Carnets Aventures
 

la Mongolie à pied, à vélo et à cheval

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Écrit par Johanna   
25-08-2007
Index de l'article
la Mongolie à pied, à vélo et à cheval
Entrée en matière difficile
Adaptations
Hospitalité
Nomade chez les nomades
Vers le nord et le lac Khövsgöl

Nomades chez les nomades

Nous marchons, pédalons ou chevauchons chaque jour à travers des paysages qui – même à la faible allure à laquelle nous parcourons ce grand pays – ne nous paraissent pas monotones. Nous avons choisi un itinéraire sud-nord nous permettant de traverser les différentes tranches géo-climatiques du pays ; c’est réussi. Au sud, la zone du Gobi nous présente de belles dunes au bord desquelles serpente une rivière qui ne sortira jamais du désert, ainsi qu’une steppe aride où il fait plutôt chaud. À Uliastay, nous assistons au Naadam, la fête nationale qui mobilise la population pour des festivités regroupant tournois de lutte mongole, de tir à l’arc et de courses de chevaux auxquelles participent des adultes mais aussi des enfants très jeunes et légers effectuant plusieurs kilomètres de galop effréné sur des montures préparées tout spécialement depuis des semaines.

MONGOLIE nadaam naadam fete nationale MONGOLIE Coucher de soleil
Fête du Nadaam et coucher de soleil

Seuls dans les montagnes

Au nord d’Uliastay, nous traversons une région de montagnes très vertes. Prévoyant de rejoindre un peu plus loin Anne et une partie de nos affaires, nous nous engageons à trois et à pied à travers ces montagnes. Afin que Sébastien ne rate pas son avion de retour à Ulaan Baatar, nous devons rejoindre le village de Ider en 6 jours maximum ; nous l’estimons atteignable en 3 journées de marche. Nous nous allégeons au maximum pour ces quelques jours, ne prenant qu’une tente 2 places et pas de réchaud – nous prévoyons de faire du feu et de nous ravitailler dans des yourtes –, des pâtes et du riz, quelques biscuits et fruits secs.
Nous quittons les nomades chez qui nous avons assisté à un mini Naadam (souvent, comme certains membres des familles se sont rendus en ville pour les cérémonies officielles, un second mini Naadam rassemblant toutes les familles d’une même zone a lieu un peu plus tard) en commençant par franchir une importante rivière grâce à l’unique pont de la vallée. Des pluies torrentielles s’abattent sur nous dès le soir, nous forçant à nous entasser à 3 dans la tente (tête-bêche cela passe plutôt pas mal), à réduire notre repas à 1 biscuit et demi chacun accompagné d’une petite poignée de fruits secs (pas moyen de faire du feu) et nous coupant toute retraite : nous apprendrons plus tard par Anne que le pont s’est brisé quelques heures après notre passage suite aux crues. Celles-ci sont bien notre problème : nous constatons le lendemain de cette première mauvaise nuit que trop de rivières sont infranchissables. Nous sommes forcés de revoir complètement notre itinéraire. Nous devons quitter les « axes » (piste où passent quelques personnes chaque jour et au bord de laquelle vivent des nomades) pour une marche hors sentiers à travers les montagnes, pendant laquelle nous ne croiserons pas âme qui vive, pas un troupeau, même pas une vieille bouse séchée ! Juste les nombreux petits « chiens de prairie » qui courent d’un terrier à l’autre, et plusieurs perdrix peu farouches que nous imaginons volontiers rôties et sur lesquelles nous jetons parfois nos bâtons, sans résultat.

MONGOLIE rivière en crue MONGOLIE trek
A gauche : la rivière en crue nous coupe la route
A droite : progression à l'azimut

Bien souvent, la pluie nous empêche de cuire un repas et nos faibles réserves de biscuits et fruits secs s’épuisent vite. Sous-alimentés et sous la pluie, nous continuons, objectif avion de Sébastien oblige. Nous sommes contraints de remonter des vallées afin de pouvoir traverser les rivières plus en amont. De plus, nous progressons souvent dans des terrains difficiles – marécages, chaos de gros blocs, flancs de rivières très raides – et lorsque notre moyenne tombe à 1 km/h, nous nous demandons si nous rendre à Ider sera possible dans les temps… voire même si cela sera possible tout court !
La sensation d’isolement est grande, et pourtant nous sommes 3, nous ne sommes qu’à quelques jours des premières yourtes, et nous n’évoluons pas dans des conditions extrêmes. Nous entrevoyons alors de loin l’isolement, l’engagement et la solitude extrêmes que peuvent vivre certains aventuriers à la Mike Horn par exemple. Alors que nous échangeons nos pensées à ce sujet, nous franchissons un col quelques minutes à peine avant que des orages violents n’assaillent la zone. Nous descendons vite vers le fond d’une vallée du bout du monde, éclairée par instants de dizaines de milliers volts illuminant un ciel plombé et conférant au lieu une atmosphère bien étrange. Encore des trombes d’eau et seulement 1 biscuit au menu de ce soir.

MONGOLIE traite d'un yack MONGOLIE vêtement traditionnel mongol : la deel
A gauche : traite de yack
A droite : Joh pose avec les habits traditionnels mongols. Accueil exceptionnel dans cette famille

Enfin, le lendemain dans l’après-midi apparaissent des troupeaux : les hommes ne sont pas loin. Les familles des deux yourtes que nous apercevons peu après, au soir de cinq longues journées de marche, nous accueillent comme des princes, les deux femmes se disputant amicalement le plaisir de nous offrir de la nourriture, si bien que nous dégustons un énorme dîner à rallonge et un double petit-déjeuner le lendemain matin. Nous nous essayons à la traite des yacks mais nous ne sommes pas doués ! Elles ont le coup de main ces femmes, « flik, flik, flik » le seau se remplit vite ! Les enfants sautent sur les yacks comme s’il s’agissait de peluches inanimées ; nous admirons leur témérité nous qui, une heure avant d’atteindre les yourtes, avions fait un large écart pour éviter le troupeau et notamment les grands mâles aux cornes imposantes ! Le soir, nous leur expliquons comme nous pouvons notre périple, sur la carte – mais ils n’ont pas une idée très globale de la géographie de leur pays – mais surtout grâce à l’écran de l’appareil photo numérique qui nous permet de leur montrer les clichés des jours précédents, et bien entendu de se livrer ensemble à des séances photos ludiques qui finissent en franche rigolade. Les femmes se parent de leurs plus belles robes et m’habillent avec l’une d’elles. Nous posons fièrement au bord de la rivière, le sourire aux lèvres. Un des jeunes enfants s’amuse comme un petit fou avec l’appareil numérique, « mitraillant » gaiement tout ce qui bouge et riant aux éclats des clichés obtenus ; celui de la maman grimaçant en gros plan déclenche un fou rire général ! Le temps passe autrement ici.



 
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