Espresso, 52 semaines en montagne

par Johanna dans Livres et DVD 12 juin 226 lecteurs Soyez le premier à aimer ! : Soyez le premier à commenter share(partager)

Espresso
52 semaines en montagne

Cédric Sapin-Defour

 

Plaisir des coins de pages cornés
Qui guident l'esprit vers une pensée
Sans qu'il n'en formalise l'idée
Mais qui se laissera porter
Vers un peu plus de légèreté.

Il y en a quelques-uns des coins de pages cornés sur mon exemplaire d'Espresso ! Voilà des mois que je l'ai dévoré et que je le rouvre régulièrement pour picorer, une chronique dans son intégralité ou un passage que j'ai particulièrement apprécié. 
Ceux qui ont déjà leur rendez-vous hebdomadaire avec l'Espresso du lundi - petit café à la main ! - connaissent sans doute déjà cet ouvrage (sinon, il n'est pas trop tard pour se le procurer !), les autres, je vous invite à le découvrir !
L'auteur, écrivain et alpiniste sincèrement épris de montagne, livre chaque semaine un billet d'humeur qui se lit aussi aisément que se déguste un bon café ! Corsé, léger, doux, gouteux, parfois amer, mais toujours profond et savoureux.
Ces Espresso ont la montagne pour cadre, mais on remarquera combien elle est souvent une belle métaphore de la vie. Et c'est ce qu'on aime dans les Espresso de Cédric, ces réflexions soulevées sur nous-même(s) - individuellement et en tant qu'humain, notre rapport à l'autre, à l'ego, à la montagne et aux "montagnes" de l'existence, à la nature, notre environnement et notre planète, à nos loisirs, à la vie en général... Amusé, approbateur, ébranlé, attristé, enchanté, mais rarement indifférent, le lecteur termine souvent un Espresso avec l'envie d'un autre, mais en prenant le temps... Celui de l'introspection, l'observation, la réflexion, en montagne ou ailleurs !

Merci Cédric pour ces pensées, à déguster tout au long de l'année !


Éd. Guérin Paulsen. 309p. 12x17cm. 15€
Recueil de 52 semaines d'Espresso !
À noter que chaque lundi, l'Espresso de la semaine est disponible sur Alpine mag.

[Recension par Johanna]
 

Bien vu, bien tourné, second degré, bien dit, joliment dit... Voici quelques extraits.

- Un penchant pour le ciel (p. 197)
« [...] Je l'observe et jamais il ne penche.
Le ciel.
Et pourtant. Lorsque je regarde les photos de montagne, de haute surtout, il penche. Le ciel. Les nuages, l'horizon, tout penche. Les montagnes aussi, tours de Pise complices à leur insu d'un regard tordu. Pourquoi diable ce penchant ? On le devine, Pour que la pente soit encore plus pentue, pour que le vide se creuse encore, qu'il s'invente s'il le faut, pour que le vertige s'invite, étourdisse et que les spectateurs s'inclinent. Waouh !
On se sait plus présenter la montagne autrement. L'a-t-on jamais su ? Il fait du raide, du rude et les strass du stress. Il faut de l'exploit [...]
De tous les responsables, les plus coupables ne sont pas à chercher bien loin. Ils sont nous-mêmes. Pas un compte-rendu de course, pas un bout de blog, pas un post Facebook sans placer en tête de gondole l'image la plus raide, la vidéo la plus fuyante, celles qui convoqueront les waouh, les bouches bées et les pouces levés. La logique des gonades impose son point de vue quitte à faire pencher ce ciel au point de craindre qu'il nous tombe sur la tête. Une fois ce cadre renversant mis en place, une fois difficulté et vertige suggérés, alors on ira de notre couplet sur la candeur et la normalité de l'entreprise du jour. C'était cool. Mais e était bien assurés que la photo aura fait frissonner, nous savons le contraste à notre avantage? Puis nous écrirons que c'était beau faisant mine d'oublier comme c'était dur. [...]
»

- Rang d'honneur (p. 281)
« L'été qui se termine a ce charme du métissage. Sur un même sentier de montagne, au même instant, se croisent des genres bigarrés. Des grimpeurs allant grimper, des alpinistes revenant de la nuit, des parapentistes prêts à l'envol, des cueilleurs gourmands et des marcheurs... qui marchent.
Il n'y a rien valant moins qu'un classement des mérites, il n'y a pas plus stérile que le cloisonnement et la comparaison des pratiques mais  tout de même, que ces randonneurs sont admirables. Ils m'éblouissent. Profondément.
[...] Leur marche gratuite me fascine. Ils s'y plient ni par défaut ni par dépit. Elle est leur temps plein, elle n'est qu'un bout du nôtre, elle est leur objet, notre moyen.  [...] »

- Lettre à Madame la Mort (.p 287)

« Madame la Mort,
Je me permets de vous écrire afin de vous faire part de mes questionnements, parfois de mes incompréhensions, relatifs à votre mode de fonctionnement ?
Sauf erreur de ma part, il me semble que vous soyez active, pour ne pas dire zélée, auprès de l’univers de la montagne et de ses représentants et ce, depuis que les Hommes se sont mis en tête de gravir les sommets pour le seul plaisir de le faire.
[…] Toutefois, je m’autorise un doute. Ne seriez-vous pas, Madame la Mort, influencée par cette espèce de croyance absurde qui voudrait que mourir dans et de sa passion soit la plus enviable des fins ? J’ignore qui vous a soufflé cette idée, pour sûr des personnes tout à fait fréquentables mais dont le défaut majeur semble d’être vivants. Lorsque nous sommes envie, nous les humains portons en nous un tas de certitudes sur la mort et les exprimons volontiers alors que nous maitrisons finalement assez peu le sujet.
[…] S’il vous faut impérativement un quota de pertes par année, je mets à votre entière disposition uns lite de gros cons, assez fournie et en perpétuel renouvellement.  [...] »

Espresso, 52 semaines en montagne
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