeau de paille sur la tête, un cocktail à la main, le tout alangui dans un hamac accroché entre deux palmiers au bord d’un lagon. Voilà l’image dilettante associée à cet accessoire. Pourtant, le hamac présente aussi de nombreux avantages pour l’amateur de voyage nature ou d’expé. La solution traditionnelle pour le bivouac est la tente, le tapis de sol et le duvet. L’ensemble est plutôt lourd et le hamac représente bien souvent une meilleure alternative. Parmi ses avantages on peut citer rapidement : un poids réduit, un encombrement minimal, une position confortable, une grande polyvalence d’installation quelle que soit la pente et la nature du sol (pierre, humidité), une mise en place discrète, sans parler du plaisir d’être en contact avec le milieu, de voir les étoiles avant de s’endormir et de ne pas être confiné dans l’espace réduit d’une tente.

Zones chaudes
La tente et tapis de sol sont inadaptés aux régions chaudes, on y étouffe. Dans celles-ci on préférera souvent dormir à la belle, mais si cela est envisageable quelques nuits, on ne peut pas retenir cette unique solution pour un voyage au long cours ; ceci en raison des intempéries, mais aussi des animaux nuisibles ou dangereux, souvent très présents dans les régions tropicales ou équatoriales. La solution reste alors le hamac avec sa bâche. Léger et confortable ce système permet d’être bien même lorsqu’il fait très chaud. Sa position surélevée met l’utilisateur presque totalement à l’abri de la faune des forêts pluviales. Une astuce pour éviter que les fourmis et autres rampants n’entrent dans le hamac consiste à disposer un peu de mousse à raser sur les cordes d’attache, cela constitue une barrière efficace. C’est la méthode utilisée par les légionnaires en Guyane. Pour les zones à moustiques, il faudra rajouter une moustiquaire spéciale. Elle se fixe au niveau des cordes d’attache et englobe complètement le hamac. L’ajout de la moustiquaire limite un peu la circulation d’air ; plutôt désagréable quand il fait vraiment chaud, mais il faut savoir faire des compromis !

Zones tempérées
En dehors des zones chaudes, le hamac a aussi sa place, à condition que la température ne soit pas trop inférieure à zéro. Le problème est, en effet, le froid : le hamac compresse le duvet et réduit la couche d’air isolante qui entoure le dormeur. Pour limiter ce problème, on peut mettre un tapis de sol entre le hamac et le duvet. On s’aperçoit alors que les zones tempérées sont bien adaptées au hamac car généralement bien boisées.

La position
On dort très bien dans un hamac, il suffit juste d’un peu d’habitude. Quelques astuces permettent d’améliorer le confort : un petit objet souple (coussin, housse remplie d’habits, etc.) placé sous les genoux évite d’avoir les jambes tendues toute la nuit, ce qui peut devenir douloureux. De même, un petit oreiller permet de varier la position, là aussi un vêtement fait l’affaire. Au bout de quelques nuits, on s’habitue à la position et on dort très bien. On a par ailleurs le plaisir de dormir chaque soir dans des conditions identiques, ce qui n’est pas du tout le cas dans une tente, puisque la nature du sol (pierres, sable) et la pente varient d’un bivouac à l’autre.
La position sur le dos est souvent l’unique qu’on associe au hamac ; cependant, dormir sur le côté est non seulement possible mais confortable, seule la position sur le ventre est délicate (et encore en tendant beaucoup son hamac…).
La tension du hamac est très importante, on dort moins bien dans un hamac très relâché, sauf si son réglage permet de dormir en diagonale dedans, selon la méthode brésilienne. On notera que cette dernière sollicite moins les coutures et "suspentes" que lorsque la tension des cordes est plus forte. Plus on tend un hamac, plus la position de sommeil va être "droite" (moins bananée) et se rapprocher de celle d’un lit traditionnel. Attention cependant, dans cette configuration le hamac doit être réglé "brins équidistants" sinon, on aura tendance à y être compressé, et c’est très désagréable. Voir la section réglages pour plus de détails.

Matériel
Pour bivouaquer en hamac il faut :
o Le hamac (en nylon pour les zones chaudes, le coton est plus agréable pour les zones plus fraîches).
o 2 brins de cordes d’attache, ils doivent être en corde statique, beaucoup plus adaptée pour les réglages qu’une corde dynamique, avec un diamètre de 6mm au moins, plus le diamètre est gros et moins la corde s’use. Le contact avec les arbres et surtout les rochers est très abrasif. Certains utilisent des sangles rapides (celles pour fixer des objets sur le toit d’une voiture). C’est très pratique pour accrocher et régler le hamac mais ça ne fonctionne qu’avec des arbres.
o 2 petits mousquetons (ceux d’une dégaine d’escalade par exemple), c’est plus pratique pour attacher le hamac.
o Une faîtière (cordelette de 3mm au minimum).
o Une bâche (type toile de tente rectangulaire ou simple bâche de chantier, taille minimum 2x3 mètres, une taille confortable en cas de pluie est 3x4).
o Une moustiquaire pour les zones impaludées.

L’ensemble hamac nylon + cordes + mousqueton + faîtière pèse 600 g
Une bâche 2x3 m pèse environ 450 g

Mise en place
La mise en place d’un hamac est rapide, même si on lui adjoint une bâche et une moustiquaire. Par ailleurs c’est bien plus amusant et moins répétitif que l’installation d’une tente. Il faut réfléchir au meilleur emplacement et, lorsqu’il n’y a pas assez d’arbres, voire pas d’arbre du tout, beaucoup d’imagination est nécessaire pour placer les hamacs. Cependant avec un peu d’entraînement on repère bien vite les bons emplacements. Dans les zones non boisées mais rocheuses, il est relativement aisé de fixer le hamac entre des pierres. On peut alors attacher la corde sur des becquets ; planter des bouts de bois dans des fissures pour y fixer la corde ; ou encore faire un nœud sur la corde, noeud que l’on coince dans un étranglement du rocher. On peut également construire une structure autoportante avec le bois mort. Le bois flotté, abondant sur la côte, convient très bien. Dans les forêts sud américaines, de telles structures s’appellent des carbets.
Un gros avantage du hamac est qu’il peut se poser dans n’importe quelle pente, alors que pour une tente il faut une zone plate. En moyenne montagne par exemple, un flanc pentu parsemé de sapins peut servir de zone de bivouac.
Une fois qu’on a accroché les cordes, on tend la faîtière entre les 2 points d’attache. Même si on ne met pas de bâche, une faîtière est toujours pratique pour accrocher la frontale et d’autres bricoles. En forêt tropicale, on veillera à mettre une faîtière robuste qui protégera un minimum en cas de chute de branche. Dans des situations particulières où le matériel et la nourriture ne doivent pas être posés au sol, on mettra un hamac filet au-dessus du hamac principal, il servira de rangement.
Si nécessaire, on pose la bâche sur la faîtière, on accroche les 4 coins, avec de la cordelette, à la végétation environnante. On veille à ce que la bâche ne fasse pas de poche où l’eau de pluie s’accumulerait.

Réglages
Un peu de technique maintenant.
Définissons quelques termes pour que la suite soit plus compréhensible :
Corps du hamac : zone du tissu sur laquelle l’utilisateur prendra place.
Triangle de brins : de chaque côté du hamac un réseau de brins de cordelette forme un triangle qui part du corps du hamac et qui se concentre dans la poupée.
La poupée : le bout du triangle où les brins se rejoignent. Ils sont enserrés par une cordelette ce qui forme un anneau sur lequel on accroche la corde d’attache. Cette cordelette, en étant très serrée, maintient la distance propre de chaque brin au corps du hamac. Le hamac a 2 poupées.

On peut régler un hamac en ajustant ses brins. En général le triangle de brins n’est formé que d’une seule cordelette, et non pas de plusieurs brins distincts. Quand le hamac n’est pas en tension, on peut faire coulisser cette cordelette et donc faire varier la longueur de chaque brin.  C’est en faisant varier cette distance qu’on va changer les caractéristiques du hamac.
Si on met chaque brin à équidistance du corps du hamac, celui ci pourra être mis en position très tendue (plus confortable) sans compresser le dormeur. De plus en tendant fortement le hamac, on peut utiliser des points d’attache très bas (proches du sol), ce qui est souvent pratique en zone rocheuse. Nous conseillons cette configuration.
Si on met les brins centraux plus longs que les brins latéraux, on va destiner le hamac à une utilisation "bananée". Cette configuration ne permet pas de tendre le hamac car l’utilisateur y serait comprimé. En revanche les contraintes sur le hamac seront moins fortes.


Carnets d'Expé n°3 : Article "Entretenir son hamac"

Suite au dossier technique sur l'utilisation du hamac en bivouac dans le n°1 de Carnets d'Expé, nous avons jugé utile de vous donner quelques compléments.

Un hamac de bivouac pèse seulement quelques centaines de grammes. La robustesse n'est pas son point fort. Mal utilisé, il se détériore très vite. Moyennant quelques précautions, on peut néanmoins le faire durer longtemps.
Au milieu de la jungle, une bande d'aventuriers taille son chemin à la machette. Après plusieurs jours de progression, ils sont dans une zone éloignée et très sauvage. Le soir venu, ils montent leur bivouac. En se glissant dans son hamac, Indi en un instant se retrouve au sol. Son hamac mal entretenu vient de casser. L'éventualité de dormir au sol ne l'enchante guère, et quand on sait le genre de faune parfois grouillante et peu amicale qui se promène sur le sol d'une forêt tropicale ou équatoriale, on le comprend.
- Euhh Kiki, on a pris un hamac de rechange ?
- Ben non !
- Va falloir réparer, y a de la colle ?
- Non plus…
- Ouinnnnn !!!!
- Calme-toi ! On va fabriquer un hamac de secours avec ta bâche.
- Ouf, sauvé merci Kiki !

Pour éviter ce scénario difficile, il faut essayer de ménager son hamac. Un hamac en nylon, dès lors qu'il a un accroc, se déchire de la même façon que se file un bas. Voici donc quelques précautions à prendre :
+ Eviter de rentrer dans son hamac avec un objet contondant (chaussures, frontale, couteau suisse, branchettes). En dormant sur un objet dur celui-ci va exercer une surpression sur la toile déjà très tendue.
+ Ne pas laisser de sable au fond de son hamac, il agirait comme un abrasif sur la toile tendue
+ Ne pas tendre exagérément le hamac. Selon le triangle des forces, plus le hamac est tendu et plus la force exercée sur les suspentes est grande une fois le hamac chargé. Le poids à supporter peut atteindre plusieurs fois le poids de l'utilisateur. Si votre corde d'attache fait un angle de 30° par rapport à l'horizontale, le poids de l'utilisateur sera appliqué de chaque côté. Si cet angle ne fait plus que 10° par rapport à l'horizontale, (là il faut tendre ferme !), c'est pratiquement 3 fois le poids du dormeur qui s'applique à chaque point d'attache !
+ Bien démêler les suspentes. Si les suspentes sont emmêlées, le poids ne sera pas bien réparti. Certaines supporteront beaucoup plus de contraintes que d'autres. + Dès que la toile a un accroc ou une marque d'usure, réparer (voir section réparation)
+ Eviter que la toile ou les suspentes touchent le sol ou une branche. Avec le poids de l'utilisateur elle se trouerait (se sectionneraient pour les suspentes) très rapidement. Si le hamac touche inévitablement quelque chose il faut mettre une pièce de tissu ou de plastique entre le hamac et le relief en contact.
+ Quand le vent souffle, ne pas laisser le hamac faire "spi".

Réparations

Les légionnaires en Guyane, lors de leurs missions profondes en forêt d'environ 30 jours, emportent avec eux des hamacs de rechange. Ils savent bien qu'un hamac peut très vite se déchirer. Cependant, quand un hamac est cassé, on peut assez facilement le réparer. Lors de notre traversée de la Méditerranée (cf Carnets d'Expé n°1), Johanna a déchiré son hamac (frottement sur une pierre pendant la nuit), il s'est complètement fendu dans sa largeur pour former deux parties distinctes. Avec un peu de colle néoprène on a réussi à le remettre en état et il a pu remplir sa fonction jusqu'à la fin du périple (et même encore après). Quand le hamac se déchire de cette façon, il suffit donc de mettre de la colle néoprène sur une bande de 2 cm de largeur le long de la déchirure sur chacune des parties du hamac et de faire se chevaucher les 2 bandes ; on peut également coller une pièce de renfort sur les zones critiques (au centre de la déchirure et sur les bords). Lorsque vous repérez un accroc, il faut couper une pièce de tissu, l'enduire de colle néoprène, enduire la zone autour de l'accroc et coller la "rustine". Une colle de type néoprène (souple) est essentielle car elle devra résister aux déformations du tissu.
Si une suspente casse, refaire le suspentage est fastidieux. On peut faire un nœud de raccord à l'aide d'un autre bout de cordelette. Il faut ensuite réajuster la longueur de l'ensemble du triangle de brins pour éviter que le brin réparé n'ait pas la même longueur.
L'ultime solution si on ne peut pas dormir au sol (forêt équatoriale) est de fabriquer un hamac de secours avec sa bâche. Une technique simple et rapide consiste à enserrer chaque extrémité de la bâche en la nouant avec la corde d'attache (comme un bonbon). C'est vraiment du dépannage (ceci dit, on a vu des gens qui vivaient dans ce type de hamac pendant des semaines).

Vous avez maintenant tous les éléments pour bivouaquer sereinement en hamac, alors n'hésitez pas ! Bonnes nuits étoilées….

Bientôt des photos en plus !

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