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Suivi Monde pour ...


Le Monde Pour Terrain de Jeux
Suivi N°1

Volet 1, Madagascar ou la "MAD'AVENTURE"

Texte et photos : Anne Rousselet et Frédéric Boonaert.

cirque rouge

Le départ était annoncé de puis plusieurs mois (voir carnets d'expé n°2), Anne et Fredo sont partis au début du mois d'août 2004 pour un voyage d'aventure original intitulé « Le monde pour terrain de jeux ». Première destination de ce projet multi activités, Madagascar où pendant 5 semaines ils ont sillonné principalement à pied le nord de l'île à la découverte d'une terre à mi-chemin entre Afrique et Asie, offrant une variété de paysages authentiques et révélant un peuple attachant et d'une grande générosité. Extraits de leur carnet de voyage.   

LAVACHE QUI RIT

Quel que soit notre avis à ce sujet, la mondialisation peut avoir des effets plutôt… humoristiques. Ainsi au détour d'un ruisseau, dans un endroit plutôt peuplé de zébus, nous avons rencontré une famille de cinq enfants et de leurs parents qui venaient prendre de l'eau comme chaque jour pour ensuite remonter sur leurs terres, un peu plus loin dans la savane.

Communication délicate, on se fait des grands sourires, et nous essayons les quelques mots de malgache appris auparavant, et eux les deux trois mots de français qu'ils connaissent lorsqu'un zébu se fait entendre, et le chef de famille de nous regarder en déclarant : "c'est la vache qui rit !" -Eclat de rire général- Cette petite phrase résonne désormais dans notre tête chaque fois que nous entendons un zébu.

NOSY KOMBA, ENFER OU PARADIS ?

Il y a des lieux comme ça, qui dégagent une ambiance particulière, presque mystique, nosy Komba fait partie de ceux là. La côte nord-ouest de Madagascar présente une succession d'îles, nosy en malgache, dont la plus connue (et la seule finalement) est nosy Be.
Notre choix c'est alors porté sur un bout de terre de 6km de long sur 4 de large, qui à la particularité de n'avoir aucun chemin côtier. En effet il s'agit d'un ancien volcan de 500m de haut posé au milieu de l'eau qui, lorsque l'on veut passer d'un village à l'autre nécessite d'en gravir le sommet.
Qu'à cela ne tienne, nous accostons, et décidant de poser notre campement où bon nous semblera, nous entamons notre ascension chargés de nos lourds sacs à dos. Mais les lieux (dieux ?)   en avaient décidé autrement. Au bout de quelques kilomètres d'un chemin fortement accidenté à travers la jungle, nous n'étions plus aussi sûrs de nous, et surtout sans savoir par où passer.
Suite à une pose bien méritée, la nature à définitivement repris ses droits, lorsque Fredo en tête se retrouva face à une masse soulevant les feuilles dans un vacarme de tous les diables : un serpent de 2m de long (sans rire !) qui resta posé juste à quelques pas…cette frayeur fit déborder le vase de notre hésitation à poursuivre cette aventure.
Cette terre était vraiment trop hostile, nous redescendîmes avec l'idée de trouver quelqu'un pour nous accompagner. L'envie de découvrir un lieu ne suffit pas à percer ses mystères, il nous fallait tout reprendre à zéro.
Installés chez madame Donia, nous avons alors fait la connaissance de Yvonne, se proposant pour le lendemain de nous emmener pour la journée.
Libérés de nos gros sacs, et surtout avec ce vigoureux petit bout de femme parlant parfaitement français, l'enfer c'est alors transformé en jardin d'eden.
Ce fut un feu d'artifice de plantes, fleurs, fruits, odeurs, couleurs, Yvonne montrant une telle générosité et un tel enthousiasme à nous faire partager chaque ressource de son île qu'une nouvelle rencontre avec un python (qui est inoffensif nous l'avons appris à cette occasion) fut accueillis comme un clin d'œil à notre première tentative.
Le retour vers notre camp de base en pirogue au coucher du soleil fût une conclusion à l'image de cette journée, de toute beauté.
Une grande leçon d'humilité de plus face à une nature qui ne s'apprivoise pas facilement, mais que ses habitants peuvent nous faire découvrir sous un jour passionnant.

L'ARBRE DU VOYAGEUR

arbre du voyageur

Une espèce de palmier en forme d'éventail, appelé arbre du voyageur (Ravinala en malgache), grâce à la disposition particulière de ses palmes retient l'eau de pluie et permet de se désaltérer (voir de se doucher !) lorsque les gourdes commences à se faire légères… une simple entaille à la base de chaque palme nous permettant de récolter l'eau, qui est suffisamment bonne pour que parfois des grenouilles y nichent !

TSINGY DE L'ANKARANA

Tsingy grimpe Tsingy

Halte là ! 250 millions d'années se présentent à nous sous la forme d'aiguilles acérées de 120m de haut. Voici le résultat de l'érosion d'anciens plateaux coralliens émergés suite à un mouvement de plaques tectoniques (ouf !).
L'Ankarana est une des réserves protégées de Madagascar, 10km de marche au milieu d'une forêt riche en faune (lémuriens, caméléons, lézards, serpents, oiseaux, mangoustes…) nous permettent de contempler ce spectacle saisissant. Les aiguilles calcaires sont tellement fines qu'elles sonnent comme du verre lorsqu'on les choque avec le doigt !
Clou du spectacle un magnifique lac vert se tient en contrebas de ces étonnantes tours.
Les efforts de portage de nos gros sacs à dos sont une nouvelle fois récompensés.

NOSY ANDATSARA, PARADIS DE LA GRIMPE

grimpe 6b bloc

Un tsingy, ça flotte, nous avons même grimpé dessus.
Arrivés dans le nord de l'île, nous avons entendu parlé d'un archipel à 15 km de la côte, des tsingy en pleine mer que quelques robinsons ont équipé pour l'escalade. Nous nous sommes accordés un petit détour dans notre boucle pour retrouver ces rochers qui nous avaient tant émus dans l'Ankarana. Mathieu, un français exilé à Madagascar organise la logistique permettant de rejoindre ces îles sacrées accompagnées des pêcheurs d'Ampasindava, le village côtier le plus proche. Le rêve, une île rien que pour nous, entourée de lagons émeraude et équipée pour l'escalade, nous permettant d'alterner efforts dans un cadre unique et réconfort avec le poisson frais à faire griller sur la plage.
Nosy Andatsara, trois jours constituant un moment à part dans notre périple.

FADY

Taboo, interdit, ici on dit c'est fad', on ne rigole pas avec les ancêtres. La terre est imprégnée d'histoires ou de légendes qui nous invitent à ne pas braver ces règles.
Ici on ne montre pas du doigt, là on ne parle pas, et ne ramasse pas les Bernard-l'hermite de cette île, ce sont les ancêtres qui s'y reposent.
Tout à l'heure je repensais à ce dernier fady, légèrement amusé, marchant le long de la paroi, sous mon bob je n'ai rien vu venir et je me suis cogné la tête. Ce bloc de rocher dépassait, et tel un index rageur me mettait au défi de toucher aux hôtes de ces lieux.
Promis vénérables petites bébêtes, je ne vous importunerai pas.

POUSSIERE

4L marche

3 jours que nous sommes partis des rivages idylliques de l'île sacrée. C'est le moment de me demander pourquoi.
Dans un premier temps, on en rigolait « on dirait du chocolat en poudre », mais cette piste rouge n'en finit plus, et le chocolat me colle à la peau, m'assèche les narines et les bronches. Chaque véhicule qui nous dépasse déclenche une tempête, un coup de sirocco qui imprègne chaque centimètre carré de mes vêtements. J'avoue qu'aujourd'hui j'ai un peu moins apprécié le paysage, mais il parait que nous retrouvailles avec la verdure de la côte est n'en seront que meilleures…

L'EXPERIENCE MASOALA

Masoala est une péninsule aussi grande qu'un département français. C'est un immense forêt tropicale au coeur de laquelle les routes et les piste sont absentes.
Sept jour à pied et en autonomie sont nécessaires pour la traverser d'Est en Ouest, aucune carte ne mentionne l'itinéraire à emprunter. La présence d'un guide et d'un porteur s'avère ainsi indispensable, c'est donc en compagnie de Vivi avec sa parfaite maîtrise du coupe-coupe et Samba en tong et porteur infatigable, que nous allons vivre l'expérience Masoala.
C'est à bord d'une pirogue que le premier contact avec Masoala s'établit. Nous naviguons une journée sur l'Onive, rivière large et étonnement calme. Ses méandres sillonnent plaines, rizières verdoyantes et petites collines. Seules les cris de l'aigle serpentaire viennent troubler la sérénité de ces lieux enchanteurs.

traversée de riviere Anne pirogue
Mais dès le lendemain, tout s'accélère. Nous devons abandonner notre pirogue et continuer à pied. Le cours d'eau se ressert et le courant se fait plus fort, le relief est imposant et la forêt s'épaissit. Le temps s'assombrit et la pluie se déchaîne, le ciel et l'horizon disparaissent dans ce chaos de lianes et de branches. Nous pénétrons au coeur de Masoala.
L'environnement est remarquablement vert, et un peu marron. C'est de la végétation luxuriante et de la boue glissante, ce sont des ruisseaux tranquilles et des cascades impertinentes.
C'est aussi un environnement hostile, des branches griffantes, des plantes piquantes, des boas timides et des sangsues coriaces, des scolopendres, des troncs en travers, une végétation qui nous barre la route et qui nous tends des pièges, des odeurs fortes de terre mouillée.
Masoala, c'est encore marcher, marcher et marcher encore depuis le lever du soleil jusqu'à l'aurore, ramper, s'agripper, escalader, faire l'équilibriste, ne pas tomber, ne pas glisser, enjamber, sauter, s'extirper, se débattre mais toujours avancer, ne pas renoncer, ne pas perdre de temps, les lieux de bivouac sont rares ; Affronter la pluie, le froid, le vent, affronter les ruisseaux, de l'eau jusqu'à la taille, les sacs sur le dos, les cailloux glissants, le courant, affronter l'hostilité de cet environnement.
Enfin, Masoala c'est un retour progressif au calme, une quiétude, des parfums sucrés, un horizon qui s'ouvre, une forêt qui s'éclaircie, le temps s'adoucie, la pluie cesse, le ciel réapparaît et les nuages s'effacent, un village en fond de vallée, des rires d'enfants au loin, un retour à la civilisation, des odeurs vanillées nous accueillent. Nous sommes sortis de cette jungle. Nous avons vaincu Masoala.
Nos courbatures aux jambes, des griffures aux bras et au visage, les ampoules aux pieds, les égratignures, les malléoles ensanglantées, stigmates de notre passage parmi les sangsues, témoignent de cette aventure éprouvante.
Mais le plus important est l'impalpable, l'invisible, l'indescriptible, c'est tout en panel   d'émotions et de sensations, un éventail d'odeurs et d'impressions, un bonheur immense d'avoir réussi et… un soulagement aussi !

Destination suivante, la Kirghizie, Anne et Fredo vont, à cheval cette fois ci, parcourir ces hauts plateaux   d'Asie centrale, à la rencontre des populations nomades, histoire à suivre prochainement…

Remerciements à nos partenaires :

            -VAUDE pour l'équipement et les vêtements

            -FRANCITAL pour les vêtements