Edito du Hors-série Voyage Ecologique
Plan B
Un joli projet… nous avions un très joli projet pour l’hiver
2007-2008.
Nous devions nous rendre en Patagonie pour effectuer une
traversée du continent, de l’océan Pacifique jusqu’à l’océan Atlantique en
franchissant la Cordillère des Andes. Nous serions partis côté chilien, aurions
marché vers l’est, vers l’Argentine, en transportant chacun un mini-raft
gonflable accroché au sac à dos. La cordillère franchie, nous aurions gonflé
nos rafts et nous serions laissés descendre le long d’un fleuve nous amenant
jusqu’à l’Atlantique. 800 km de nature en utilisant plusieurs moyens non motorisés.
Joli n’est-ce pas ? Nous avions tout préparé pour ce trip. On nous prêtait
les mini-rafts et les pagaies ultralégères démontables en 4 brins. L’itinéraire
avait été étudié. Deux autres coéquipiers devaient faire le voyage avec nous,
nous étions super motivés. Bref tout roulait.
Oui mais pour aller en Patagonie, il faut prendre l’avion.
Un soir, sur Google Earth, je trace négligemment un trait entre la France et la
Patagonie chilienne et je lis 13.000 km ! Soit 26.000 km
aller-retour. Et alors là, ma conscience a commencé à me titiller. À la
rédaction, nous sommes informés, même très bien informés sur les problèmes à
venir de la planète, la grande crise énergétique qui nous attend et ses
conséquences désastreuses, car, depuis longtemps, nous lisons de nombreux
bouquins relatifs à ce sujet. Alors sensibilisés que nous sommes, nous avons
fait des efforts. Mais pour nous, l’avion est presque un outil de travail, même
si nous essayons de l’utiliser avec parcimonie (je n’ai pas pris l’avion depuis
2005, ce n’est quand même pas si mal pour un rédac chef d’un mag de voyage).
Mais pour ce projet-là, il fallait le prendre sur 26.000 km… La conscience
a continué à faire son boulot. Nous sommes allés sur un site Web pour calculer
notre empreinte écologique, et là, nous avons vu qu’avec ce trajet, nous
explosions notre bilan carbone annuel (multiplication par un facteur supérieur
à 2).
Alors nous avons cherché des raisons d’y aller quand même…
Nous avons regardé les sites de compensation carbone, nous nous sommes dit que
c’était pour notre boulot, et puis aussi qu’avec ou sans nous, on le brûlerait
jusqu’à la dernière goutte ce pétrole, que l’avion partirait quand même sans
nous et que, de toute façon, la vie sur la planète disparaîtra quand le soleil
s’éteindra. En somme, nous avons cherché et trouvé tout un tas de mauvaises
bonnes raisons. Mais la conscience était toujours là et nous nous sommes dit
que, vu que l’on sait, et parce que l’on sait, si nous ne changions rien, nous
serions des salauds. On reproche aux Américains de ne pas vouloir changer leur
« way of life », mais quand il s’agit de nous, qu’il est difficile de
se remettre en question ! Notre conscience, têtue comme une mule, à force
d’assauts répétés a fini par nous faire abandonner ce projet et en a
naturellement fait naître un autre…
Cet autre projet, il s’est réalisé et il est entre vos
mains : il s’agit de ce hors-série que nous avons concocté au lieu de
marcher et de pagayer au milieu des sauvages étendues patagonnes…
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