De la Méditerranée à l'Atlantique par la Haute Randonnée des Pyrénées - HRP (1/2)

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Pour les plus connues il y a 3 grandes façons de traverser les Pyrénées : le GR10 en France, le GR11 en Espagne et la Haute Randonnée des Pyrénées qui trace son propre itinéraire tantôt en Espagne, tantôt en France avec ponctuellement des petits tronçons de GR10 et de GR11. C’est pour son aspect plus engagé que j’ai choisi la HRP. Ma traversée des Pyrénées s’est faite de la Méditerranée à l’Océan via la Haute Randonnée des Pyrénées (HRP) réalisée sur 2 ans : la 1ère moitié en 2019 jusqu’à Bagnères-de-Luchon et l’autre moitié en 2020. Rendez-vous sur ma page Facebook « 72 rayons d’espoir contre la maladie de Crohn » pour plus d'infos sur cette itinérance et bien d’autres, à pied ou à vélo, passées et à venir ;) Bonne lecture et n'hésitez pas à me contacter si vous avez des questions sur l'itinéraire.
randonnée/trek
Quand : 13/07/19
Durée : 26 jours
Carnet créé par JB_Dijon le 12 sept.
modifié le 09 nov.
S'y rendre de manière douce : C'est possible en train
351 lecteur(s) - 3
Vue d'ensemble

Le topo : Fourcat - Certascan (mise à jour : 19 sept.)

Description :

J16 (28/07) : A partir du col "Port de l'Abeille" qui marque la frontière Andorre-France, le parcours est beau. Relief déchiqueté avec plein de "petits pics", très minéral, lacs. Fin assez technique avec avancée dans les blocs de pierres en pente raide avec de l'eau... D+1250 D-706. Nuitée au refuge de l'Etang Fourcat. J'ai logé dans la partie hiver du refuge pour moins de 10€ (tarif CAF) où il y avait table, banc et lavabo pour cuisiner. J'étais le seul dans cette partie du refuge, les autres randonneurs étant dans la partie plus "conventionnelle".

J17 (29/07) : Le dénivelé ici n'a aucun sens, toute la difficulté est dans la 1ère partie très montagnarde pour passer les 2 crêtes et au-delà : blocs de pierres instables + escalade, petits névés à traverser, câble pour descendre paroi verticale, ... D+627 D-1920. Nuitée au gîte d'étape de Mounicou. Laissé en libre-service : porte ouverte et cuisine pour se préparer à manger. La propriétaire, contactée en avance, a accepté de me faire des courses pour mon autonomie des 4 jours à venir. C'est l'âme du petit hameau de 4 habitants, elle tient le gîte et le bar.

J18 (30/07) : La montée côté français s'est faite dans la brume, ciel dégagé à partir du col frontière en Espagne. L'étape est longue mais sans grande difficulté technique si ce n'est une ascension de 1 à 2 heures dans des gros blocs de pierres et un sac à dos chargé à bloc pour une autonomie de 4 jours (18 kg environ). D+1907 D-791. Nuitée bivouac à proximité du refuge Certascan, mais hors de sa vue.

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Le compte-rendu : Fourcat - Certascan (mise à jour : 19 sept.)

IV. Quand la difficulté croît l'imaginaire devient mon échappatoire

Le chemin d'accès au refuge de l'étang de Fourcat me plut : un paysage minéral au relief déchiqueté parsemé de lacs et de rivières. J'y entrevis néanmoins les prémices d'une difficulté technique grandissante, notamment par de longues traversées de bloc rocheux dont les hauteurs de marches nécessitaient l'usage régulier des mains. Je passai la nuit dans la partie hiver du refuge où j’éprouvai un sentiment controversé. L'amertume de manger seul dans l'obscurité naissante ma ration de graines quotidiennes, alors que de l'autre côté de la porte me provenaient les intonations joyeuses des discutions suscitées par une bonne table, ainsi que les effluves d'une nourriture alléchante aiguisant mon appétit. En contrepartie, cet isolement permit de m'affranchir des dortoirs communs et de son opéra nocturne sans chef d'orchestre, où chacun se livre à sa propre interprétation. D'un côté les musiciens dont la symphonie disgracieuse laisse présager que les instruments nasaux aient été endommagés par les efforts du jour, certains usant ponctuellement pour la basse d'un autre instrument dont je préfère taire le nom. D'un autre côté les danseurs dont la chorégraphie est quelque peu improvisée pour sortir d'un duvet trop étriqué, descendre plus ou moins maladroitement à l'échelle d'un lit superposé, et enfin avancer par tâtonnements jusqu'au centre de la scène, les toilettes. Bien sûr le spectacle ne saurait être complet sans les effets de lumière, celui de lampes frontales oscillant dans toutes les directions, y compris dans les yeux des spectateurs, ne manquant au passage de tirer du sommeil un malheureux qui aurait été tenté de s'apaiser devant tant de grâce.

Toutefois cette nuit là, je ne bénéficiai pas de la quiétude d'être seul car je fus malade. Sans doute un virus ou une bactérie dans l'eau, car j'entendis par hasard au moment de payer que le gardien envisageait de faire venir un médecin pour une dame souffrant également de violents vomissements et de troubles digestifs. Après un départ quelque peu laborieux, compte tenu de mes petits aléas momentanés de santé, le franchissement des 2 crêtes au NE du pic Malcaras s'assimila à un véritable parcours du combattant, sans équivoque le passage technique le plus délicat depuis mon départ. Au menu montagnard du jour : en entrée une ascension de crête ariégeoise à la pente relevée, un plat corsé et copieux de blocs aux saveurs arrondies par une crème de petits névés, et en dessert descente dans la faille d'une paroi quasi-verticale agrémentée d'un câble pour en faciliter la digestion. Si je compare l'énergie et le temps passé avec ma faible progression dans ma quête de rejoindre l'océan, je peux dire que le repas s'est avéré particulièrement onéreux. Heureusement l'après-midi se prolongea par un "petite" descente de 1500 mètre de dénivelé pour se rendre au charmant Hameau de Mounicou, me faisant gagner 3 précieux centimètres sur ma carte vers l'ouest, contre 8 ... au Nord !

Madame "Nini", c'est l'âme bienveillante du hameau de 4 habitants de Mounicou. Elle y tient un gîte sans demi-pension mais avec cuisine aménagée, et même un bar à l'autre bout du pays, soit environ à une trentaine de mètres. Lors de ma réservation téléphonique, elle me proposa de faire les courses pour mon ravitaillement des 4 journées à venir, service que je ne manquai pas de lui rémunérer malgré ses réticences.

L'enjeu de l'étape suivante se joua sur la dénivelée avec un sac chargé de nourriture (+1900, -800). Toutefois je la trouvai moins exigeante que celle de la veille, où technicité et concentration s'étaient ajoutées à l'effort à fournir. La montée du matin se fit dans une épaisse brume, contrariante par sa capacité à tout humidifier, mais présentant en outre le double avantage de ne pas avoir à souffrir des chaleurs de basses altitudes et de vivre la montagne différemment. La seule chose que je percevais nettement c'était le sentier qui se déroulait à mes pieds, pour le reste je ne voyais qu'un voile blanc sur lequel se distinguait des formes ombragées. Lorsque le randonneur que j'avais aperçu quelques instants plus tôt, assis et tenant bâtons en mains, se métamorphosa à mon approche en trois arbustes, je réalisai que j'évoluais dans un monde fantastique. Je laissai alors libre cours à mon imagination, ici une barque voile tendue, là bas un chien aux aguets, si bien que je n'en oubliai qu'une fois de plus je me retrouvais à nouveau trempé de la tête aux pieds.

Après avoir gravi le versant d'une montagne, je ressens toujours un flottement de magie dans l'air au franchissement de son col. C'est le moment où je laisse un paysage derrière moi pour en découvrir un nouveau qui s'ouvre subitement à mes yeux et dans lequel je vais entamer généralement une descente. Ce passage d'un monde à un autre au col de l'Artigue était d'autant plus vrai qu'il matérialise la frontière avec l'Espagne, mais aussi une barrière invisible entre d'un côté un ciel espagnol dégagé, et de l'autre des nuages visiblement contraints à rester en France. M'amusant de cette situation, je pris plaisir pour le déjeuner à me disposer de façon à contempler la brume tout en me faisant chatouiller le dos par les rayons du soleil.

L'arrivée fut quelque peu tardive. Une fois la tente montée à l’abri des regards du refuge de Certascan, je pris mon dîner au crépuscule devant un paysage grandiose. La nuit fut particulièrement fraîche, et comme cela va souvent de paire avec une absence de nuages, le ciel s'illumina de ses milliers d'étoiles. Spectacle magnifique que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer ailleurs qu'en altitude. Frigorifié, au moment de rentrer dans la tente j'aperçue une étoile filante. Je le pris comme un signe de bon augure pour la suite de mon périple...

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J16.
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J16. Partie hiver du refuge de l'Etang Fourcat où j'ai logé pour moins de 10€ (tarif CAF). Il y avait table, banc et lavabo pour cuisiner, avec en prime le plaisir de disposer d’un dortoir vide, les autres randonneurs étant dans la partie plus "conventionnelle". Toutefois cette nuit là, je ne bénéficiai pas de la quiétude d'être seul car je fus malade.
J16. Partie hiver du refuge de l'Etang Fourcat où j'ai logé pour moins de 10€ (tarif CAF). Il y avait table, banc et lavabo pour cuisiner, avec en prime le plaisir de disposer d’un dortoir vide, les autres randonneurs étant dans la partie plus "conventionnelle". Toutefois cette nuit là, je ne bénéficiai pas de la quiétude d'être seul car je fus malade.
J17. Etang de Fourcat avec son refuge que l’on distingue à peine.
J17. Etang de Fourcat avec son refuge que l’on distingue à peine.
J17. Vue depuis la crête NE du Malcaras (2645m).
J17. Vue depuis la crête NE du Malcaras (2645m).
J17. Entre les crêtes NE et NNE du Malcaras. Mes premiers pas dans la neige, certes le névé est petit et la pente faible, mais la symbolique est tout de même là :-) On ne le voit pas mais j’évolue dans une section au caractère montagnard, et l’avancée se fait lentement avec la nécessité de mettre quasi-systématiquement les mains. LA HRP (Haute Randonnée des Pyrérénées) prend ici un nouveau tournant pour s’affirmer.
J17. Entre les crêtes NE et NNE du Malcaras. Mes premiers pas dans la neige, certes le névé est petit et la pente faible, mais la symbolique est tout de même là :) On ne le voit pas mais j’évolue dans une section au caractère montagnard, et l’avancée se fait lentement avec la nécessité de mettre quasi-systématiquement les mains. LA HRP (Haute Randonnée des Pyrérénées) prend ici un nouveau tournant pour s’affirmer.
J17. Etang supérieur du Picot, vue depuis la crête NNE du Malcaras.
J17. Etang supérieur du Picot, vue depuis la crête NNE du Malcaras.
J17.  Descente de la crête dans une sorte de fissure rocheuse. Il y avait plusieurs sections comme celle-ci à franchir. Mieux valait ne pas tomber car peu de randonneurs semblaient s’aventurer dans cette zone (aucun lorsque j’y étais). A la bifurcation après le refuge de Fourcat, sans équivoque le GR10 remportait la préférence des randonneurs.
J17. Descente de la crête dans une sorte de fissure rocheuse. Il y avait plusieurs sections comme celle-ci à franchir. Mieux valait ne pas tomber car peu de randonneurs semblaient s’aventurer dans cette zone (aucun lorsque j’y étais). A la bifurcation après le refuge de Fourcat, sans équivoque le GR10 remportait la préférence des randonneurs.
J17. Un des étangs du Picot.
J17. Un des étangs du Picot.
J17. Un des étangs du Picot avec sa cascade. Le lieu est plutôt fréquenté car le cadre est agréable et plus facile d’accès.
J17. Un des étangs du Picot avec sa cascade. Le lieu est plutôt fréquenté car le cadre est agréable et plus facile d’accès.
J17. Sentier en balcon.
J17. Sentier en balcon.
J17. Gîte de Mounicou où je passerai la nuit pour 15€. Il n’est pas gardé mais il dispose d’une cuisine équipée. La propriétaire, contactée en avance, a accepté de me faire des courses pour mon autonomie des 4 jours à venir. C'est l'âme du petit hameau de 4 habitants, elle tient le gîte et le bar.
J17. Gîte de Mounicou où je passerai la nuit pour 15€. Il n’est pas gardé mais il dispose d’une cuisine équipée. La propriétaire, contactée en avance, a accepté de me faire des courses pour mon autonomie des 4 jours à venir. C'est l'âme du petit hameau de 4 habitants, elle tient le gîte et le bar.
J17. Rue principale de Mounicou.
J17. Rue principale de Mounicou.
J18. Inscription juste avant de quitter la route pour prendre un sentier. Ce n’est pas très engageant, surtout lorsque je songeais que j’allais dormir sous la tente avec mes provisions…
J18. Inscription juste avant de quitter la route pour prendre un sentier. Ce n’est pas très engageant, surtout lorsque je songeais que j’allais dormir sous la tente avec mes provisions…
J18. Vers les Orris de Mespelat.
J18. Vers les Orris de Mespelat.
J18. Dans cette brume la seule chose que je percevais nettement c'était le sentier qui se déroulait à mes pieds, pour le reste je ne voyais qu'un voile blanc sur lequel se distinguait des formes ombragées.
J18. Dans cette brume la seule chose que je percevais nettement c'était le sentier qui se déroulait à mes pieds, pour le reste je ne voyais qu'un voile blanc sur lequel se distinguait des formes ombragées.
J18. La montée dans la brume, contrariante par sa capacité à tout humidifier, présentait le double avantage de ne pas avoir à souffrir des chaleurs de basses altitudes et de vivre la montagne différemment. Dans ce monde fantastique, j’ai laissé libre cours à mon imagination, ici une barque voile tendue, là bas un chien aux aguets, si bien que je n'en oubliai qu'une fois de plus je me retrouvais à nouveau trempé de la tête aux pieds.
J18. La montée dans la brume, contrariante par sa capacité à tout humidifier, présentait le double avantage de ne pas avoir à souffrir des chaleurs de basses altitudes et de vivre la montagne différemment. Dans ce monde fantastique, j’ai laissé libre cours à mon imagination, ici une barque voile tendue, là bas un chien aux aguets, si bien que je n'en oubliai qu'une fois de plus je me retrouvais à nouveau trempé de la tête aux pieds.
J18. Côté espagnol le voile est levé.
J18. Côté espagnol le voile est levé.
J18. Après avoir gravi le versant d'une montagne, je ressens toujours un flottement de magie dans l'air au franchissement de son col. C'est le moment où je laisse un paysage derrière moi pour en découvrir un nouveau qui s'ouvre subitement à mes yeux et dans lequel je vais entamer généralement une descente. Ce passage d'un monde à un autre au col de l'Artigue était d'autant plus vrai qu'il matérialise la frontière avec l'Espagne, mais aussi une barrière invisible entre d'un côté un ciel espagnol dégagé, et de l'autre des nuages contraints à rester en France. M'amusant de cette situation, je pris plaisir pour le déjeuner à me disposer de façon à contempler la brume tout en me faisant chatouiller le dos par les rayons du soleil.
J18. Après avoir gravi le versant d'une montagne, je ressens toujours un flottement de magie dans l'air au franchissement de son col. C'est le moment où je laisse un paysage derrière moi pour en découvrir un nouveau qui s'ouvre subitement à mes yeux et dans lequel je vais entamer généralement une descente. Ce passage d'un monde à un autre au col de l'Artigue était d'autant plus vrai qu'il matérialise la frontière avec l'Espagne, mais aussi une barrière invisible entre d'un côté un ciel espagnol dégagé, et de l'autre des nuages contraints à rester en France. M'amusant de cette situation, je pris plaisir pour le déjeuner à me disposer de façon à contempler la brume tout en me faisant chatouiller le dos par les rayons du soleil.
J18. Lac Romedo de Baix (2010m). On aperçoit dans le petit plan d’eau dédoublé un pêcheur et non loin de là sa tente : la belle vie !
J18. Lac Romedo de Baix (2010m). On aperçoit dans le petit plan d’eau dédoublé un pêcheur et non loin de là sa tente : la belle vie !
J18. Goulet pour rejoindre le lac Romedo de Baix.
J18. Goulet pour rejoindre le lac Romedo de Baix.
J18. Lac Romedo de Baix
J18. Lac Romedo de Baix
J18. Le sentier suit ce cours d’eau chahuté dans un superbe décor granitique.
J18. Le sentier suit ce cours d’eau chahuté dans un superbe décor granitique.
J18.  Estany de Romedo de Dalt (2114m)
J18. Estany de Romedo de Dalt (2114m)
J18.  Nuit en tente à l’écart du refuge Certascan
J18. Nuit en tente à l’écart du refuge Certascan
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