My U.S Bike Trip 2015

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Durant près de 5 500 km, j’ai traversé en vélo, les États-Unis d’Est en Ouest, du mois de mai au mois d’août 2015. Un long et beau voyage fait de rencontre simple, singulière, parfois inattendue. D’émerveillement devant ce que la nature peut nous proposer de plus beau, de dépassement de soi, de longues heures d’analyse philosophique avec soi-même, d’innombrables souvenirs qui refont surface et qui vous forcent parfois à vous arrêter sur le bord de la route.

Vous pouvez également découvrir mon blog retraçant mon aventure https://usabiketrip2015.wordpress.com/

Hell Yeah !!!
vélo de randonnée
Quand : 15/05/15
Durée : 83 jours
Distance totale : 5155.5km
Carnet créé par Laurent le 01 nov. 2015
modifié le 30 nov. 2016
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Vue d'ensemble

Le compte-rendu : Pantani dans les Rocky (mise à jour : 01 nov. 2015)

C’est dans un état plus que pitoyable que j’arrive à Denver. Totalement fatigué, à bout de forces, usé autant psychologiquement que physiquement par plusieurs jours consécutifs de pluie et de vent. J’ai dû me résoudre à prendre un train dans le Nebraska durant près de 350 km, pour rejoindre le Colorado. Tricheur me direz-vous, certes oui, et je n’en suis pas fière mais cela m’aura au moins permis de rattraper le retard que j’avais accumulé au cours de ces derniers jours.
Connaissant le programme qui m’attendait durant les prochaines semaines et au vus de mon état physique du moment, je décida de rester 3 jours à Denver dont 1 chez le brave Kyle. Celui-ci m’aida à me refaire une santé avec The spécialité of Colorado, la bière. Le Colorado étant l’Etat où l’on brasse le plus de bière aux Etats-Unis, et dans un souci de découverte culturelle, je me devais de partir à la l’assaut de ses breuvages locaux. Je ne le regretta pas.

Denver, que l’on surnomme également la « one mile city » en raison de son altitude de 1609 mètres est la capitale du Centre-Ouest des États-Unis. Elle marque aussi pour moi la fin des plaines arides que je traverse depuis le Nebraska. De la chambre de mon hôte du jour, je peux apercevoir les cimes enneigées des Rocky Mountains, elles sont toutes proches, à peine à quelques dizaines de miles. Je sens une vague d’excitation m’envahire en observant cette majestueuse chaîne de montagnes. C’est donc avec un mental et un physique rechargé à bloc que je pars affronter ces intimidents sommets.

L'ours du Colorado
L'ours du Colorado
Denver
Denver
Pantani dans les Rocky
La sortie de la capitale de l’Etat marque aussi l’entrée chez les fameux cowboys du far west Americain. Choisissant l’option des petites routes vallonnées, plutôt que celle à forte circulation, cela me permet de découvrir de nombreux (immenses) ranchs, et par la même occasion de jolis troupeaux de vaches et de chevaux. La pente qui conduit à la très haute montagne est douce et régulière, les pourcentages ne sont pas vraiment fort et ça me permet d’habituer mes jambes petit à petit à ce qui arrive très bientôt. La végétation, elle aussi à déjà bien changé, moins dense, moins verte, parfois brûlé, les feuillus ont laissé place aux résineux.

Deux jours après Denver, je pose mon vélo à Colorado Springs et enfile ma casquette de touriste le temps d’une mâtiné pour visiter l’Academy Air Force, véritable institution nationale et fierté locale. L’école qui est aussi le lieu le plus visité du Colorado, a pour but de former l’ensemble des futurs pilotes d’avion de chasses Américain. Puis en fin de mâtiné, je traverse l’une des premières merveilles de ma traversée des Rockys, le « Garden of the Gods ». Dominé par le célèbre Pikes Peak, l’endroit est juste somptueux. Tantôt orangée, tantôt rouge vif,  la couleur de la roche change tout le temps, selon la luminosité et la position du soleil. Au milieu du parc, je réalise que je suis déjà comblé de plaisir visuel et que je ne suis qu’au prémice de cet Etat… Ça promet !
1er semaine dans le Colorado
1er semaine dans le Colorado
Pantani dans les Rocky
Pikes Peak
Pikes Peak
Garden of the Gods
Garden of the Gods
Pikes Peak
Pikes Peak
Temple dans l'Académie Air Force
Temple dans l'Académie Air Force
Bien que n’étant pas les plus compliqués sur le papier, les 4 premières étapes de montagne sont assez difficiles à digérer. Quelques petits cols et une pente ascendante régulière pour des jambes pas encore réglées sur la fréquence très haute montagne, m’obligent à faire une halte d’une journée chez Mark et sa charmante famille à Salida (2150 mètres d’altitude). Malgré le festival de musique et d’art qui se tient en ville, je profite davantage de cette journée et des connaissances mécaniques de Mark pour réparer ma bécane. En effet, depuis quelques jours maintenant, le passage de vitesse est de plus en plus aléatoire et surtout les patins de frein V-brake, changé à Colorado Springs, sont plus que compliqués à régler. Après une grosse après midi d’arrachage de cheveux, et malgré toute notre bonne volonté et tout le matériel à notre disposition, nous arrivons juste à limiter la casse. Ce foutu problème de patin de frein sera un vrai calvaire à gèrer jusqu’à la fin, obligé de les régler pratiquement tous les jours jusqu’à San Francisco, j’aurai perdu mes nerfs plus d’une fois à cause d’eux.
Mais en quittant Salida, et alors que je m’apprête à monter sur le toit de mon voyage, je ne m’inquiète pas plus que ça de ma condition, pourquoi devrai-je m’en faire après tout ? Je suis exactement là où je rêvais d’être depuis des mois. Les paysages sont magnifiques, le temps est parfait (quoiqu’un peu chaud), l’esprit est libéré, le physique répond présent, je peux faire ce que je veux, avancer à toute allure, ou juste prendre mon temps, je suis le seul décideur, je suis le seul maître de ce voyage. Plus qu’un voyage, je peux désormais parler d’aventure. Est-ce dû à la grandeur et à la pureté de ces montagnes, mais je ressens chaque jour un peu plus, le côté épique qu’est en train de prendre ce périple.
Le toit de mon Amérique comme j’aime à l’appeler, se trouve en haut du Monarch Pass, perché à 3 448 mètres d’altitude et long de 17 km. Je bouillone d’excitation à l’idée d’affronter ce géant. En préparant ce trip, j’avais entouré au stylo rouge ce point de passage, au même titre que Death Valley ou Monument Valley, cette épreuve ce devait d’être l’un des moments forts de ces 3 mois.
Première claque, pour parvenir jusqu’au pied du col, je dois d’abord traverser un long faux plat montant de 25 km au milieu de la vallée. J’avance alors au coeur des Rocheuses, entouré de dizaines de cimes enneigées, magnifique sensation, je sens l’adrénaline pomper dans mes veines. Puis j’arrive devant le panneau indiquant le début du pass, le physique est déjà un tantinet entamé, le mental, lui, répond présent. Et quand la tête veux, le corps doit. Alors je me lance, à présent je ne peux plus faire marche arrière, c’est une compétition contre moi-même, dictée par la conviction aveugle que je pourrais vaincre la montagne comme j’ai vaincu le vent auparavant. Aussi haute que soit cette montagne, j’irai là où j’ai décidé d’aller.

Les pourcentages ne sont pas terrifiants, environ 7% de moyenne, mais je ne suis pas encore habitué à ce genre d’effort, je dois m’arrête plusieurs fois sur le bas côté de la route pour reprendre mes esprits. A peine la moitié du col franchi, je me sens déjà bien fatigué, la fréquence de pedalage est lente, le souffle saccadé, les jambes sont lourdes, chaque mètre parcouru en paraît 10. Mais les panneaux de signalisation et la géographie des montagnes m’indiquent clairement que je me rapproche du sommet. En effet, j’arrive maintenant à entrapercevoir la dernière bute, 400 mètres encore à escalader, 500 mètres tout au plus. Je parle, me murmure à moi-même, je l’imagine depuis tellement longtemps ce moment où je franchirai ce pass et ma réaction sur les derniers mètres. Mais je dois en terminer, je me mets debout sur les pédales, je ne sens plus le poids des saccoches, ni la sueur couler sur mon visage. Je me sens bien, léger, fort, apaisé. J’en termine, joie contenu, les larmes coulent intérieurement. Drôle d’émotion que je ressens à ce moment précis, une sorte de plénitude divine, l’étrange sentiment que quoiqu’il arrive rien ne pourrait m’attendre du haut de cette montagne. J’apprécie l’instant, posé sur un caillou, je prends conscience que je n’ai jamais été aussi haut sur terre de ma vie. J‘essaye de photographier dans ma mémoire cette mâtiné et les sensations que j’y ai trouvée, pour qu’elle y reste gravée à vie. Finalement, je repense assez vite à la suite de mon voyage et autres merveilles qu’il me reste à découvrir. Cette étape, certes spécial, n’était qu’une étape. Pas le temps de s’émouvoir plus que ça, j’ai encore trop de choses à dévorer des yeux, de rencontres à faire, d’histoire à écrire. Le boulot continu. 

Bivouac
Bivouac
Royal gorge bridge
Royal gorge bridge
Sur la route de Salida
Sur la route de Salida
Salida
Salida
Dans le Monarch Pass
Dans le Monarch Pass
Vieille mine dans le Monarch Pass
Vieille mine dans le Monarch Pass
Au sommet du Monarch Pass
Au sommet du Monarch Pass
Vue depuis le Monarch Pass
Vue depuis le Monarch Pass
Le Monarch descendu, je n’ai pas le temps et pas de raison d’être nostalgique de ce moment. Le lendemain, je suis littéralement porté par le vent à travers les gorges sinueuses du magnifique Curecanti National Recreation Area. Roulé ici est juste un régale. Composé de lacs, gorge, canyons, l’endroit est encore une fois magique. Plus J’avance dans les Rocky, plus je m’enfonce dans un Colorado profond et sauvage. A 3000 mètres, les panoramas qu’offrent les sommets des cols sont à couper le souffle. Je sens à ce moment-là que je suis au zénith de ma forme physique et mentale. Je m’en rends compte après un fantastique bivouac à « l’amphitheatre campground » d’Ouray. Je me réveille à 3000 mètres d’altitude, au milieu d’une odorante forêt de sapins, encerclé par d’imposantes falaises de couleur rouge. Le lieu est calme, paisible, sans fioritures. Lorsque je me remets en selle, c’est pour aborder un nouveau col, le Red Mountain Pass, le plus difficile de mon Colorado sur le papier. Mais je suis serein, confiant sur mes capacités de réussite. Et malgré de nouveaux problèmes mécaniques avec mes freins au beau milieu de l’ascension, je me surprends de franchir ce col avec autant d’aisance. Je suis bien aidé il faut le dire, par les paysages, qui me font oublier les douleurs dans les jambes. Les montagnes qui m’entourent, sont comme le nom du Pass l’indique, d’une couleur rouge sang, les vertes prairies traversées par des lacs et des petits ruisseaux accompagne ma route jusqu’au sommet. Cette étape est un régal visuel et d’effort physique. Et c’est avec une légère déception que j’entame la longue descente vers la petite ville de Silverton.

Curecanti National Recreation Area
Curecanti National Recreation Area
Curecanti National Recreation Area
Curecanti National Recreation Area
Curecanti National Recreation Area
Curecanti National Recreation Area
Petite maison dans la prairie
Petite maison dans la prairie
Les Rocky
Les Rocky
Ouray
Ouray
Amphitheatre campground
Amphitheatre campground
Amphithéâtre campground
Amphithéâtre campground
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Red Mountain Pass
Pass dans le Colorado
Pass dans le Colorado
Vue sur silverton
Vue sur silverton
Pantani dans les Rocky
Pantani dans les Rocky
Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, cette traversé du Colorado arrive bientôt à son terme. Néanmoins avant de quitter le « colorful Colorado », j’ai le droit à un dernier plaisir, le Mesa Verde National Park. A la frontière de l’Utah, le Mesa Verde est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978. Le parc abrite d’anciennes habitations troglodyte sous d’immenses falaises de grès, construites par des Indiens de la tribu des Pueblos vivants ici entre le 6 ème et 14 ème siècle après J.C avant de disparaître mystérieusement. Je m’accorde une journée pour visiter le parc, et en vélo bien entendu. Pas vraiment de tout repos puisque je dois rouler pas loin de 70 km pour en faire le tour. En quittant Mesa Verde, je laisse derrière moi la très haute montagne et ses sommets enivrants. Me voilà maintenant a m’engouffrer dans la terrible chaleur des canyons Américains.

Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Mesa verde national park
Je me souviendrai longtemps des Rocky Mountains, cette plissure géographique qui m’a fait découvrir une Amérique rurale, extraordinairement sauvage, une Amérique de rivières, de torrents, une Amérique de montagnes rondes et pointues, une Amérique de lacs sublimes, de roches fracturées, de canyons, une Amérique de rangers, de campeurs, de pêcheurs à la mouche. Quel bonheur !



Eat, Sleep, Ride, Repeat ! 

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