La pêche en Voyage Nature

par erwan dans Récit 31 janv. 2014 mis à jour 02 févr. 2014 6782 lecteurs 1 commentaires (partager)

Les techniques de pêche en voyage nature

Texte et photos : Quentin Seyfried
Article publié dans Carnets d'Aventures n°27

NorvègeLa randonnée et le bivouac que nous pratiquons lors de notre temps libre sont en quelque sorte des moyens de renouer avec le nomadisme ancestral : théâtre d'une humanité parcourant plaines, montagnes et mers à la recherche de nourriture.
À propos de nourriture justement, n'éprouvons-nous pas un plaisir et une satisfaction sans pareils lorsque nous avons l'occasion d'agrémenter nos pâtes et autres plats lyophilisés, produits de la civilisation, d'une poignée de myrtilles cueillies par nos soins ? Trouver de quoi subsister sur le terrain fit par nécessité le bonheur des hommes pendant des millénaires et nous avons gardé en nous cette capacité à nous émerveiller pour ces choses en apparence si simples. En plus de la cueillette, la pêche et la chasse faisaient, et font encore, partie du quotidien de l'homme dans la Nature. Bien que la chasse soit plus difficile à mettre en œuvre pour le randonneur, la pêche, quand à elle, est beaucoup plus abordable qu'on ne le pense. Pêcher le soir au bivouac et faire griller sa truite sur le feu dans un splendide cadre naturel revient alors à se rapprocher encore un peu plus du mythe, ou idéal perdu, de la vie sauvage…
Vous l'avez compris, l'objectif de cet article sera de vous convaincre d'emporter de quoi pêcher dans votre sac à dos lors de vos prochaines expéditions. On s'attachera à décrire ici des techniques de pêche légères, simples, efficaces et facilement conjugables à la randonnée non motorisée. On précisera que les conseils donnés ici seront grossièrement applicables aux régions septentrionales voire australes aux latitudes équivalentes ! En effet mes expériences se limitent aux contrées des régions tempérées et arctiques.

Législation

Bien que la pêche en mer soit libre, la pêche en eau douce nécessite quasi systématiquement de payer un ou plusieurs permis de pêche. En fonction des régions où vous voyagerez, les législations seront plus ou moins complexes et le coût des permis pourra varier du simple au triple. En France, un permis de 2 semaines vous reviendra souvent autour d'une trentaine d'euros. Renseignez-vous avant de partir !

La pêche aux leurres, principes de base

La pêche aux leurres est une des techniques les plus adaptées au voyage nature car elle est polyvalente, n'exige que peu de matériel, et est facile à mettre en œuvre. De plus, on n’a pas à se soucier d'appâts vivants puisqu'un leurre est une imitation en matériaux inertes d'une proie dont les poissons ont l'habitude de se nourrir (mais pas toujours, voir encadré imitatif/incitatif).

Incitatif ou imitatif ?

Les leurres jouent sur deux caractéristiques non exclusives l'une de l'autre ! Les leurres incitatifs produiront beaucoup de reflets, de vibrations et auront des couleurs agressives. Plus que l'imitation d'une proie leur but est d'agacer les poissons et de déclencher des réflexes d'attaques. Ces leurres fonctionnent même lorsque les poissons n'ont manifestement « pas faim ». Les espèces qui y sont les plus sensibles sont les brochets, les perches, les truites arc-en-ciel et les ombles de fontaine… Quant à l'imitatif, tout est dans le nom : le leurre est fait pour ressembler au plus juste à une proie potentielle (poissonnets, vers…).

La pêche aux leurres se pratique de deux manières différentes selon votre position par rapport à l'eau : le lancer/ramener et la verticale.

Le syndrome de la « rive d'en face »

Quel pêcheur n'a jamais été inconsciemment persuadé que les poissons se trouvaient forcément au milieu de l'eau ou au plus proche de la rive d'en face ? Pensez de cette manière et vous vous surprendrez à faire fuir un brochet qui chassait à vos pieds alors que vous vous approchiez de la berge en courant !

Le lancer/ramener

Se pratique depuis la berge mais aussi depuis une embarcation. Elle consiste à lancer et à ramener un leurre. Le leurre se mettra en mouvement dans l'eau sous l'effet de la traction et c'est ce qui le rendra attractif.

  • Cuillères tournantes : elles n'imitent rien de précis. Leur mode d'action est principalement basé sur l'incitatif. Elles sont faites d’une palette qui tourne autour d'un axe lorsqu'on les met en mouvement. À leur extrémité caudale se trouve un hameçon triple ou double.

cuillères tournantes
cuillères tournantes

Animation : pour être efficace la cuillère tournante doit… tourner ! Donc n'arrêtez jamais de mouliner. Faites varier les vitesses de récupération et imprimez à sa trajectoire des écarts latéraux aléatoires.

  • Poissons nageurs : ce sont des imitations de poissonnets en bois ou en plastique. Ils sont munis de 2 ou 3 hameçons triples selon leur taille. À l'avant se trouve une « bavette » qui déterminera la nage du leurre lorsque vous le ramènerez. La densité du poisson nageur définira sa profondeur d'évolution (la forme et la taille de la bavette auront aussi une influence). On choisira la densité du poisson nageur parmi trois déclinaisons en fonction du niveau que l'on souhaite explorer : flottant, suspending (densité égale à celle de l'eau) et coulant.

Poissons nageurs
Poissons nageurs

Animation : elle se fait pointe de la canne vers le bas : ramenez votre poisson à différentes vitesses en entrecoupant des arrêts brutaux et des changements de direction intempestifs. La finalité de la manœuvre étant d'imiter un poissonnet égaré et malade.

Flottant
Flottant

Coulant
Coulant

  • Les leurres souples : Shad, twist et autres écrevisses… Ils sont le plus souvent enfilés sur un hameçon spécifique dit « à tête plombée ».

Leurres souples
Leurres souples

Animation : L'animation se fait canne haute : laissez le leurre toucher le fond puis faites lui faire des bons en « dents de scie » tout en le ramenant vers vous. Vous imiterez ainsi un animal blessé tentant de décoller du sol, s'épuisant dans l'effort et retombant sans succès.

Leurre souple

  • Cuillères ondulantes : elle se résume à une palette de métal tordue munie d'un hameçon triple. Elle est souvent utilisée pour les pêches à la traîne ou à la dandine. On pourra utiliser des modèles lourds et allongés dans les grosses rivières profondes et à courant puissant (type fleuve Yukon). Cet usage de l'ondulante est peu répandu en France et est principalement destiné au saumon.

cuillères ondulantes
cuillères ondulantes

Animation : idem leurres souples.

Ardillons… écrasez les !

L'ardillon est un petit appendice de métal situé sur l'hameçon et dont la fonction est de le retenir dans la gueule du poisson une fois pris. Si vous souhaitez relâcher un poisson trop petit, l'ardillon vous contraindra à le blesser sévèrement. Écrasez les ardillons à l'aide d'une pince : il n'y a pas de raison que vous perdiez le poisson si vous gardez la ligne tendue lorsque vous le sortez de l'eau. De plus, vous vous remercierez d'y avoir pensé le jour où vous vous retrouverez avec un hameçon accidentellement fiché dans la main…

Comment lancer :
  1. Laissez pendre votre leurre à 20 cm de l'extrémité de la canne.
  2. À l'aide de l'index de la main qui tient la canne, pincez et bloquez contre cette dernière la ligne sortant du moulinet.
  3. Désenclenchez le « pick-up ».
  4. D'un coup de poignet, propulsez votre leurre dans la direction souhaitée et lâchez le fil que vous retenez avec l'index.
  5. Le leurre volera dans la direction voulue et entraînera du fil qui sortira librement de la bobine.
  6. Une fois l'appât tombé à l'eau, d'un coup de manivelle, enclenchez le « pick-up » et commencez à mouliner. Mais vous pouvez aussi attendre un peu et le laisser couler selon la profondeur que vous désirez explorer.

La seule difficulté consiste à sentir le moment exact où il faut lâcher le fil. Entraînez-vous dans un pré en attachant un petit poids à la place du leurre.

À la verticale
  • La dandine : elle consiste à « dandiner » une cuillère ondulante lourde ou un leurre souple sous une embarcation et à différentes profondeurs. Cette pêche se pratique essentiellement en lac ou en mer car elle a le principal avantage de permettre l'exploration des grandes profondeurs.
    La dandine

Animation : « pick-up » ouvert, laissez descendre votre leurre jusqu'au fond (si celui-ci n'est pas trop loin…). Enclenchez le « pick-up » puis donnez quelques tours de manivelle de manière à amener l'appât à 2 ou 3 mètres du fond. Animez-le quelques minutes à l'aide de la canne en opérant de longues tirées vers le haut suivies de relâchés tout en accompagnant les descentes du leurre (la ligne doit toujours être tendue). Après avoir suffisamment insisté, redonnez quelques tours de manivelle puis recommencez à animer. Votre objectif sera de déceler la profondeur à laquelle vous toucherez du poisson afin d'y revenir rapidement pas la suite (compter les tours de manivelle vous permettra de prendre vos repères). Ferrez au moindre comportement étrange de la ligne (parfois la touche se manifeste simplement par le leurre qu'on ne sent plus descendre lors des relâchés).

En kayak ou en canoë, l'idéal est d'être immobile ou en dérive très lente. Une ancre flottante ou de fond (mais les zones que vous explorerez seront souvent très profondes limitant l'usage de cette dernière) devrait vous aider dans bien des cas.

  • La traîne : c'est une technique particulière car elle nécessite un matériel un peu particulier. Le principe général consiste en une ligne armée d'un ou plusieurs leurres, la « traîne », qui évoluera dans le sillage d'une embarcation en mouvement. Elle permet de pêcher tout en se déplaçant. Nous en parlerons dans la partie sur la pêche en mer. Il est également possible de la pratiquer en eau douce mais elle est techniquement plus compliquée à mettre en œuvre et tout compte fait n'apporte pas beaucoup plus que les autres techniques qui suffiront largement dans ce cas.

La touche

La touche est l'instant où un poisson tentera d'engamer votre leurre. Vous pourrez la ressentir visuellement si votre leurre évolue près de la surface et que vous voyez le poisson s'en saisir, mais bien souvent vous la sentirez comme un blocage ou un coup dans la canne. À ce moment-là il vous faudra « ferrer », c’est-à-dire imprimer immédiatement à la ligne en levant la canne une tension vive et appuyée pendant une fraction de seconde afin d'assurer la pénétration de l'hameçon dans la gueule de votre proie ! Attention, il est déconseillé de ferrer lorsque vous pêchez à la traîne. Le mouvement de l'embarcation s'en est déjà chargé, tout ce que vous feriez de plus serait d’arracher l'hameçon de la gueule du poisson.

Cas de figure en eau douce

La première question à vous poser lorsque vous êtes en face d'un lac ou d'une rivière est : « dans quelle situation je me trouve ? ». Sous nos latitudes on distingue globalement deux cas de figures.

  • Eaux à truites : dites de « première catégorie » en France. Ce sont des eaux froides et oxygénées, berceau des salmonidés.
  • Eaux à brochet : dites de « deuxième catégorie ». Il s'agit d'eaux un peu plus chaudes et moins oxygénées, royaume de sir Esox lucius notre bon brochet, mais aussi de la perche, du sandre, du black-bass, etc.

Lorsque vous partez explorer une région, renseignez-vous au préalable au sujet des espèces de poissons présentes (rien de tel que d'interroger les autochtones) car les techniques et approches seront sensiblement différentes. Avec l'expérience, vous acquerrez vous-même la capacité à juger des types d'eaux, mais les repères que vous aurez pris chez vous ne seront pas forcément extrapolables ailleurs. Globalement les eaux à salmonidés domineront plus vous irez vers le Grand Nord (ou le Grand Sud) et plus vous gagnerez en altitude. En France, il est rare de trouver des brochets au-dessus de 1000 mètres d'altitude.
Vous avez sans doute remarqué que l'on n’a pas évoqué les carpes, gardons, et autres poissons dit « blancs ». Cela car les techniques permettant de les attraper nécessitent des appâts naturels et sont plus fastidieuses à mettre en œuvre que les pêches aux leurres visant les carnassiers. Finalement, ça ne tombe pas si mal puisque gustativement parlant, une truite est quand même bien meilleure qu'un gardon, aussi frétillant soit-il !

Discrétion

  • Sonore : la variation d'impédance entre l'air et l'eau fait que le son de votre voix ne pénétrera quasiment pas dans l'eau. Parler ne fera donc pas fuir les poissons. Par contre, cette variation est moins importante entre le sol (ou le fond d'un bateau) et l'eau, ce pourquoi le son de vos pas ainsi que les branches qui craquent seront audibles du monde aquatique. Marchez donc discrètement lorsque vous pêchez ou évitez de laisser tomber des objets au fond du canoë…
  • Visuelle : évitez les habits de couleurs vives, les mouvements amples et prenez gare aux ombres projetées sur l'eau. Dans les cas les plus extrêmes (poisson au bord, eau transparente) n'hésitez pas à vous baisser...

Les eaux à salmonidés

Truites fario
Truites fario

Truite fario

On en croise beaucoup lors de nos voyages nature surtout lorsqu’on parcourt la montagne et les pays nordiques. Les poissons qu'on peut y trouver appartiennent à la famille des salmonidés : truites (fario, arc-en-ciel et autres sous espèces nombreuses notamment aux États-Unis), ombles (de fontaine, chevalier et cristivomer…), ombres, corégones et saumons (quand il y en a).

Les lacs de montagne

Ces lacs sont des havres de paix entourés de glaciers et de sommets où courent chamois et bouquetins… La pêche y est bonne surtout tôt le matin et en soirée lorsque les randonneurs ont déserté les berges.

  • En journée :

Inutile de trop vous attarder si le soleil tape sur le lac. Vous pourrez toutefois lancer vos leurres à proximité des zones ombragées du lac : sous les buissons et arbustes si vous êtes à une altitude permettant encore leur développement. Vous pourrez également tenter d'explorer les profondeurs où les poissons se sont probablement réfugiés.
Si un ciel bouché ne fait pas le bonheur du randonneur, il fera au moins celui du pêcheur en lac de montagne, et justifiera pleinement le fait de passer plus de temps à pêcher qu'à marcher. N'oubliez pas de pêcher profondément, surtout si le lac contient de l'omble chevalier ou du cristivomer qui est un poisson lucifuge. Lancez alors vers le large des poissons nageurs coulants ou des leurres souples de type « twist » que vous laisserez bien descendre avant de les animer lentement au ras du fond.

  • Tôt le matin :

C'est sans doute le meilleur moment pour pêcher en lac de montagne. Sortez de la tente dès l'aurore : le calme règne et l'eau est souvent très claire. Les poissons détectent le moindre mouvement venant de la berge. Approchez-vous du lac à pas de loup, ne courez pas tout de suite vers la berge mais arrêtez-vous et prenez le temps d'observer : vous devriez voir quelques truites et ombles se promener avec nonchalance le long des bordures à la recherche d'insectes égarés ou chassant dans les bancs de vairons (petit poisson « fourrage » présent dans les eaux à truites). Lancez délicatement une petite cuillère tournante ou un poisson nageur flottant que vous animerez près des berges.

Truite à l'affût
Truite à l'affût

Truite à l'affût

Truite gobant les insectes tombant de la végétation rivulaire, l'approche doit être discrète

  • En soirée :

Les « coups du soir » peuvent être mémorables car ils donnent place à un regain d'activité des poissons, d'autant plus si la journée était chaude. Cela dit, la chute brutale des températures entraînée par la tombée de la nuit aura tôt fait de marquer la fin des festivités. Ne perdez donc pas de temps.

Les torrents

La pêche en torrent est assez amusante. Les poissons ne perdent pas de temps à examiner votre appât avant de l'engamer. Ils sont souvent de petite taille mais celle-ci est compensée par leur nombre. C'est une pêche très active demandant de bons réflexes ainsi qu'une certaine habileté afin d'arriver à lancer avec précision dans les veines d'eau entre les rochers et les arbres… À ce titre une canne courte sera de maniement plus aisé. La cuillère tournante numéro 1 ou 2 sera le leurre roi. Le diamètre du fil gagnera à être plus fin que d'habitude (16 à 20 centièmes).

Les grands lacs

Les grands lacs des vallées montagneuses contiennent souvent des salmonidés (lacs Léman, d'Annecy, de Serre-Ponçon, etc.). En France, la prise de salmonidés depuis le bord est anecdotique et il vaudra donc mieux miser sur les brochets et perches cohabitant dans ces mêmes lacs car ils y sont plus nombreux et plus accessibles notamment depuis les berges.
Toutefois les pagayeurs devront essayer de pêcher à la dandine qui leur offrira de meilleures chances de toucher des salmonidés.
Plus on remonte vers le nord, plus on rencontrera ce type de lacs. Les poissons y sont plus nombreux et moins sollicités. C'est pourquoi il sera sans doute plus facile de pêcher l'omble chevalier en Laponie dans le lac Inari que dans les grands lacs alpins.

Skogsfjordvatnet, Norvège
Skogsfjordvatnet, Norvège

Les rivières

Snake river après l'orage, Etats Unis
Snake river après l'orage, Etats Unis

On y pêchera à la cuillère tournante et au poisson nageur en opérant un lancer globalement perpendiculaire au courant (légèrement vers l'amont), avec un retour rapide (un peu plus vite que le courant pour que la cuillère tourne). Le leurre descendra la rivière en dessinant un arc de cercle. Il ratissera ainsi une large zone. On s'arrangera pour le faire passer près des postes où peuvent se trouver des poissons tout en évitant de s'accrocher dans les obstacles. Tout un art ! Tentez également des lancers plein amont en ramenant la cuillère plus vite que le courant afin de la maintenir en rotation.

Le comportement des truites change selon qu'elles se trouvent en rivière ou en lac. Dans ce dernier cas, elles auront tendance à se déplacer à la recherche de nourriture tandis qu'en rivière, la truite devient un poisson territorial ne se déplaçant pas à plus d'un mètre de sa cache pour chasser un intrus ou gober une proie à la dérive. Ainsi, lorsque vous aurez exploré tous les postes disponibles dans un tronçon de rivière ou de torrent, ne vous acharnez pas davantage et déplacez-vous progressivement. La pêche au leurre est une pêche itinérante et non statique !

En cas d'accrochage

Donnez d'abord de brefs petits coups avec la canne. Si vous ne parvenez pas à vous décrocher, n'essayez pas de tirer en courbant la canne. Attrapez le fil devant le moulinet et enroulez 3 à 4 spires autour d'un bout de bois. Positionnez la canne dans la direction du fil tendu et tirez à l'aide du morceau de bois en reculant de tout votre corps. Aucune contrainte ne doit reposer sur le moulinet ou la canne. Tirez jusqu'à ce que le leurre se libère ou jusqu'à ce que le fil casse (protégez votre visage). Si vous en avez la possibilité, changez d'angle avant de tirer sur le fil en vous déplaçant le long de la berge. Cela permet souvent de désaxer l'hameçon et de faciliter son extraction.

Les eaux à brochets

Rivière Kaïtum, Laponie suédoise
Rivière Kaïtum, Laponie suédoise

Une chose fondamentale à savoir lorsqu'on pêche dans les eaux à brochet est qu'il faut équiper votre bas de ligne d'un avançon en acier. Il s'agit d'un fin câble d'acier qui reliera votre leurre au fil de nylon. Il empêchera les dents acérées du brochet de couper votre ligne et vous évitera ainsi de perdre votre leurre et le poisson du même coup.

Le brochet

Brochet

Que l'on soit en lac, en grande rivière ou en fleuve, le comportement du brochet ne changera pas des masses : c'est un carnassier territorial et solitaire. Le plus souvent, il reste immobile à l'affût dans une zone calme proche d'un obstacle (souche immergée, herbier, épave, rocher, branchages, etc.). Le brochet est un chasseur opportuniste : il n'engagera d'attaque que si la dépense d'énergie en vaut la chandelle. Utilisez de gros leurres, animez les lentement le plus près possible de son poste et vous augmenterez vos chances de réussites.
Les « becs » cultivent une grande affection pour les bordures d'où ils guettent le fourrage mais aussi les batraciens, canetons et autres rongeurs peuplant les berges. Le cas de figure classique est celui d'une berge envahie d'herbiers. Munissez-vous alors d'un leurre léger ou flottant équipé d'un système anti-herbe et lancez en plein dedans ou à la limite de l'herbier. Les attaques sont très impressionnantes…
Contrairement aux truites que l'impact d'un leurre sur la surface peut effrayer, le brochet sera plutôt stimulé par une telle perturbation. N'hésitez pas à faire taper bruyamment votre leurre dans les herbiers. Certains poissons nageurs flottants appelés « poppers » sont justement prévus pour produire un maximum de remous en surface.
Les leurres à brochet seront les plus gros que vous aurez dans votre boite : un poisson nageur de 15 cm ne sera pas trop gros, au contraire. Les cuillères tournantes utilisées seront de numéro 3 jusqu'à 5. Dans les grands lacs, en kayak, pensez également à pêcher à la verticale avec de gros leurres souples ou cuillères ondulantes.

Herbier typique à brochet
Herbier typique à brochet

Leurres souples équipés d'un système anti-herbe : la pointe de l'hameçon est cachée dans le leurre

Leurres souples équipés d'un système anti-herbe : la pointe de l'hameçon est cachée dans le leurre

La perche

Perche

C'est un poisson curieux, agressif et grégaire qui devient solitaire en grandissant. Elle se pêche à l'aide de leurres de taille moyenne (cuillères 2 ou 3, petits poissons nageurs…)
Lorsque vous attrapez une perche, décrochez-la et relancez au plus vite au même endroit car le banc est peut-être encore présent !
Notez que la couleur rouge possède un pouvoir d'attraction formidable sur les perches et qu'en général, ce poisson est très sensible aux leurres incitatifs.

Faites jouer la concurrence !

Les poissons se déplaçant en groupe hésiteront beaucoup moins à se saisir de votre imitation que lorsqu'ils sont seuls car la pression du groupe fait que les premiers poissons à attaquer seront les premiers servis. Ce cas de figure est particulièrement vrai pour les perches.

Cas de figure en mer

Depuis le bord

On pourra utiliser grossièrement le même matériel que pour le brochet en eau douce, cela dit, prenez garde à ce que vos moulinets soient traités contre l'oxydation. Dans le cas contraire, ils ne feraient pas long feu face à l'eau salée. Quoi qu’il en soit, pensez à bien rincer votre matériel à l'eau douce après chaque utilisation.

La pêche au lancer/ramener se pratiquera en utilisant des leurres souples, cuillères ondulantes ou poissons nageurs (la cuillère tournante est rarement utilisée en mer). Il est conseillé de vous renseigner au sujet des mœurs des poissons dans la région où vous pêchez car ceux-ci sont très variables. S'il y a du bar, n'ayez pas peur de lancer votre leurre dans l'écume des déferlantes. Utilisez du fil de 30 centièmes au moins. En fait, plus la mer est agitée et les éléments agressifs (rochers, présence de coquillages etc.) plus le diamètre du fil sera important.

lac lapon

Pour beaucoup de poissons, les embouchures de rivières et estuaires sont d'excellents postes, l'apport en nourriture y étant conséquent. Les poissons marins cherchent à en profiter et remontent parfois sur plusieurs centaines de mètres en eau douce (qui est en fait saumâtre). Dans cette situation, le fil pourra être plus fin. Si vous voyagez dans une région à salmonidés migrateurs, ce sera également le moment de tenter votre chance avec les saumons et truites de mer qui commencent à cet endroit leur migration. Privilégiez la marée montante dans ce type de configuration.

Truite de mer prise dans une embouchure de rivière en Norvège
Truite de mer prise dans une embouchure de rivière en Norvège

Astuce

Les accrochages sont fréquents lorsqu'on pêche depuis le bord et la perte de leurres n'est pas rare. Pour y remédier, remplacez les anneaux brisés liant les hameçons au leurre par des petites boucles de fil de pêche d'un diamètre un peu inférieur au diamètre du corps de ligne. En cas d'accrochage, la boucle cédera avant le corps de ligne. L'hameçon sera perdu mais le leurre sera sauf. Songez de ce fait à vous fournir en hameçons de rechange.

Depuis une embarcation

Pêche en mer, morue prise à la dandine en kayak
Pêche en mer, morue prise à la dandine en kayak

La dandine

Veillez à ce que votre moulinet ait une grande capacité de contenance de fil (200 à 300 m). Plus elle sera grande plus vous pourrez pêcher profond. Le principe est le même que pour la pêche à la dandine en lac. Les cuillères seront toutefois plus lourdes faute de quoi, à cause du vent et du courant, il vous sera impossible de leur laisser gagner une profondeur suffisante (parfois plus de 100 m…).40 g est un minimum. N'hésitez pas à monter plus les conditions sont difficiles et la profondeur importante.

La traîne

  • Première solution, la traîne plombée :

Utilisez une canne de traîne légère (canne spécifique très solide) et un moulinet à tambour tournant pour la traîne rempli de fil d'un diamètre de 50 centièmes. Installez une mitraillette à maquereaux (équipée de mouches ou de leurres souples) au bout de laquelle vous fixerez un plomb ou une grosse cuillère ondulante ou tout autre leurre dans le même ordre de masse (300 g à 600 g). La canne de traîne pourra également vous servir à pêcher à la dandine. Il n'est d'ailleurs pas interdit de dandiner une telle ligne lorsque vous êtes à l'arrêt. Cette méthode de pêche permet de cibler les poissons présents en profondeur, mais prenez constamment garde à l'évolution de la hauteur du fond car vous pourriez vous y accrocher.

  • Deuxième solution, la traîne non plombée :

Fixez au bout d'un lancer classique ou d'une canne de traîne légère une mitraillette à maquereaux sans la plomber et laissez-la onduler à quelques dizaines de mètres derrière le kayak pendant que vous pagayez. On peut aussi procéder de la sorte avec un poisson nageur flottant. Il plongera quand vous avancerez et remontera en surface à l'arrêt. Vous pourrez également monter une mitraillette en amont du poisson nageur. En plongeant il se chargera de la faire couler. Une autre alternative qu'il convient de signaler ici est l'utilisation d'une planchette « delta » qui jouera grossièrement le rôle du poisson nageur dans le maintien de la ligne sous l'eau.
La traîne non plombée a l'avantage de se faire oublier car elle n'entrave pas votre progression et prévient les accrochages puisque les hameçons sont près de la surface ou bien remontent lorsque vous vous arrêtez. Mais elle a l'inconvénient de ne concerner que les poissons chassant à de faibles profondeurs, ce qui n'est pas systématiquement le cas : bien que les maquereaux, orphies et bars chassent souvent en surface sous nos latitudes, en Arctique, les morues, flétans et lieus stationneront plutôt au fond. À vous d'essayer et de juger quelle technique est la plus appropriée dans votre cas.

NB :

  • Pour le rangement des lignes de type mitraillette, utilisez des blocs de liège autour desquels vous les enroulerez en prenant soin d'y piquer les hameçons.
  • Pour la pêche à la traîne, il n'est pas indispensable d'utiliser une canne, vous pourrez utiliser des lignes « à main » pour lesquelles seul le bas de ligne est en nylon, le reste de la ligne étant fait d'une longue tresse que vous pourrez manipuler à mains nues.
  • Pensez à bloquer la canne ou à défaut la ligne dans votre embarcation. Si vous traînez avec une canne, réglez le frein du moulinet de manière à éviter que la ligne ne se rompe si un gros poisson venait à mordre brutalement ou si vous restiez accroché.

Question matériel

Notre objectif dans le choix du matériel est qu'il soit le plus polyvalent possible afin de limiter son encombrement ainsi que son poids dans le sac à dos !

La canne

À l'exception des pêches à la traîne plombée, la canne de base sera un lancer télescopique (ou à emmanchement) en carbone ou en fibre de verre. Pour le transport, la canne télescopique présente l'intérêt d'être souvent plus compacte que son équivalent à emmanchement ; d'autre part, les plus petits brins sont à l'intérieur du plus gros brin, le plus solide, et sont du coup assez bien protégés. Notez aussi que les cannes en fibre de verre sont bien plus robustes ; dans le cadre de la randonnée, cela constitue un argument de poids en leur faveur.

  • La longueur ira de 1,70 m à 2,50 m selon les cas :

Depuis le bord, une canne longue permet un meilleur contrôle de la ligne.
Depuis une embarcation, les cannes gagneront à être très courtes.
En torrent, une canne courte sera également plus pratique.

  • La puissance sera comprise dans une fourchette de 2 à 60 g :

La puissance de la canne indique le poids des leurres pour lesquelles elle est optimisée. Lancer des leurres de poids différents sera possible mais moins confortable. On vous conseille d'acquérir une canne de puissance moyenne afin de rester polyvalent. À moins que vous sachiez d'emblée quel type de pêche vous allez pratiquer (truites = faibles puissances, brochet et pêche en mer = grandes puissances)

Lunettes polarisantes ?

Les lunettes polarisantes ont la propriété de supprimer une partie des reflets sur l'eau. Elles peuvent vous aider à repérer des poissons en maraude.

Le fil

Plus il est fin, moins le poisson le voit, mais plus on risque de casser la ligne.
Eaux à truites : on pourra se contenter d'une ligne de 20 à 24 centièmes.
Eaux à Brochets : le fil devra être un peu plus gros, de 24 à 30 centièmes (ceci est dit à titre indicatif car dans l'absolu, on peut très bien sortir un brochet avec du fil de 20 centièmes si on fait preuve de doigté).
Mer : l'abrasion y est forte et les poissons ont souvent une défense assez violente. Sauf exception le 30 centièmes est un minimum. Le 35 centièmes sera souvent plus fonctionnel (dandine et lancer/ramener). À la traîne, les diamètres seront encore plus importants (40 à 50 centièmes).
Note : le fil est également indiqué en kilogrammes de résistance. Sachez que cela n'a pas grand-chose à voir avec le poids maximum des poissons auxquels vous pourrez vous mesurer. Car même si le poisson est gros, le frein du moulinet que vous aurez réglé au préalable se chargera d'amortir ses coups de tête et départs violents. Il vous faudra alors user de souplesse pour « fatiguer » votre prise avant de pouvoir la ramener à vous.

Le nœud de cuillère
Noeud de cuillère

C'est le nœud à connaître : il vous permettra notamment de raccorder votre ligne au leurre ou à l'avançon en acier et bien d'autres choses encore.

Les avançons en acier

Fin câble en acier à placer devant le leurre, il est indispensable si vous pêchez dans des eaux à brochet.

Le moulinet

Moulinet

Moulinet à tambour fixe, mi-lourd ou léger prévu pour la pêche aux leurres (les moulinets à tambour tournant seront utilisés plus spécifiquement pour la traîne).
Les moulinets sont souvent fournis avec 2 bobines. Profitez-en pour en équiper une avec un fil plus gros que l'autre de manière à pouvoir rapidement inter changer le diamètre de votre ligne selon la situation dans laquelle vous vous trouvez. Le remplissage d'une bobine est bon lorsque le fil effleure à peine les bords de celles-ci. Au-delà vous risquez l'emmêlage, en deçà les lancers seront moins efficaces.
Le frein du moulinet : il se règle par une vis micrométrique située à l'avant ou à l'arrière du moulinet. Il déterminera la facilité avec laquelle un poisson déroulera du fil lors du « combat ». Réglez-le ni trop mou ni trop dur. Le cas échéant, votre ligne casserait si vous touchiez un poisson trop nerveux.

Rangement pour le transport

La canne se fixera à merveille à l'aide de sangles à l'extérieur du sac et dans le sens de la longueur de préférence (afin de ne pas gêner les déplacements).

Rangement de canne
Rangement de canne

Pensez à garder le matériel à portée de mains au cas où vous souhaiteriez vous arrêter et tenter quelques lancers durant une pause dans votre étape !

Éthique

En milieu sauvage, la nature a un rythme de renouvellement relativement lent surtout dans les contrées nordiques ou d'altitude. Ainsi, lorsque la pêche est bonne, ne vous comportez pas en consommateur égoïste et limitez vos prélèvements.
Sachez aussi que pêcher ne rime pas systématiquement avec « tuer ». Vous pouvez également relâcher vos prises. Pour ce faire, veillez à écraser les ardillons de vos leurres, évitez les hameçons triples, et, si possible, ne sortez pas vos prises de l'eau. S'il faut les toucher, mouillez-vous les mains au préalable afin de ne pas leur ôter leur précieux mucus, barrière contre les infections.

Un petit mot sur la pêche à la mouche


Pêche à la mouche
Pêche à la mouche

Peut-être qu'évoquer cette pêche vous rappelle-t-il le film « Et au milieu coule une rivière » de Robert Redford ? Outre l'esthétique du lancer spécifique à cette pêche et superbement mis en scène dans ce film, le « moucheur » se doit aussi de cultiver l'harmonie avec le milieu naturel. En effet, la pêche à la mouche consiste à proposer aux poissons des imitations d'insectes confectionnées par les soins du pêcheur à l'aide de divers plumes et poils d'animaux. Le sens de l'observation et la connaissance du milieu y sont primordiaux. Cette technique s'accommode également très bien au voyage nature. Le seul « obstacle » à sa mise en pratique est l'apprentissage du lancer qui requiert qu'une personne vous encadre dans vos premiers pas. On ne peut s'étendre beaucoup plus à ce sujet dans cet article mais je vous encourage à vous y intéresser !

Conclusion

Mieux vaut savoir se remettre en question et c'est particulièrement vrai en matière de pêche : il n'existe pas de recette miracle alors interrogez-vous, ayez des intuitions et testez-les ! Ne vous entêtez pas à pêcher avec un leurre X si manifestement cela ne fonctionne pas : changez ! Il y a beaucoup de paramètres à faire varier : profondeur de prospection, forme et couleur du leurre, animation, lieu… les combinaisons sont infinies. Car contrairement à une croyance largement répandue, le succès en matière de pêche ne se calcule pas en termes de probabilités : il faut savoir lancer le bon leurre au bon endroit et au bon moment…

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une bonne pêche !

Norvège

Commentaires
posté le 22 sept. 2015
Anonyme
super merci pour ses trucs et conseils
Invité (utilisateur non inscrit)