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Portrait Sylvain Tesson

Sylvain Tesson
Voyageur écrivain

Article complet dans Carnets d'Expé N°2

Sylvain Tesson,

Sylvain TessonPhoto Thomas Goisque

32 ans, géographe de formation, membre du comité directeur de la Société des Explorateurs Français, Sylvain Tesson est un écrivain-voyageur. Récits et beaux livres relatifs à ses expéditions, fictions inspirées de ses voyages, recueil de dessins humoristiques, Sylvain prend régulièrement sa plume.
Son dernier recueil de nouvelles Les jardins d'Allah vient de paraître aux Editions Phébus. Dans ces fictions se passant en Orient, Sylvain pose sur les contradictions de notre drôle de monde un regard plein de compétence, d'indulgence et d'humour. Biblio complète
Ecrivain, Sylvain est aussi un grand voyageur. Ses principales expés sont :
1991 : traversée du désert central d'Islande à vélo
1993-1994 : tour du monde à vélo avec Alexandre Poussin, suivi du livre On a roulé sur la terre (Robert Laffont, 1996) pour lequel ils obtiennent le prix jeune de l'IGN.
1997 : traversée de l'Himalaya à pied avec Alexandre Poussin, 5 000 Km en 6 mois du Bhoutan au Tadjikistan. Sylvain et Alexandre ont publié sur ce voyage : La Marche dans le Ciel (Robert Laffont, 1998) qui obtient le prix des Explorateurs de la Société de Géographie, et Himalaya, visions de marcheurs de cimes (Transboréal, 1998).
1999 : traversée de l'Asie centrale à cheval avec Priscilla Telmon, 3 000 Km en 5 mois d'Almaty (Kazakhstan) à la mer d'Aral, suivie des ouvrages : La chevauchée des Steppes (Robert Laffont, 2001) et Carnets de steppes (Glénat, 2002).
2001 et 2002 : expéditions archéologiques au Pakistan et en Afghanistan.
Avril 2002 : Sylvain accompagne en Afghanistan l'association Noor qui crée des écoles dans ce pays où les structures éducatives manquent cruellement. Afin de faire connaître et d'encourager cette initiative, nous consacrons à Noor un encadré dans Carnets d'Expé.
Mai 2003 – Janvier 2004 : de la Sibérie à l'Inde, 9 mois sur les traces des évadés du goulag.

Communiquer sur ces expés, via des livres et des conférences, est important pour Sylvain. Faire rêver les autres, les inciter à passer à l'action lui apporte une grande joie.
Voir la liste complète de ses ouvrages

Bref retour sur chacune de ses grandes expés

Toute expé laisse au voyageur une multitude de souvenirs. Sa personnalité, ses désirs évoluent en fonction des émotions, des aventures, des rencontres effectuées lors de chaque voyage. Sylvain nous livre en quelques mots ce que lui a apporté chacune de ses grandes expés.

Tour du monde à vélo  : "J'avais 20 ans lors de ce voyage qui m'a confirmé que c'était une vie de voyageur dont j'avais envie !". Sylvain évoque notamment sa découverte du rythme nomade et le plaisir qu'il y trouve : "j'aime la relative diversité que t'apporte le fait de te déplacer tout le temps ! Le plaisir de te déplacer à la fois lentement et par ton effort personnel." Ce dernier point est assez important pour Sylvain qui fait référence à l'expression employée par les alpinistes anglais : grimper une montagne "by fair means". Il aime appliquer cette formule, que l'on peut traduire ainsi : "par des moyens honnêtes ou équitables", au voyage désignant ainsi un déplacement sans engin motorisé : à pied, à cheval, à vélo, en kayak…

Marche en Himalaya  : au cours de ce voyage, Sylvain renforce son amour pour cette région de la haute Asie. Il aime sa géographie de l'immense, ses paysages d'une beauté folle, ses peuples au caractère très fort, sa culture nomade. Voyageant avec extrêmement peu d'équipement et de vivres, Sylvain et Alexandre (Poussin) sont accueillis et nourris par les autochtones tout au long de leur périple. A posteriori Sylvain en retire une certaine gène : celle d'être en quelque sorte un "squatteur, un pique-assiette". Même si, évidemment, les repas qui leur ont été offerts – avec un immense plaisir d'ailleurs - lors de leurs étapes d'un soir, n'ont jamais mis en péril les réserves alimentaires de leurs hôtes, Sylvain décide de ne plus partir dans le même esprit à l'avenir. Il continuera de profiter de la joie et des échanges provenant de l'accueil des habitants, mais ne fera pas de cette hospitalité son moyen de ravitaillement.

Les steppes d'Asie centrale à cheval  : peut-être sa plus belle expé ! Il y a découvert l'immense plaisir de se déplacer avec des animaux : plaisir des liens noués avec les chevaux et sens écologique qu'ils apportent au voyage. Le cheval permet de s'intégrer dans l'environnement et la culture d'un pays cavalier. Contrairement à l'alpinisme ou au vélo par exemple, l'aventurier ne contrôle pas tout : c'est sa monture qui commande et impose le rythme. C'est là que Sylvain a commencé à ne plus avoir besoin de la rencontre de l'homme : "ce n'est pas que je ne suis plus humaniste, mais je ne voyage plus avant tout pour rencontrer les autres".

Pendant ce voyage, il a par ailleurs grandement apprécié la compagnie de Priscilla (Priscilla Telmon, qui partageait alors sa vie) : il évoque la complicité au sein du couple, mais également l'ouverture qu'apporte le fait de voyager avec une femme. En effet, dans des pays où les étrangers sont rares et où la femme vit assez en retrait, un couple – cette cellule universelle qui rassure - est mieux accueilli qu'un (ou plusieurs) homme seul, et la présence de Priscilla leur a souvent ouvert quelques portes sur le monde féminin.

Sur les traces des évadés du goulag, les chemins de la liberté  : alors qu'auparavant il craignait la solitude, ce voyage – effectué seul – lui a appris que non seulement il ne la craignait pas, mais qu'il en appréciait certains aspects : "j'ai vécu une solitude douce et fertile, enrichissante, agréable". Elle lui a permis de beaucoup penser au destin de ces nombreux évadés, dans les traces desquels il a cheminé 9 mois durant. La solitude donne en effet le temps et les occasions propices à la méditation. Cependant, Sylvain ne part pas pour se connaître lui-même, ses voyages “ne sont ni une fuite, ni une thérapie”, il préfère "regarder ce qui se passe dehors plutôt que dedans". La réflexion sur les autres, sur l'environnement, sur le monde, fait naturellement évoluer celui qui s'y adonne.

A la fin de ce petit récapitulatif, Sylvain évoque un point qui paraît assez important : tous ses voyages lui ont aussi appris que, pour lui, le bonheur passe par l'action: il n'attend pas d'être heureux pour agir, mais le devient en agissant. Sûrement un point à méditer pour nous tous… une aide pour trouver ce petit coup de pouce qui permet de faire tomber les obstacles qui se dressent devant un projet. Ce petit coup de pouce qui fait passer à l'action !