Volga, de la source à la mer Caspienne en kayak

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Tout avait la forme d’un challenge, un défi géographique sur un territoire lointain. Qui ne s’est jamais assis devant une rivière en s’extasiant devant la beauté de ses eaux fluides et leurs reflets d’argent ? Qui n’a pas éprouvé une mélancolie profonde en observant des courants remuants couler dans un lointain crépuscule teinté d’or ? Depuis que je noyais mon regard dans l’immense carte de l’URSS accrochée au-dessus de mon lit, je ne pouvais m’empêcher de me rêver à entrer dans ce bout d’Atlas où s’étendait une multitude de filets bleus. L’un avait plus particulièrement retenu mon attention, coulant du nord au sud depuis les collines de Valdaï jusqu’à la mer Caspienne, traversant toute une partie du colossale territoire russe sur plus de trois-mille-six-cents kilomètres.

Dans cette partie du monde, coule la Volga, le plus long fleuve d’Europe. Là-bas, doivent se jouer d’incroyables couchers de soleil, d’hallucinantes histoires dans les villes et les villages, d’insoupçonnables commerces sur les berges, et cela, avec beaucoup plus de relief que l’idée que je m’en fais depuis mon appartement. Si j’y vais, il faudra affronter des tempêtes, il faudra briser la distance kilométrique, il faudra sortir de ma zone de confort et aller vers l’inconnu. 

Mais aussi, il y aura l’hiver en approche.  Je n’aurai pas le temps de laisser mes mains dans les poches. Elles seront figées sur une rame, malgré le vent et le froid. Ca y est, c’est décidé, je pars à la fin de l’été, le visa russe collé dans le passeport, le kayak Nautiraid dans le dos, les pagaies Select prêtes à caresser  les flots. Tout est dans la housse, oust, je file à l’Est avec l’idée en tête de descendre toute la Volga, après tout, on verra.

Il me faudra pagayer sans relâche, je dispose d’un visa de quatre-vingt- dix jours pour enchaîner les trois-mille-six-cent-quatre -vingt-dix  kilomètres. Ce n’est pas si simple, je dois trouver un bon équilibre entre voyager rapidement, mais aussi voir, comprendre le fleuve, visiter les sites, rencontrer le peuple. Naviguer assez vite pour le faire, tout en respectant la nature et les gens sans les ignorer. Après tout, je suis chez eux. Mais, je serai aussi parfois défait par les vents violents. Dans la tourmente, il me sera nécessaire de pagayer de nuit, toute la nuit pour avancer.

A Moscou, je retrouve Kirill Aristov. En 2010, ce jeune Russe avait descendu deux mille sept cents kilomètres de la Volga.  C’est lui qui m’aide à mettre en place mon transfert jusqu’à la source du fleuve située à Volgoverhovye. Après sept heures de route et une arrivée de nuit, je monte le campement dans les bois à une embardée de la genèse d’un mythe, le berceau de la Volga.

Coincé au milieu des forêts, il me faut trouver une voiture pour rejoindre la première partie navigable de la Volga, le lac Sterj, à quinze kilomètres de Volgoverhovye. J’ai demandé aux trois personnes du village. Personne ne peut m’aider. À dix heures, Evgenye, qui est le propriétaire d’un chalet à souvenir proche du monastère passe chercher des cartons de reliques. Je l’interpelle et lui explique de m’emmener à Moseyevtsy, sur les bords du fleuve. J’empile mes affaires dans le coffre de sa guimbarde et nous dévalons les routes cabossées à travers bois. Le commerçant me laisse sur le rivage. Arrivé sur place, il me faut assembler le kayak.

Une fois le Narak monté, l’euphorie me prend, je suis sur le grand bassin, seul maître à bord de mon embarcation.

Je ne le sais pas encore, bien que l’idée de descendre l’incommensurable Volga soit pour moi inaliénable, mais le voyage va durer quatre-vingt-deux jours. C’est à la force des bras que j’évoluerai dans les calmes et mystérieuses campagnes, entouré par les pins et les isbas. Que j’accosterai dans les légendaires villes de Nijni-Novgorod et Volgograd. Que je naviguerai jusqu’aux  lointains territoires du Tatarstan et de la Kalmoukie. Qu’il me faudra trouver de l’assistance dans de pittoresques villages et dormir dans une nature à l’espace illimitée.  Les portes des clubs de kayak et de voile me sont chaudement ouvertes comme à Tver, Iaroslavl et Kostroma. Pour avoir cette chance, il faudra donc pagayer, garder le mental fort pour résister aux douleurs physiques. Ce voyage m’obligera à passer les neufs barrages hydroélectriques qui sont de monstrueux obstacles construits pendant la période soviétique. Cela se fera par force de portages, de contournements avec l’aide des Russes sous le regard parfois sévère et étonné des autorités. Pour finir, je rejoindrai la ville d’Astrakhan, ancienne cité sur la route de la soie. Depuis ses quais, je voguerai dans le plus grand delta fluvial d’Europe pour en sortir à Vyshka, dernier port de pêche et ouverture sur la mer Caspienne. Ce voyage est une expérience physique et géographique, une expédition qui aurait été difficile, sinon, impossible sans l’aide d’un peuple russe à l’accueil magistral.
kayak de mer
Quand : 15/11/19
Durée : 82 jours
Distance totale : 3219.3km
(dont réalisés 3218.5km)
Dénivelées : +2185m / -2414m
(dont réalisés d+:2180m / d-:2397m)
Alti min/max : -29m/239m
Carnet créé par Pointhulko le 21 déc.
modifié le 22 janv.
S'y rendre de manière douce :
Précisions : Pour accéder à la source de la Volga, pas de moyen de transport doux. Je suis parti de Moscou avec mon kayak en kit. Une fois déposé sur le site de la source, j'ai campé. Je suis ensuite parti en stop 20km sur le bords du lac de Sterj où la Volga ...
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Vue d'ensemble

Le topo : Section 4 (mise à jour : 04 janv.)

Description :

Jour 8 : De Gorodnya je pagaie jusqu'aux abords du barrage de Doubno où je dors sous la tente sur une île dans le réservoir.

Jour 9 : Je passe le barrage de Doubno par portage et pagaie jusqu'à la localité de Bely Gorodok où je campe.

Jour 10 : De Bely Gorodok à Selishchi et campe de nouveau

Jour 11 : De Selishchi j'arrive à Ouglitch, mais repoussé par la sécurité du barrage je dois contourner à pieds et serai accueilli chez les villageois.

Jour 12 : De Ouglitch au réservoir de Rybinsk où je campe sur une île.

Jour 13 : Je quitte l'île du réservoir, passe le barrage de Rybinsk par portage et suis accueilli au club de ski-nautique de Rybinsk.

Jour 14 : De Rybnsk à Kharitonovo. Je dors sous la tente à une dizaine de kilomètres de Iaroslavl.

Le compte-rendu : Section 4 (mise à jour : 04 janv.)

Sur la route de Kalyazin, village inondé par la construction de barrage de Ouglitch en 1939, je passerai le long de la tour clocher Saint-Nicolas. Ouglitch enfin en vue, après avoir du faire des efforts pour vaincre l’effet de rétention du courant, chaque mètre est à gagner, j’entrevois enfin le fameux barrage et la cité de l’anneau d’or russe, les anciennes cités historiques liées à l’histoire d’Ivan le Terrible.

Cependant, voulant traverser le barrage comme je l’avais fait à Doubno, cette fois une alarme se déclenche et une voix au microphone m’oblige à faire demi tour. Un garde me fait comprendre qu’il me sera impossible de passer.
Je choisi de débarquer sur la rive gauche, de passer à travers des jardins. Des villageois m’autorisent à ramasser des fruits, d’autres s’étonnent du Narak et finalement, on m’explique qu’il est impossible de passer le barrage par ici, et c’est vrai, la rive est digne d’Alcatraz, imperméable.
Il aurait fallu passer la rive droite et porter par la route sur près de deux kilomètres…

Nesim et ses amis me proposent de ranger le kayak chez eux, de rester un peu, ils me feront regagner le bon chemin demain. En attendant, il faut préparer le plov, plat d’origine Tadjik, pays natal de Nesim.

L’homme propose et Dieu dispose, c’est ce que disent les Russes. Le barrage hydroélectrique d’Ouglitch aurait pu un millier de fois hérisser le poil de ma chapka, mais ce n’était compter sur la bienveillance des camarades de la rive gauche de la Volga. Au lendemain de leur accueil fraternel et du bon plov – ce goûtu riz pilaf eurasien, partagé, il fallait reprendre les flots.

Mais ce sacré barrage bloquant une partie de la ville d’Ouglitsch, nous avons du faire avec les moyens locaux… Et quoi de mieux qu’un zil [зил], camion soviétique tout terrain, pour rejoindre le fleuve. Le Narak a bord, on vire à tribord et ce, sur trois kilomètres.

Mes camarades d’Ouglitch me remettent sur le bon chemin afin de poursuivre ma quête de rejoindre Rybinsk.

Je passe Myshkin, petite ville tranquille de la Volga, puis jusqu’au coucher du soleil, furieusement j’enchaîne les bornes, jusqu’à atteindre l’embouchure du réservoir de Rybinsk, une vaste étendue d’eau, comme une mer, réputée pour sa dureté de navigation avec des vents puissants.

Il me faut le traverser et ce sera chose faite. C’est le point le plus septentrional de la Volga. Le barrage hydroélectrique m’obligera à débarquer et à traverser la route en effectuant le transport de toutes mes affaires.

Une fois de l’autre côté, je m’adresse aux acrobates en ski nautique, Eleonora parle très bien le français et m’explique que je peux dormir à la base sportive si je le désire. En fin de journée, les jeunes sportifs celebraient leurs exploits avec une remise des médailles.
C’est parfait, et cette proposition me donne la possibilité de découvrir Rybinsk.
La cité accueille une population de 150 000 habitants, une usine de construction de moteurs d’avion, une statue de Lenin avec sa chapka, le souvenir des Burlaks- tireurs de barges sur la Volga jusqu’à la fin du tsarisme et le feu éternel en souvenir des soldats tombés pendant la seconde guerre.
La ville tire aussi son nom du poisson–Ryba en russe à donné le nom de Rybinsk à cette artère commerçante.

Pour ma part, la voie est ouverte pour les villes de Iaroslavl, Kostroma et Ninji-Novgorod. C’est progressivement la route vers le sud de la Russie qui s’annonce.

Passage du barrage de Doubno
Passage du barrage de Doubno
J'ai attrapé mon premier poisson
J'ai attrapé mon premier poisson
à la casserole
à la casserole
Section 4
Le clocher inondé de Kasyaline
Le clocher inondé de Kasyaline
Ecluse et barrage de Ouglitch en approche
Ecluse et barrage de Ouglitch en approche
Après avoir été empêché de traverser le barrage par la sécurité.... je décide de contourner à pieds par la rive gauche
Après avoir été empêché de traverser le barrage par la sécurité.... je décide de contourner à pieds par la rive gauche
Les jardins
Les jardins
Olga
Olga
Les habitants étonnés sur la rive gauche
Les habitants étonnés sur la rive gauche
Avec Nessim
Avec Nessim
Vlad prépare le plov
Vlad prépare le plov
Le plov
Le plov
coucher de soleil dans le réservoir de Rybinsk
coucher de soleil dans le réservoir de Rybinsk
Section 4
Passage du barrage de Rybinsk
Passage du barrage de Rybinsk
Les jeunes champions du club de ski-nautique de Rybinsk
Les jeunes champions du club de ski-nautique de Rybinsk
Lénine de Rybinsk
Lénine de Rybinsk
Statue aux constructeurs d'hélices d'avion en URSS
Statue aux constructeurs d'hélices d'avion en URSS
Rybinsk
Rybinsk
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