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Les grands principes de la Marche Ultra Légère
- Se concentrer sur l'essentiel
Premier principe : ne prendre que l'essentiel (le vrai !), éviter les gadgets inutiles, les éléments de confort dont on peut se passer… Le minimalisme prime. Il s'agit là de (re)définir ce qui est vraiment essentiel même si chacun aura sa propre définition. Cela implique de bien réfléchir à ce qui sera vraiment utile durant la marche, sans perdre de vue que la première source de plaisir (en tout cas pour la plupart des gens !) est de jouir du paysage et de se retrouver en pleine nature, et que pour cela, il suffit de ses yeux... Plus simplement : « porter pour voyager et non voyager pour porter ». Bon d'accord, il faut aussi dormir, manger et ne pas se geler ! Le MUL va essayer de combler ces besoins de la manière la plus épurée possible.
- Repenser les grands classiques
L’idée est en fait de dépasser ces barrières mentales qui font de la randonnée traditionnelle une discipline où le matériel ne doit pas porter à discussion. Puisqu'ils s'en prennent aux grands classiques, certains des concepts sont forcément controversés comme toute évolution. À tort ou à raison – il est difficile de le dire, tout dépend du type de voyage.
Voici donc un grand classique : "Pour dormir, il faut avoir une tente". Oui mais c'est lourd ! Comment faire sans ? Avec une bâche (dans le milieu on dit tarp). Un tissu en nylon enduit de silicone (le Silnylon) permet de fabriquer des abris très légers (de l'ordre de 300g à 800g suivant sa construction et le nombre de personne qu'il doit abriter) et étanches. L'abri ne sera donc qu'un simple toit ; on pourra placer sous le tapis de sol, pour s'isoler un peu plus de l'humidité du sol, une petite bâche de quelques grammes seulement (une pièce de Polycryo de 240x80cm pèse 36g. À notre connaissance, le Polycryo (sorte de film plastique usiné en couche) n'est disponible que via le site américain www.gossamergear.com). Bien entendu, cette approche peut se discuter. En effet, quoi de mieux qu'une tente pour supporter de fortes intempéries ? C'est vrai, mais la solution tarp offre déjà une bonne protection pour un poids très réduit, et permet de faire face à pas mal de situations (celles que rencontrent la majorité des marcheurs). Pour les milieux ou conditions extrêmes, on partira toujours avec une bonne vieille tente ; il en existe maintenant de très légères. Le tarp offre l'avantage de pouvoir facilement se régler pour s'adapter à la situation : placé au ras du sol pour les conditions difficiles (froid, vent, pluie), bien au-dessus quand il fait chaud et sec. Quid des bêtes rampantes et volantes ? demanderez-vous. Dans les zones sensibles, le MUL pourra se munir d'une moustiquaire de tête voire complète suivant les régions. Dans les zones « compatibles », on pourra utiliser la solution hamac + bâche + moustiquaire si besoin (eh oui on insiste mais on adore cette solution de bivouac légère et confortable).
Un autre grand classique est la sacro-sainte chaussure tige haute, bien lourde, qui, en tant que pièce la plus en mouvement de notre corps, a pourtant tout intérêt à être légère. Le MUL marchera avec des chaussures légères, tiges basses (type raid ou trail). La cheville est d'autant moins exposée que le MUL marche léger. Les pratiquants de trail ne courent pas en chaussures tiges hautes et parcourent pourtant des distances parfois énormes sur des terrains accidentés, en courant de surcroît, comme quoi la tige haute n'est pas forcément incontournable.
- Savoir bricoler, bidouiller, imaginer…
Les solutions du commerce ne sont pas encore adaptées à cette nouvelle catégorie de marcheur (les anglo-saxons proposent cependant de plus en plus de produits spécifiques). Les MUL détournent donc pas mal de produits de leur usage d'origine. Le sac à dos, par exemple, n'a pas besoin d'être blindé, de contenance supérieure à 70 ou 80 litres, et avec un système de portage magistral, puisque le MUL n'a sur le dos que quelques kilos (il évite ainsi de se porter les presque 3kg du seul sac…). Il choisira donc un sac à dos très léger, typé raid. Ensuite, il va l'améliorer (ce qui consiste en général à enlever le superflu). Au bilan, il aura un sac de faible à moyen litrage (entre 20 et 40L) qui pèse entre 200 et 800g (un peu plus pour des usages plus extrêmes et longs). De même, le tarp sera en général cousu par son propriétaire (quelques sites d'artisans proposent des tarp déjà prêts, voir l'encart « Sur le net »).
- Savoir faire d'une pierre plusieurs coups (principe de non-redondance)
Les nomades mongols ont une longue veste, la deel, qui leur sert aussi de sac de couchage les nuits passées dehors. L'idée ici est de ne pas multiplier les équipements redondants. Par exemple, les bâtons de marche serviront de structure pour le tarp. Certains utilisent leur poncho comme tarp ; il est agréable que le poncho soit dans ce cas un peu plus grand qu'à l'accoutumée. Pour avoir l'objet idéal, un petit peu de couture peut s'avérer utile (pour les fainéants Six Moon Designs propose un produit intéressant, voir www.sixmoondesigns.com/shop/shopexd.asp?id=45). De même dans le registre de la cuisine : la popote servira de bol et ainsi de suite…
- Bien dimensionner
Qu'il s'agisse de la nourriture ou des autres produits consommables, le MUL calculera ses besoins exacts avec une marge de sécurité mais pas plus. Il faut donc trouver de petits contenants pour les épices, le sel, le dentifrice (pour ceux qui en prennent ; voir ci-dessous), le combustible pour le réchaud, etc.
- Penser global
Gagner 20g de-ci de-là peut paraître bien futile mais si on allège de 10% à 20% chaque objet, on aura 10% à 20% de moins sur le dos, ce qui représente un gain de 1 à 2 kg pour 10 kg de matériel.
- Avoir une hygiène régulière en évitant les artifices
Oublier les déodorant et autre dentifrice ; apparemment, se brosser les dents sans produit est suffisant pour combattre les caries. Les rechanges seront limités au strict minimum. On aura en général un seul ensemble de sous-vêtements de rechange (slip, chaussettes, t-shirt). On organise une rotation en lavant et faisant sécher ceux qu'on n'a pas sur soi (jusque là c'est assez logique) et si possible on se lave plus souvent, ce qui, finalement, n'est pas un mal.
- Ne pas céder à certaines sirènes de la consommation
Par exemple les gourdes en métal ou plastique épais sont avantageusement remplaçables par une simple bouteille en plastique ; les bouteilles de soda sont très légères extrêmement résistantes et aisément remplaçables. De même, on trouvera des produits du commerce, qui ne sont pas destinés à l'outdoor (donc potentiellement pas très chers ), que l'on détournera pour un usage MUL.
- Se servir de la technologie
On peut déjà réduire énormément le poids en bricolant et en ne prenant que l'essentiel, mais parfois la technologie s'avère utile. Par exemple, le titane permet de gagner des grammes sur la popote et le couvert (j'ai failli écrire les couverts...). De même pour les sardines servant à maintenir le tarp (on peut s'en procurer un lot de 10 pour moins de 15 € sur internet (encart "Sur le net"). Les nouveaux tissus techniques intéressent beaucoup les MUL. En effet, on a maintenant des sacs de couchage, des coupe-vent, etc. avec des enveloppes en Pertex (normal, quantum ou dry) ; ce tissu est extraordinairement léger et tout de même résistant ; de plus, suivant la version, il est étanche à l'eau (mais les escarbilles échappées d'un feu y font de très jolis trous…). On a donc des petits coupe-vent avec capuche pour… 85g !, des sacs de couchage garnis de duvet avec une température de confort de 0°C pour quelque 700g, etc.
- Etre soigneux
Une partie du matériel léger est plus fragile, il faut donc y faire plus attention. Mais c'est surtout la quête extrême du moindre gramme qui peut impliquer la fragilité, on peut être MUL sans faire de concession à la robustesse du matériel.
- Optimisation du sac à dos
À titre d'exemple, voici la solution retenue par Pierre, le MUL de www.randonner-leger.org, qui nous a fourni beaucoup d'informations pour réaliser ce dossier. Si elle est un petit peu extrême et n'a de sens que dans le cadre de la recherche du moindre gramme – beaucoup de poids se gagnant ailleurs, avant d'attaquer le sac –, elle mérite d’être mentionnée. Pierre possède un sac Vaude de 25 litres dont il a enlevé le rabat sommital (très peu de volume apporté par le rabat en regard de son poids). Il n'a pas de problème au niveau de l'étanchéité car il protège de toutes façons (rabat ou pas) son sac par un poncho en cas de pluie (principe de non-redondance). Pierre a aussi retiré les petites fioritures jugées inutiles comme les bandes de confort du dos du sac. Il a raccourci les sangles ; pour cela, il charge le sac au maximum de son volume puis règle les sangles, tous les bouts de sangles qui dépassent encore sont alors coupés. Au bilan son sac pèse 260g, soit quelque 110g de moins que la version originale déjà très légère. La structure du sac (sa rigidité) est apportée par le tapis de sol que Pierre plaque contre les parois internes du sac (encore une fois, c'est le principe de non-redondance qui prévaut : le tapis de sol, que l’on portera dans tous les cas, remplace les bandes de confort pour rigidifier le sac).
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